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Ukraine : « Il y a un lien entre l’idéologie nihiliste qui a marqué la Russie au XIXe siècle et cette façon de faire la guerre »


CONTREL’aspect le plus frappant du conflit ukrainien est la stratégie adoptée par les Russes. Elle se caractérise par une intention délibérée d’anéantissement, de destruction systématique et radicale. Certes, toutes les guerres impliquent des dommages à l’ennemi; mais elles sont le plus souvent liées à des objectifs militaires, même si elles conduisent à des maladresses.

Dans le cas de l’agression russe, au contraire, on a l’impression d’une entreprise d’anéantissement total du territoire à conquérir, civils et militaires, hommes, bâtiments et choses. Marioupol, Boutcha et bien d’autres villes martyres illustrent tragiquement cette volonté. Comme on l’a souvent souligné, il s’agit d’une stratégie déjà adoptée en Tchétchénie et en Syrie.

Habituellement, le conquérant vise à s’approprier les ressources du pays attaqué, ce qui l’amène à les conserver le plus possible, dans son propre intérêt. Ici, en revanche, on a le sentiment que le gain espéré n’a aucune importance. La destruction n’est pas un moyen mais une fin en soi ; et d’ailleurs elle s’applique autant à l’agresseur qu’à l’agressé.

La pensée nihiliste comme principe de guerre

Les dommages causés à la Russie par la guerre (effets des sanctions, retrait des investisseurs étrangers, adhésion à l’OTAN de pays jusque-là neutres, renforcement de l’unité et de la défense européennes, etc.) sont bien supérieurs au bénéfice potentiel de la conquête du Donbass. Mais ces dégâts, aussi importants soient-ils, ne semblent pas avoir d’importance.

Comment expliquer une telle attitude ? Un mot s’impose au spectacle de cette guerre militairement irrationnelle, économiquement aberrante, politiquement catastrophique : nihilisme. On sait que ce concept est né en Russie dans les années 1860 ; et elle est souvent associée à un mouvement marginal d’opposition au régime tsariste, qui disparaît rapidement au profit de la contestation marxiste-léniniste qui conduira à la révolution d’octobre 1917.

Mais cette représentation est erronée. L’écrivain Ivan Tourgueniev (1818-1883), dans Pères et filsdéfinit le nihiliste comme quelqu’un « qui ne veut rien reconnaître », « qui ne respecte rien » et « ne s’incline devant aucune autorité ». L’écrivain philosophe Alexandre Herzen (1812-1870), dans un article de 1869, voit « un esprit de purification critique » ; il associe le phénomène du nihilisme à la mentalité russe en tant que telle : « Le nihilisme est le fruit naturel, légitime, historique de cette attitude négative envers la vie que la pensée et l’art russes avaient adopté dès ses premiers pas après Pierre le Grand. » Il ajoute : « Cette négation doit finalement conduire à la négation de soi. »

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