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Election présidentielle au Tchad : selon T. Vircoulon, « on ne peut pas connaître la véracité des résultats de la commission électorale »

Au Tchad, le président de transition Mahamat Idriss Déby a été élu dès le premier tour, selon les résultats provisoires annoncés hier soir par la Commission électorale. Avec 61% des voix, il devance largement le Premier ministre Succès Masra, crédité de 18%, et l’ancien Premier ministre Pahimi Padacké, qui frôle les 17%. Que pense-t-on de ces résultats ? Et à quoi s’attendre après l’annonce de la victoire du Premier ministre ? Thierry Vircoulon est chercheur associé à l’IFRI, l’Institut français des relations internationales. Il livre son analyse au micro de Christophe Boisbouvier.

RFI : Etes-vous surpris par l’annonce de la victoire du président de la transition dès le premier tour ?

Thierry Vircoulon : Oui, nous sommes surtout surpris que l’agence électorale Ange ait pu compiler aussi rapidement les résultats des 26 000 bureaux de vote, puisqu’elle a elle-même déclaré qu’il lui faudrait encore un certain nombre de jours pour accomplir cette tâche et qu’elle avait jusqu’au 21 mai. pour le compléter. Donc 26 000 bureaux de vote compilés avec des résultats analysés et compilés si rapidement, c’est très très surprenant.

Et pourquoi cette accélération, peut-être pour ne pas laisser enfler la polémique ?

Oui, je crois que c’était pour anticiper Succès Masra, pour éviter qu’il y ait des annonces prématurées sur les résultats électoraux et que cela ferait effectivement monter la température à Ndjamena et dans les grandes villes du pays. Et je pense qu’en fait, cette soudaine accélération du travail de compilation de l’Agence électorale avait encore des intentions politiques assez claires.

À quel autre vote cette élection vous fait-elle penser ?

Cela n’est pas sans rappeler l’élection de 1996, qui était aussi l’élection de sortie de la première transition et qui avait été remportée par le président Idriss Déby. Mais à cette époque-là, cette élection avait été gagnée au second tour et non au premier tour, et donc là, on voit encore la différence. Mais c’est la deuxième transition tchadienne qui se termine par une victoire électorale d’un membre de la famille Déby.

L’autre événement marquant d’hier soir est que le Premier ministre Succès Masra, trois heures avant l’annonce des résultats officiels, a annoncé que c’était lui qui avait gagné et a appelé les Tchadiens à se mobiliser pour ne pas se laisser voler leur victoire. Qu’est-ce que cela vous inspire ?

Cela laisse penser que les prochains jours vont être extrêmement tendus puisque nous avons une situation assez classique, si je puis dire, dans les élections africaines, où la commission électorale proclame un vainqueur et ensuite son challenger conteste les résultats et dit qu’il il est le gagnant. Ce qui est clair, c’est que depuis hier après-midi, l’armée tchadienne était déployée à Ndjamena. Les prochains jours vont donc être très militarisés car le pouvoir s’attend à un bras de fer avec les partisans de Succès Masra, puisqu’il a appelé dans son message à ne pas se laisser voler la victoire. Il y a donc un risque de confrontation dans la rue.

Depuis un mois, de nombreux Tchadiens affirment que le duel entre le président Mahamat Idriss Déby et le premier ministre Succès Masra n’était qu’une mascarade et que les deux hommes avaient en réalité conclu un accord secret. Le scénario d’hier soir ne réfute-t-il pas cette théorie de la collusion ?

Il y a eu un accord, mais c’était un accord pour le retour de Succès Masra et le fait qu’il puisse être candidat aux élections… Y a-t-il eu un accord au lendemain du scrutin ? Là, en effet, on peut en douter, car on a vu que, ces dernières semaines, Succès Masra est véritablement entré dans le jeu électoral et a mené une véritable campagne électorale qui a suscité un véritable engouement populaire autour de sa candidature. Et donc, s’il y a eu un accord, force est de constater qu’aujourd’hui il ne tient plus. Mais peut-être qu’il n’y en avait pas. Mais en tout cas, il s’est bien posé en challenger du président et il revendique désormais la victoire, contrairement à ce que vient de dire l’Agence électorale.

Et donc, la cohabitation entre le président et le Premier ministre peut-elle durer longtemps ?

Non, il est évident qu’avec le discours qu’il vient de prononcer avant l’annonce des résultats, cela n’est plus possible. Mais il faut quand même être prudent. Il peut toujours y avoir des arrangements de dernière minute, notamment peut-être pour éviter l’affrontement dans la rue dont j’ai parlé plus tôt.

Selon les résultats provisoires annoncés hier, le Premier ministre Succès Masra est suivi de près par une autre personnalité du sud du pays, l’ancien Premier ministre Albert Pahimi Padacké. Quel est votre commentaire ?

Le problème de ces élections, comme c’est trop souvent le cas aujourd’hui dans les élections africaines, c’est qu’il n’y a plus d’observateurs. Il n’y a pas de véritables observateurs internationaux. Et pas même les observateurs nationaux qui avaient été formés, leurs accréditations ayant été refusées par l’agence électorale. Nous nous retrouvons donc aujourd’hui avec des élections où personne n’est en mesure de contre-vérifier les résultats annoncés par la commission électorale. Dès lors, on peut dire 16%, 15%, 20%, on a l’impression que, de toute façon, les chiffres n’ont plus d’importance puisqu’on ne peut pas connaître leur vérité. Et nous ne pouvons pas connaître leur vérité car les organisateurs électoraux ont vraiment tout fait pour qu’il n’y ait aucune observation impartiale possible.

Eleon Lass

Eleanor - 28 years I have 5 years experience in journalism, and I care about news, celebrity news, technical news, as well as fashion, and was published in many international electronic magazines, and I live in Paris - France, and you can write to me: eleanor@newstoday.fr
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