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Guerre en Ukraine : Kiev cède-t-elle sur le front ?

L’armée russe avance de plus en plus autour des différents fronts ukrainiens.
L’Ukraine affirme avoir besoin de livraisons imminentes d’armes pour les repousser.
À moins d’une semaine du Jour de la Victoire, prévu le 9 mai, la Russie cherche-t-elle à s’imposer de manière significative en Ukraine ?

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Plus de deux ans de guerre en Ukraine

L’armée russe gagne du terrain face aux forces ukrainiennes en grande difficulté. Ce lundi 29 avril, elle a revendiqué la prise d’un nouveau village, Semenivka, situé à l’est du pays, où elle avance rapidement. La veille, le commandant en chef de l’armée ukrainienne, Oleksandr Syrsky, avait admis que la situation sur le front avait «détérioré« . Les troupes russes, supérieures en armements et en soldats, ont gagné « succès tactiques » dans plusieurs domaines.

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a appelé lundi ses alliés occidentaux à accélérer les livraisons d’armes à Kiev pour « se déchaîner » La nouvelle offensive de la Russie. Le colonel Michel Goya, historien et consultant militaire pour LCI, livre son analyse de la situation à TF1info.

Selon le commandant en chef de l’armée ukrainienne, Oleksandr Syrsky, la situation sur le front c’est « détérioré » avec une certaine « succès tactiques » de l’armée russe. Comment peut-on interpréter ces déclarations ?

Les Russes sont présents sur au moins quatre fronts différents, ils avancent un peu plus vite. Ils ont réussi une percée de 5 km et cela faisait longtemps que cela ne s’était pas produit. Ils augmentent la pression soit en direction de Kramatorsk, soit en direction de Pokrovsk. Mais ils peuvent aussi peut-être manœuvrer et, depuis Chassiv Yar et depuis cette région, remonter par le Nord et tenter d’encercler les forces ukrainiennes qui se trouvent le long de la frontière du côté de Niu-York ou de Toretsk. C’est une possibilité. Alors oui, pour l’instant, les Russes ont l’initiative, ils ont des moyens supérieurs. Nous sommes sensiblement dans la même situation qu’à l’été 2022 : à l’époque, les choses se sont arrêtées d’un coup. A partir de juillet, les Russes stoppent leur avancée. Le rapport de force s’est alors légèrement inversé. Nous avons pu le constater également.

Livraison de matériel militaire tel que Missiles longue portée ATACMSrécemment validé par les Etats-Unis, va-t-il changer la donne pour l’Ukraine sur le front ?

Oui bien sûr, mais la priorité absolue, ce sont les obus de 55 mm. Les armes à longue portée, comme l’ATACMS, peuvent également s’avérer décisives, extrêmement utiles aux Ukrainiens pour ralentir l’avancée russe. Une meilleure capacité de frappe contribuerait à ralentir toute la mécanique russe. C’est une nouvelle fois, comme à l’été 2022, que le renforcement de l’artillerie ukrainienne a changé la donne. On peut donc au minimum espérer que l’avancée russe actuelle soit freinée par un renforcement matériel.

Selon vous, l’intensification des livraisons d’armes et l’avancée plus rapide de l’armée russe peuvent-elles conduire à la fin du conflit ?

Je pense qu’il n’y a rien de décisif pour l’année 2024, en réalité. Au total, la ligne de front n’a pas bougé depuis la mi-novembre 2022. On parle de quelques centaines de kilomètres carrés au total perdus des deux côtés. Cela reste donc de la pression et du grignotage de part et d’autre, avec des séquences où chacun des deux camps prend finalement l’initiative. La différence, cette fois, c’est que les Russes l’ont depuis longtemps. Et cela pourrait durer encore quelques mois. Mais cela suffira-t-il pour gagner ? Je n’en suis pas sûr du tout. Je pense que les Russes s’attendent à faire pression avant d’être certainement plus décisifs, à la fin de l’année ou en 2025.

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Le 9 mai, la Russie célèbre « Jour de la victoire » en hommage à la victoire de l’URSS contre le régime nazi. Selon vous, l’armée peut-elle remporter un succès symbolique pour commémorer cet anniversaire ?

En 2022, en 2023… à chaque fois, on s’est demandé si les Russes n’allaient pas chercher à obtenir une victoire à célébrer spécifiquement à ce moment-là. À chaque fois, il ne s’est rien passé de spécial. Il n’y a pas de changement de stratégie du côté russe, nous suivons la même stratégie depuis au moins six mois. Pour l’instant, il n’y a rien de nouveau, c’est simplement les Russes qui ont l’initiative. Ils bénéficient de moyens supérieurs. Ils avancent petit à petit, mais, à mon avis, ils n’ont pas la possibilité de remporter une grande victoire d’ici le 9 mai. Une grande victoire serait de s’emparer d’une ville importante comme Kramatorsk ou Pokrovsk. Là, oui, ce serait une victoire importante, mais pour le moment, ils en sont loin.


Axel JUIN

Gérard Truchon

An experienced journalist in internal and global political affairs, she tackles political issues from all sides
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