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une « démonstration de force et un aveu de faiblesse » du Kremlin

La vidéo montrant Evgeny Prigozhin, le patron du groupe Wagner, en pleine opération de recrutement au sein d’une prison russe à 800 kilomètres de Moscou, est un signe de faiblesse de la part de la Russie – et de ses difficultés à trouver des hommes pour combattre dans Ukraine. Explications.

Un homme, identifié comme étant Evguéni Prigojine, le chef du groupe Wagner, réputé proche de Poutine, harangue les prisonniers. Dans une vidéo publiée mercredi 14 septembre, le financier supposé de la milice wagnérienne propose à des dizaines d’hommes réunis dans la cour d’une colonie pénitentiaire russe un « marché » martial. « Si vous passez six mois en Ukraine, vous êtes libre. Mais si vous y arrivez et décidez que ce n’est pas pour vous, nous vous exécuterons », a-t-il dit froidement.

Et l’homme a détaillé ses conditions : « Le premier péché est la désertion. Personne ne peut être fait prisonnier. Personne ne recule, personne ne se rend. que vous devriez avoir avec vous si vous vous faites prendre. »

Les prisonniers ont cinq minutes pour faire leur choix.

Les méthodes de recrutement de Wagner dans les prisons étaient déjà connues, tout comme la présence de ses mercenaires en Ukraine, où ils sont notamment accusés d’avoir participé au massacre de Boutcha. Mais c’est la première fois qu’Evgueni Prigojine reconnaît publiquement ses liens avec la milice.

Un « atout » dans la manche de Poutine

Pour Lukas Aubin, directeur de recherche à l’Institut des relations internationales et stratégiques (Iris) et auteur de Géopolitique de la Russie (éd. La Découverte), cette vidéo est à la fois une « démonstration de force et un aveu de faiblesse » de la part de le Kremlin.

« Il n’est pas certain que Prigozhin maîtrise la diffusion de cette vidéo. Elle aurait pu fuir sans son consentement, explique le chercheur. Mais si la diffusion a été autorisée, on peut penser que Vladimir Poutine veut montrer qu’il a d’autres tours dans sa manche, qu’il a encore des ressources malgré ses difficultés en Ukraine, le mercenariat en fait désormais officiellement partie.

La vidéo a été divulguée quelques jours après que les troupes russes ont abandonné leurs positions face à la contre-offensive ukrainienne dans la région orientale de Kharkiv.

Il est en effet impensable qu’Evgueni Prigojine ait pris l’initiative de recruter dans une prison sans l’aval du Kremlin. La célèbre formation paramilitaire, connue notamment pour sa participation à des combats comme les insurrections en Centrafrique et au Mali, avait jusque-là joué sur l’ambiguïté de ses relations avec l’Etat russe. Cela semble maintenant terminé.

« S’il choisit d’afficher publiquement Prigojine en train de recruter des prisonniers, Poutine tente de rassurer la population russe, poursuit Lukas Aubin. C’est une opération de propagande, il montre qu’il a encore des solutions sous la main, ça peut aussi impressionner les Occidentaux et les Ukrainiens, mais c’est quand même une marque de faiblesse. »

La nécessité de recourir à des organisations paramilitaires témoigne en effet de la mauvaise situation de l’armée russe, incapable de recruter suffisamment d’hommes pour combattre en Ukraine. Le Kremlin décrit toujours le conflit en Ukraine comme une « opération spéciale » et non comme une guerre, ce qui l’empêche de déclencher une mobilisation générale.

Difficultés de recrutement de l’armée

« Envoyer Wagner recruter dans les prisons montre qu’il n’y a pas assez de volontaires, rebondit Jeff Hawns, spécialiste des questions militaires russes et consultant externe pour le New Lines Institute, un centre américain de recherche en géopolitique. Le russe a une mauvaise réputation, la plupart des gens disent qu’ils préféreraient aller en prison plutôt que dans l’armée… alors que Wagner jouit toujours du prestige de ses opérations à l’étranger, mais cela n’augure rien de bon. « 

La session de recrutement pourrait aussi être le signe de tensions au sein du régime : « Il doit y avoir des conflits internes au sein des institutions russes, suggère Jeff Harms. Yevgeny Prigojine considère que l’armée russe a échoué en Ukraine, alors il dit à Poutine « laissez-moi me débrouiller avec ». mes gars, je serai mieux ».

Mais il ne faut pas se laisser duper, dit l’expert : l’impact de Wagner sera « négligeable » sur le champ de bataille. « Wagner n’est pas une formation d’élite, c’est une collection de cas sociaux. Ils ont certes été très efficaces sur le champ de bataille, mais ils ont fait face [avant la guerre en Ukraine, NDLR] adversaires mal entraînés et mal équipés. Rien à voir avec une armée régulière. »

Pourtant, il y a encore d’autres cartes dans les mains de Vladimir Poutine, note Lukas Aubin : la mobilisation générale et l’arme nucléaire. Mais pour l’instant, argumente-t-il, cette opération de recrutement en dit long sur la stratégie du Kremlin. « Utiliser Wagner permet aux autorités russes de ne pas appeler à la mobilisation générale, précise le chercheur. Cette opération de recrutement a également eu lieu dans une prison située dans la République des Maris, une région où vivent des minorités ethniques. C’est une façon de garder les Russes population à distance et en la maintenant dans une posture passive. »

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