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Voir la métamorphose du fils en écrivain

En 1912, Kafka compose de manière fulgurante Le verdict, la mécanique (premier chapitre de Disparu, qui deviendra Amérique selon le titre donné par Max Brod) et métamorphose. Un an plus tard, en 1913, il propose à l’éditeur Kurt Wolff de les réunir en un seul volume de 150 pages intitulé Fils. Le projet avorte. Le verdict Et la mécanique paraîtra en 1913; métamorphose en 1915.

Ce n’est qu’en 1989 que les éditions allemandes Fischer publient la collection imaginée par Kafka, désormais proposée pour la première fois en français. Le verdict est la première œuvre achevée de Kafka. Ce n’est qu’après qu’il se dira « écrivain ». De ce texte, littéralement jailli de lui (ne parle-t-il pas de  » un forte éjaculation » ?), il dit encore : « Il est sorti de moi couvert de terre et de substance visqueuse. » Après métamorphoseil part pour Berlin.

A chaque fois, dans ces trois histoires, il est question de ses obsessions : relation père-fils, jugement, bannissement (par le père qui rejette le fils, par la condamnation à mort sans raison, par la vie vécue comme un procès clos, au cours d’une verdict sans appel), mais aussi exil et errance, dont celle du personnage de Gregor Samsa transformé en « un monstrueux insecte nuisible ».

Il existe une autre récidive, évoquée par Alexandra Cade. C’est celui des éléments signifiants : papiers divers et bureaucratiques (registres, lettres, procès-verbaux), lieux avec leurs multitudes de portes, fenêtres, chambres, pièces fermées reliées entre elles par des couloirs alambiqués, c’est-à-dire un univers étrangement structuré où la réalité glisse, se dérobe , même des dérapages.

Kafka, « le Juif européen assimilé » qui a « perdu la relation vivante avec le religieux et accomplit les rites de manière mécanique et désincarnée », s’intéresse à la Kabbale et découvre le théâtre yiddish. Cette influence souterraine imprègne les trois textes.

Il apparaît puissamment moderne, car il utilise ces éléments avec liberté dans l’ironie. Il assimile, déplace, transpose, mixe, reconstruit, interrompt le flux du message, qu’il déchire et envoie ailleurs. L’absurde n’est jamais loin. Les personnages errent dans un vide absolu, gouvernés par une faible lumière intermittente.

Le réel s’avère flotter

Les fils, tous coupables, sont condamnés à l’errance, à la séparation, à la mort. Tous sont incarnés (même Gregor, devenu cafard, part après lui « traces collantes »). Le réel se révèle flottant. D’où l’accumulation, dans une même phrase, d’éléments contradictoires, facteurs de déséquilibre : « Cela déréalise à la fois le réel décrit et brouille les pistes du sens », note Alexandra Cade.

L’exil est essentiel. Karl Rossman, de Mécanicien, quitte sa terre natale pour aborder, par la mer, une terre étrangère. Grégoire, en métamorphosevit sous un canapé et Georg, dans Le verdict, se jette dans la rivière près de la maison paternelle. Cette édition, d’une grande valeur historique, arrive à l’heure, quoique tardive. Mieux vaut tard que jamais.


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Cammile Bussière

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