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Tour de France : le Puy de Dôme, un volcan pour cyclistes


Puy de Dôme (Puy-de-Dôme), envoyé spécial.

Dans sa folie enracinée, chaque mois de juillet, construit sur des fondations, le Tour aime à devenir un sanctuaire et un asile pour les experts de la longévité, les seuls à exprimer non pas un devoir du passé mais une science du présent avec l’épaisseur du temps.

Ce dimanche, nous avons quitté Saint-Léonard-de-Noblat, la ville d’adoption de feu Raymond Poulidor, pour filer vers les volcans d’Auvergne et aller chercher l’étoile inaccessible, le légendaire puy de Dôme et sa montée abrupte comme un avant-goût de limaille en bouche (13,3 km à 7,7 %, 1 415 m, HC). Les dieux du cyclisme se trouvèrent convoqués dans une pendule tourbillonnante, et un frisson d’obligation parcourut le dos du chroniqueur, transformé en archiviste du grand livre de l’Illustre.

Anquetil-Poulidor, 1964. Une lutte des classes lentement fermentante entre l’aristocrate du vélo et le paysan aimé des foules, si populaire que tout le monde voulait l’embrasser dans sa famille. C’est la France du Général et des cocos, de la DS et de la vieille Traction Avant que les résistants entretenaient dans les fermes du Limousin et d’ailleurs, tandis qu’un duel mémorable se livrait, au coude à coude, sur les pentes du Puy. de Dôme, immortalisé par des images sépia inoubliables qui suscitent toujours l’émotion.

Jacques bluffant. Raymond souffre. Jacques avec fierté. Raymond sous l’emprise psychologique de l’autre. Anquetil « savourait la bienveillance des vents, son nez pointu et son visage maigre lui ouvraient la voie, et tout son corps coulait derrière, fendant les mistrals, pénétrant les brises d’hiver et les autans d’été », écrit Paul Fournel (1).

Dans le Puy de Dôme, quasiment sur ses terres, Poulidor s’attaque alors trop tard à son rival, le décrochant en vain. Pas de maillot jaune, pas de Tour. Malédiction. Raymond a moins inspiré les écrivains. Pas le peuple – les véritables scrutateurs de l’éternel – pour qui l’irruption du personnage, si proche sur le mode identificatoire, fonctionnait comme une sorte de remue-ménage, comme un écho durable du récit collectif d’après-guerre. Un pan de l’histoire de notre pays et aussi une certaine origine du Tour, la sienne sans doute, mais celle par laquelle nous nous sommes façonnés sans forcément la comprendre. Lui, l’incarnation des « gens de peu », par ses douleurs et ses échecs, le corps couvert de cicatrices.

Près de soixante ans plus tard, la scène d’Anquetil-Poulidor réunit toujours la douceur d’un rêve partagé sur le mode héroïque, doublée de la violence de l’utopie, quand le Tour oscille entre un rêve un peu enfantin – « notre Noël en été », comme aimait à le ressasser Louis Nucéra – et une exigence impitoyable.

Poupou et le grand Jacques incarnaient les deux avec une générosité sans limite. Une usine à mémoire, en quelque sorte, l’aperçu d’une époque comme d’un genre. Résidu de l’espoir forgé par la conscience populaire, celui d’une époque si lointaine et si proche, où, sous leurs yeux et dans leur cœur, les Français prenaient chair à travers les exploits de pédalage de leurs semblables, des hommes durs au travail, les « condamnés de la route ».

sentiments d’éternité

Une manière de signifier que le retour du puy de Dôme sur les routes de la Grande Boucle, avec l’arrivée à son sommet, avait valeur d’événement national – de quoi convoquer les bouffissures du style. Anquetil-Poulidor contre Vingegaard-Pogacar ? Était-il également concevable de revivre un spectacle similaire, de manière comparative, avec les deux « monstres » du moment ? Ou l’éventualité ne serait-elle rien de plus qu’un artefact et une attaque de singe sur le célèbre Mont d’Auvergne ?

Il était plus de 17 heures lorsque nos Géants sont entrés dans les contreforts de la montagne mythique et les mots sonnaient comme une évidence. Notre ici-maintenant échappait à tous les sentiments d’éternité. Car enfin commença le long monologue avec les silences. Et pour une bonne raison. La plus spectaculaire des exigences pour revenir sur ce théâtre d’exploits relève du miracle : les quatre derniers kilomètres sont interdits au public. Une restriction inédite, qui en disait long sur la « puissance » du Tour et sa volonté de mythifier son espace mémoriel plus que centenaire.

Depuis le début de l’étape, un énorme groupe de 14 coureurs avait secoué le peloton et pris une avance considérable, jusqu’à seize minutes (dont Jorgenson, Woods, Izagirre, Burgaudeau, Powless, Lutsenko, Mohoric, Latour, etc.) . Honneur aux audacieux sur une butte onirique, puisque, finalement, un rescapé évadé allait franchir la ligne d’arrivée glorifié d’une victoire, en la personne du Canadien Michael Woods (ISR).

A l’arrière, entre grands noms et autres « monstres », quand tout s’est bousculé dans une certaine forme de calcul mêlé de chaos sous l’impulsion du Jumbo-Visma de Jonas Vingaard, tout est ressorti d’une définition claire. Dans la férocité.

Le Puy de Dôme, boudé pendant trente-cinq ans, disposait des âmes d’un peloton en lambeaux : exit Bardet, Pinot, Gaudu, Hindley et consorts. Et comme prévu, tout est devenu fou entre le maillot jaune et Tadej Pogacar, à 1,5 kilomètre du but. Le Slovène devant le Danois, seul sur sa planète vélo. Le double vainqueur, à l’arraché, a légèrement lâché le tenant du titre et lui a repris 7 secondes. Nouveau triomphe psychologique. Déjà un morceau de sacré, bien que modeste. Les grimpeurs avaient parlé. Leur solitude hésitait entre brouillon et emphase, dans la folie des racines proche du sanctuaire et de l’asile. Construit sur des fondations.


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Cammile Bussière

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