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Strasbourg-Kehl, un tram pour l’Europe…


 » C’est magique ! «  Philippe Hoegy, qui fut l’un des premiers conducteurs de la ligne de tramway reliant Strasbourg à Kehl, inaugurée en 2017, a gardé son enthousiasme des premiers jours. « Chaque fois que nous traversons le Rhin, surtout le matin quand le soleil se lève sur le fleuve, je suis émerveillé », confie ce discret homme de 56 ans. Si les usagers de la ligne partagent sans doute son émotion, leurs préoccupations immédiates semblent plus terre à terre.

La grande majorité d’entre eux se dirigent d’abord vers l’Allemagne pour profiter des prix plus attractifs proposés à Kehl. Comme Juliette, une grand-mère pimpante qui, poussant son chariot, prend ce tram au moins une fois par semaine pour faire le plein de produits d’entretien. « J’en profite aussi pour boire un café et manger un strudel aux pommes », confie-t-elle, espiègle. Quentin, 25 ans, en recherche d’emploi, veut profiter de l’écart considérable entre les prix des cigarettes : 70 euros la cartouche des Américains à Kehl, 105 euros à Strasbourg.

Strasbourg-Kehl, un tram pour l’Europe…

Céline, gérante allemande de Tabac Stop, un magasin situé exactement en face de l’arrêt de tram, aurait du mal à critiquer celui-ci tant son arrivée a boosté ses ventes. « Au moins 30% de plus », avoue-t-elle, faussement pudique, dans un français impeccable. Même enthousiasme pour Eric, étudiant en histoire, qui aime faire la fête le samedi soir dans les discothèques de Kehl « ouvert plus tôt, fermé plus tard et beaucoup moins cher qu’à Strasbourg ». Il avoue aussi risquer quelques euros dans les machines à sous des casinos, qui se multiplient dans la ville allemande.

Strasbourg-Kehl, un tram pour l’Europe…
Strasbourg-Kehl, un tram pour l’Europe…

Si Philippe confie son émerveillement lorsque le soleil se lève sur le fleuve, le chauffeur concède en revanche que les retours au petit matin sont plus glauques. « Ce sont les seuls moments que je n’aime pas, reconnaît Philippe Hoegy. Les jeunes sont souvent très ivres, se bagarrent, tardent à fermer les portes. » Depuis que des gardes ont été spécialement affectés à ces petites heures du dimanche, le calme est revenu.  » Curieux, constate le chauffeur, mais les gardes allemands qui opèrent au départ du tram, en Allemagne donc, ont plus d’autorité que leurs homologues français. »

Mis à part ce chahut dominical, le succès de la ligne est indéniable. « Au départ pourtant, ce n’était pas gagné, car les deux villes semblaient tourner le dos »explique Annette Lipowsky, directrice de cabinet du maire de Kehl.  » Plusieurs fois, ajoute cet ancien journaliste, si la volonté politique de réussir n’avait pas prédominé en France comme en Allemagne, des détails administratifs, aussi absurdes d’un côté que de l’autre, auraient pu faire échouer le projet. » Et de citer, par exemple, l’obligation de placer des feux clignotants sur les tramways, comme il est d’usage en Allemagne, mais pas en France. Sans compter ces discussions, qui ont duré vingt-deux mois, pour obtenir l’autorisation de construire une passerelle entre les deux rives. Ceci, en raison d’une erreur de traduction dans les conclusions d’un rapport. « C’est des conneries [en français dans le texte] »ajoute Annette Lipowsky pour dénoncer un obscur règlement administratif de la France empêchant aujourd’hui la construction d’un four d’incinération à Strasbourg qui pourrait traiter les boues produites à Kehl.

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