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Tchekhov vivant à Alfortville |  Humanité

Depuis 1997, Christian Benedetti dirige le Théâtre-studio d’Alfortville. Il en a fait un laboratoire théâtral vivant, chaleureux et inventif. Depuis la Mouette, il y a plus de dix ans, spectacle ô combien mémorable, il poursuit une exploration exaltante de l’univers de Tchekhov. Aujourd’hui, sous le titre générique de Tchekhov, 137 évanouissements, il propose « l’intégrale » du théâtre de celui qui affirmait : « Le rôle de l’écrivain est de décrire une situation si honnêtement que le lecteur ne peut plus y échapper. » Et le spectateur aussi ! Le pari a été relevé avec brio vendredi dernier, alors que j’assistais aux représentations de Trois sœurs et de la cerisaie. C’est joué allegro vivace (le rythme voulu par l’auteur, face à Stanislavski assombrissant le tableau), avec des éclats, des étreintes, des larmes, des projections grotesques, une mélancolie vite oubliée, sur fond de tristesse joyeuse, comme un oxymore. Rien de mobilier et d’accessoires (armoire, canapé de velours rouge, chaises, tables, un samovar entrevu) apportés puis retirés de la vue par les comédiens selon la situation.

Entrées et sorties rapides, on ne s’installe pas, nerf, jus émotionnel. On sent le beau travail d’un groupe soudé, une joie d’être ensemble. On les retrouve, pour la plupart, dans l’une et l’autre pièce sous un autre visage. Les trois sœurs (Macha-Stéphane Gaillard, Olga-Marilyne Fontaine, Irina-Leslie Bouchet) composent un bouquet de féminités anxieuses. Benedetti est deux fois souverain, comme Verchinine, capitaine amoureux, comme Lopakine, fils d’un moujik délicat et « pragmatique », devant Brigitte Barilley, virevoltant Lioubov, pivot vivant de la cerisaie, qui se termine par l’abandon de Firs, une vieille servante qui regrette le servage, que Jean-Pierre Moulin, l’aîné de la troupe, campe avec une rare élégance. Malheur du critique, condamné à citer, manque de place, interprètes au rang d’oignons, sans pouvoir s’attarder sur leur juste poids d’humanité dans des peaux diverses. Il s’agit d’Helen Stadnicki, Martine Vandeville, Olivia Brunaux, Vanessa Fonte, Philippe Crubezy, Daniel Delabesse, Alain Dumas, Alex Mesnil, Marc Lamigeon, Baudouin Cristoveanu et Julien Bouanich. Le coup de génie dans la conception de Benedetti réside dans ces « évanouissements », éclairs de sens suspendus, lorsque les gestes se figent dans l’attente.


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