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Québec est loin d’introduire le vote par Internet | Élections Québec 2022


Des pays comme la France et le Brésil proposent désormais le vote en ligne aux électeurs à l’étranger, mais seule l’Estonie l’utilise à l’échelle nationale. Ce petit pays balte de 1,3 million d’habitants l’a introduit aux élections locales en 2005 et l’a élargi en 2007.

Au Canada, des municipalités de l’Ontario et de la Nouvelle-Écosse l’ont testé pour la première fois en 2003. D’autres projets pilotes ont depuis vu le jour dans ces deux provinces, notamment à Halifax.

Le Québec, pour sa part, a testé le vote par borne électronique lors des élections municipales de 2005, mais le projet a été un échec. Ça a failli mal finirexplique Clément Gagnon, spécialiste de la sécurité de l’information, en évoquant les pannes informatiques. Tout a fonctionné à la fin, mais il faisait froid [le Directeur général des élections] à l’époque.

Vote par Internet, l’enjeu est la trace du vote, car il est numérique et non physique. Il doit être manipulé pour qu’il y ait une preuve irréfutable, sans pouvoir l’associer à l’identité de l’électeur. […] L’enjeu du vote électronique n’est pas la traçabilité, mais la preuve du voteexplique M. Gagnon.

Vote électronique et vote par Internet, quelle différence ?

Le vote par Internet se fait via un portail en ligne dédié, tandis que le vote électronique se fait dans un bureau de vote via une borne électronique. Il est souvent associé à une trace écrite.

Quinze ans se sont écoulés avant qu’Élections Québec ne s’intéresse à nouveau à la question. Dans un dossier déposé à l’Assemblée nationale en 2020, l’organisme a précisé les critères et les enjeux du vote par Internet dans un contexte québécois. Parmi ses recommandations : approche progressive et la réalisation de projets pilotes aux élections provinciales.

 » Allons-nous pouvoir préserver le secret du vote ? Pour vérifier l’identité des électeurs ? C’est quand même quelque chose de complexe, que nous voulons faire, car il s’agit de l’intégrité des élections, de la confiance des électeurs. Nous ne pouvons pas nous permettre de l’introduire à la hâte et de le faire mal tourner. »

Une citation de Julie St-Arnaud Drolet, porte-parole du Directeur général des élections du Québec (DGEQ)

Deux ans plus tard, et malgré la nécessité d’un processus plus accessible en raison de la pandémie, le virage numérique du vote est au point mort. Pour permettre aux personnes isolées de voter, les élus ont préféré développer le vote par correspondance.

Actuellement, des défis techniques subsistent concernant la mise en place d’une plateforme de vote en ligne. Nous n’étions donc pas là pour les élections législatives d’octobreadmet le bureau de la ministre responsable des Institutions démocratiques et de la Réforme électorale, Sonia LeBel.

L’identité numérique, l’ingrédient manquant

Pour assurer l’intégrité du vote, il faut une identité numériquesoutient le spécialiste de la sécurité de l’information Clément Gagnon.

L’identité numérique est également à la base du système électoral en Estonie. Depuis 2002, tous les Estoniens ont une carte d’identité cryptée. C’est avec cette carte qu’ils peuvent voter en ligne, mais aussi remplir leur déclaration de revenus ou encore obtenir une prescription médicale.

L’identité numérique n’existe pas encore au Québec, mais le gouvernement y travaille. Selon les informations disponibles sur le site du gouvernement (Nouvelle fenetre)une application mobile devrait être développée d’ici 2025 pour permettre aux Québécois démontrer [leur] identité, compétence ou autorisation sécurisée.

Mais l’identité numérique n’est qu’un premier pas vers un vote par Internet efficace et fiable. Afin de préserver le secret du vote, Élections Québec doit pouvoir dissocier l’identité de l’électeur de son résultat, explique Clément Gagnon. L’organisation doit également s’assurer qu’un citoyen ne peut pas voter deux fois.

Ce sont des choses qui sont contrôlables, mais cela demande des efforts, cela demande de la technologie. C’est ce qui rend les choses compliquées. Mais tout est faitexplique le spécialiste.

 » Il s’agit de faire des efforts et il faut qu’il y ait un retour sur investissement. Pas nécessairement monétaire, mais il doit créer la confiance. »

Une citation de Clément Gagnon, spécialiste de la sécurité de l’information

Bénéfices limités

Pour l’instant, ce retour sur investissement n’est pas évident. Deux études réalisées en 2021 dont une sur la participation électorale (Nouvelle fenetre) et l’autre sur la diversité des électeurs (Nouvelle fenetre)indiquent un effet mineur sur le comportement électoral.

On entend souvent dire que le vote en ligne serait un bon moyen d’augmenter la participation, notamment chez les jeunes. Mais on observe plutôt un déplacement du vote. Ceux qui votent déjà par correspondance choisiront d’exercer leur vote par Internetsouligne Julie St-Arnaud Drolet, porte-parole de la DGEQ.

Si le développement d’un encadrement du vote en ligne a été négligé au Québec, c’est aussi à cause de la promesse – non tenue – de la CAQ réformer le mode de scrutin, pense André Blais, titulaire de la Chaire de recherche en études électorales de l’Université de Montréal.

Au Québec, on a tellement mis l’accent sur la réforme du mode de scrutin que les autres enjeux de la loi électorale – comme le vote à 16 ans ou le vote des résidents qui ne sont pas citoyens – n’ont pas été sérieusement discutés.il suppose.

Malgré les inconvénients du vote par Internet tels que les coûts et les risques, le professeur André Blais pense que le gouvernement du Québec doit continuer à s’intéresser à la question.

La meilleure façon est de l’essayer à petite échelle. On devrait, à mon avis, le tester aux élections municipales, comme on l’a fait en Ontario, voir ce qui se passe, et s’il y a des effets bénéfiques, on l’adopteil plaide.

Malgré les recommandations d’Élections Québec en 2020, le gouvernement du Québec n’a pas de projets pilotes sur son radar pour le moment.

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Jewel Beaujolie

I am a fashion designer in the past and I currently write in the fields of fashion, cosmetics, body care and women in general. I am interested in family matters and everything related to maternal, child and family health.
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