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Stéphane Ravacley, le boulanger militant qui voulait devenir député

Célèbre pour avoir mené une grève de la faim afin d’empêcher l’expulsion de son apprenti guinéen et organisé un convoi humanitaire vers l’Ukraine, Stéphane Ravacley sera candidat aux élections législatives en France. Un candidat atypique qui entend porter à l’Assemblée ses combats pour l’intégration des MENA ou la défense de l’environnement.

Stéphane Ravacley mène une double vie depuis plusieurs semaines. Le premier commence au milieu de la nuit, lorsqu’il enfile sa tenue d’artisan boulanger, métier qu’il exerce depuis plus de 35 ans. La seconde débute en fin d’après-midi. Cette fois, le boulanger à la carrure de rugbyman et réputé pour son franc-parler, revêt le costume du candidat aux législatives pour faire campagne dans la 2et quartier du Doubs.

« Je dors l’après-midi, puis vers 17 heures, je me rends avec mon équipe à une réunion, une réunion publique ou une réunion d’organisation », précise la candidate investie par Europe Écologie-les Verts (EELV) sous la bannière du Nouveau Populaire Union écologique et sociale (Nupes).

Au départ, rien ne prédestinait ce fils d’agriculteur qui a grandi dans un petit village près de Besançon, dans l’est de la France, à se lancer en politique. Mais son combat pour empêcher l’expulsion de son apprenti, Laye Fodé Traoré, jeune orphelin guinéen arrivé clandestinement en France, l’a transformé.

En janvier 2021, malgré une santé fragile, Stéphane Ravacley entame une grève de la faim de 11 jours pour obtenir la régularisation de son protégé. Il a perdu huit kilos, s’est senti mal, mais son geste a attiré l’attention des médias nationaux et la sympathie d’une grande partie de l’opinion publique. « Les premiers jours, je pensais que la préfecture me contacterait pour régler la situation. Mais non, ils ont attendu 11 jours et c’est ce silence administratif qui m’a transformé. Après, je n’étais plus du tout ce que j’étais avant,  » il dit.

Situation « ubuesque »

Laye Fodé Traoré sera finalement régularisée le 14 janvier. Dans la foulée, Stéphane Ravacley a lancé Patrons solidaires, une plateforme destinée aux chefs d’entreprise confrontés à une situation similaire. Pris en charge par l’Etat dès leur arrivée sur le sol français, les mineurs étrangers non accompagnés sont alors menacés d’expulsion lorsqu’ils atteignent leur majorité.

>> À voir : Migrants en France : l’avenir non résolu des MENA

Approché par le sénateur PS Jérôme Durain, le boulanger militant planche sur un projet de loi permettant aux apprentis de rester un an après leur 18e anniversaire – une proposition rejetée par le Sénat en octobre.

« J’ai alors compris que si on n’entre pas dans le dispositif, on va continuer à se cogner la tête contre le mur administratif : pour pouvoir faire bouger les choses, il faut pouvoir y entrer », assure l’artisan de 53 ans. .

S’il est élu député en juin prochain, sa première priorité sera de favoriser l’intégration de ces jeunes sans-papiers qui souhaitent travailler. « On les protège tant qu’ils sont mineurs, puis on les rejette à 18 ans quand ils travaillent dans des entreprises où on manque de bras. C’est complètement grotesque ! », s’insurge le candidat EELV, qui souhaite élargir la réflexion aux jeunes de l’Enfance l’Assistance Sociale (ASE) en continuant à les accompagner jusqu’à l’âge de 25 ans.

Surnommé le « boulanger humaniste » par l’eurodéputé Raphaël Glucksmann, Stéphane Ravacley s’est également illustré en envoyant 200 m3 de marchandises destinées à l’aide de la population ukrainienne.

« Mon autre combat, c’est l’écologie pratique et pragmatique. Je viens du monde agricole et je connais ses difficultés. Je suis pour l’Europe, mais il faut protéger nos agriculteurs », ajoute-t-il.

« En bas de l’échelle »

Avec cette candidature, Stéphane Ravacley veut transformer le visage d’une Assemblée nationale qui ne compte quasiment aucun représentant issu des classes populaires.

Une démarche soutenue par l’entrepreneure sociale Alice Barbe, qui a créé l’Académie des futurs leaders, une école destinée à former une nouvelle génération d’hommes politiques et dans laquelle Stéphane Ravacley se forme depuis le début de l’année.

« Il y a un problème d’incarnation et de défiance vis-à-vis du politique. Aujourd’hui, il y a un énorme besoin de plus de représentation citoyenne. Ce sont des militants ou des entrepreneurs sociaux qui arrivent avec très peu de moyens pour avoir un impact extraordinaire sur le terrain », s’enthousiasme Alice Barbe, qui décrit Stéphane Ravacley comme un « battant ».

Les élèves de cette académie, dont la première promotion comprend également Priscillia Ludosky, l’une des initiatrices du mouvement des Gilets jaunes, suivent des cours trois jours par semaine, dispensés par des professeurs de Columbia University et de Sciences PoParis. Au programme : droit, géopolitique, climat, management et développement personnel.

Une chance unique pour le boulanger de Besançon, qui affirme vouloir « continuer à apprendre » tout au long de sa vie. Selon lui, « il y a une ouverture extraordinaire avec ces élections législatives pour la société civile. Il y a beaucoup de gens comme moi qui viennent du bas de l’échelle ».

Dans la deuxième circonscription du Doubs, en juin prochain, Stéphane Ravacley aura pourtant fort à faire face à « un professionnel de la politique », le député Renaissance sortant Éric Alauzet, le mieux élu de France en 2017. « Cette circonscription est gagnable, même si elle ça va être difficile », reconnaît auprès de l’AFP Cécile Prudhomme, la secrétaire régionale Europe Ecologie-Les Verts en Franche-Comté.

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Le boulanger affiche une détermination sans faille. « Je serai élu », insiste-t-il. Il envisage de siéger avec le groupe EELV à l’Assemblée, mais n’entend pas rejoindre le parti écologiste pour préserver « son indépendance ».

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