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Superprofits. « Il faut se poser la question du démantèlement des grands groupes »

L’Observatoire des multinationales « fête » cette année son dixième anniversaire : quelles conclusions tirez-vous de cette expérience ?

Le projet initial était vraiment journalistique, on s’était dit à l’époque qu’il n’y avait pas assez de travail d’investigation sur les grandes entreprises françaises. L’idée était de comprendre les mécanismes par lesquels les multinationales parviennent à exercer leur influence. Les choses ont bien changé depuis : à l’époque, la légitimité des « champions » nationaux était beaucoup moins contestée dans la société ; mais dix ans de crises économiques, de scandales d’évasion fiscale, de délocalisations, ont fait leur œuvre. Et dans le contexte actuel d’inflation, la rémunération des actionnaires ne passe plus. Cela dit, on observe également des tendances plus négatives sur cette période, à commencer par l’influence grandissante des milliardaires sur les médias.

Que nous « coûte » aujourd’hui le CAC 40, économiquement et politiquement ?

Ce que nous avons voulu attaquer dans le livre, c’est ce mythe selon lequel tout ce qui est bon pour le CAC est bon pour la France. Nous travaillons depuis pas mal de temps sur le coût direct des grandes entreprises pour la collectivité, en termes de baisses d’impôts et d’aides publiques. Les chercheurs de l’IRES ont calculé que 150 milliards d’euros étaient dépensés chaque année pour les entreprises, avant le Covid. Elle est devenue la principale dépense de l’État. Bien sûr, une partie de cette manne revient aussi aux petites entreprises, mais pour toutes les aides de nouvelle génération (CICE, CIR, crédits d’impôt mécénat, plan de relance, etc.), ce sont les plus grosses qui se taillent la part du lion. Avec à la clé des résultats qui ne suivent pas, en termes d’emplois durables et de mesures écologiques.

L’autre coût est moins visible : c’est la logique de privatisation du patrimoine public, qui a conduit l’État à livrer des biens communs au secteur privé pour s’assurer des profits supplémentaires. Je pense au rail, à l’énergie… tout ce qui a été bradé pour rémunérer les actionnaires d’Engie, de Transdev, etc. D’une certaine manière, chaque fois que ces entreprises versent des dividendes, c’est un peu comme si le contribuable payait un impôt sans le savoir cela, pour pouvoir utiliser les biens de première nécessité.

Que faire pour mettre fin à l’hégémonie du CAC 40 ?

Il faut avoir l’honnêteté de reconnaître que le rapport de force n’existe pas encore pour inverser les choses. Mais dans le livre, on liste toute une panoplie de solutions qui vont de la mise en place de régulations à des solutions plus radicales, comme le démantèlement, quand la capacité de nuisance des multinationales est devenue trop forte pour la planète et la démocratie. Dans le cas des « monopoles naturels » (lorsqu’il est plus rentable d’avoir un seul acteur économique, comme pour les activités de réseau, ndlr), cela doit être soutenu par le secteur public. Sinon, se poser la question du démantèlement de certains grands groupes n’est pas farfelu : il existe des précédents historiques comme celui de Standard Oil (géant pétrolier américain démantelé aux États-Unis en 1999, ndlr). Prenons le cas de Total qui, je le rappelle, s’est formé par concentration, en rachetant Elf, Fina, Direct Energie, etc. Certaines de ses activités sont vouées à disparaître, comme l’extraction de pétrole et de gaz. D’autres peuvent être utiles. Il faudra réfléchir à la manière d’attaquer la structure de Total, à la fois pour réduire son poids mais aussi pour ramener certaines activités dans le giron public.

Il y a plein d’autres choses à faire, fiscalement par exemple. Et d’une certaine manière, tout devra être fait en même temps. En 1944, le Conseil national de la Résistance (CNR) avait élaboré un vaste programme de mesures économiques, visant notamment à réduire le poids excessif du grand capital. C’est d’un programme d’ambition comparable qu’il nous faut aujourd’hui…

(1)Attac et l’Observatoire des multinationales, « Super profiteurs, le petit livre noir du CAC 40 », Les Liens qui liberante, 2023, 224 pages.


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Cammile Bussière

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