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Protection du caribou : Ottawa déplore « l’entêtement » de Québec

Cela fait maintenant plus de deux mois que le titulaire fédéral de l’Environnement et Changement climatique a envoyé une lettre au gouvernement Legault pour l’informer de son intention d’intervenir pour protéger les hardes de caribous des bois et des montagnes en sol québécois.

En l’absence de gestes significatifs ou d’entente avec Québec sur la protection des espèces en péril, dont la dernière version a expiré le 31 mars, Ottawa prépare toujours un décret sur l’habitat essentiel de l’emblématique cerf.

Le mécanisme, prévu dans la Loi sur les espèces en péril au Canada, permettrait au gouvernement fédéral de prendre le contrôle de quelque 32 000 kilomètres carrés de territoire et des activités qui s’y déroulent pour une période pouvant aller jusqu’à 5 ans.

S’il espérait trouver un accord par le dialogue il y a quelques semaines, Steven Guilbeault avoue aujourd’hui l’absence d’avancées autour de la table. Les officiels et moi sommes très déçusa-t-il déclaré cette semaine dans une entrevue avec Radio-Canada.

Le ministre Steven Guilbeault déplore l’entêtement du Québec dans le dossier du caribou forestier.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Sonia LeBel ne change rien

Malgré l’implication de la ministre responsable des Relations canadiennes, Sonia LeBel, la dernière rencontre entre les représentants des deux paliers de gouvernement, le 8 juin, n’a pas donné les résultats escomptés et aucune nouvelle date n’a été fixée pour de nouvelles négociations.

Ce qu’on comprend, c’est quelle est la stratégie du gouvernement du Québec pour gagner du temps pour essayer de trouver une solution après les élections, s’il y a une solution. Mais le caribou ne vote pasa lancé le ministre Guilbeault, accusant le parti provincial de ne pas avoir fait preuve de bonne volonté au cours des derniers mois.

Il avait donné jusqu’au 20 avril à la province pour fournir certaines informations, ce qui n’a pas encore été fait à la convenance du gouvernement fédéral.

 » Nous attendons des choses basiques. Nous avons demandé au Québec de nous fournir des commentaires et des informations pertinentes sur la protection du caribou. Vous n’envoyez pas quelqu’un sur la lune. Cependant, à ce jour, nous n’avons toujours pas de réponse du gouvernement du Québec à ce sujet. »

Une citation de Steven Guilbeault, ministre de l’Environnement et du Changement climatique

Au cabinet du ministre LeBel, nous affirmons avoir présenté il y a deux semaines un plan de mesures de protection du caribou pour 2022-2023, mais nous refusons d’en dévoiler le contenu sur la place publique. La balle est dans le camp fédérala répondu l’attaché de presse du ministre.

Steven Guilbeault n’est pas du même avis. Ils n’ont pas présenté de plan de protection qui aille au-delà de ce que Québec offre déjà, il expliqua. Et c’est justement parce que le Québec n’en fais pas assez qu’elle est aujourd’hui obligée d’intervenir, a-t-il rappelé.

On peut changer de couleur et le présenter autrement, mais si, fondamentalement, on ne change pas la nature et l’étendue de la protection de l’habitat du caribou, qui est le point de départ d’une entente, ce n’est pas grave.

Le caribou des bois et le caribou des montagnes, écotypes distincts, sont tous deux protégés par la Loi sur les espèces en péril au Canada. La protection de son habitat essentiel est obligatoire.

Photo : Getty Images / Stan Tekiela Auteur / Naturaliste

Entêtement

Le ministre est d’autant plus déçu qu’il a du mal à comprendre entêtement du Québec dans le dossier. Après avoir annoncé ses couleurs des mois à l’avance d’un risque d’intervention, Québec, estime-t-il, agir sciemment.

Selon lui, il existe néanmoins un consensus sur les mesures à prendre pour venir en aide aux hardes de caribous. Les Premières Nations, les syndicats, les experts et les groupes environnementaux disent tous qu’il faut en faire plus, il a insisté. La réduction de l’exploitation forestière et la préservation de vastes parcelles de forêts matures figurent en tête de liste.

 » J’ai de la difficulté à comprendre l’entêtement du gouvernement du Québec à refuser d’écouter la science sur cette question. »

Une citation de Steven Guilbeault, ministre de l’Environnement et du Changement climatique

À Québec, on veut laisser la commission indépendante sur le caribou faire son travail et présenter ses recommandations. L’élaboration de la nouvelle Stratégie de protection de l’habitat du caribou n’est pas prévue avant 2023.

Plus tôt ce printemps, le premier ministre François Legault a insisté sur le fait que la gestion du caribou des bois était de compétence provinciale et n’entendait pas céder aux pressions d’Ottawa.

La ministre Sonia LeBel a hérité du dossier du caribou, qui était auparavant dirigé par Pierre Dufour, ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs.

Photo : La Presse Canadienne / Jacques Boissinot

Steven Guilbeault garde donc le cap et doit présenter un décret quelque part d’ici la fin de l’été ou le début de l’automne.

Une lettre devait également être envoyée à Sonia LeBel cette semaine pour lui rappeler cette intention. Ce que nous disons au gouvernement du Québec, c’est que nous allons de l’avant comme prévu. […] Il n’y a rien dans les conversations qui nous amène à modifier cette stratégie.

Ottawa n’est toutefois toujours pas en mesure de dire quand un éventuel règlement entrerait en vigueur. Le texte réglementaire doit d’abord être approuvé par le Conseil des ministres. Ce sera la première fois qu’une ordonnance sur l’habitat essentiel sera utilisée lorsque la Loi sur les espèces en péril a été introduite au Canada en 2002.

Pas sans les autochtones

Le gouvernement fédéral travaille également en parallèle pour trouver d’autres moyens de protéger les hardes de caribous forestiers. Selon une source proche du dossier à Ottawa, une entente avec Québec est maintenant en préparation moyen ou long terme.

À plus court terme, Ottawa se tourne vers les nations autochtones pour faire avancer la conversation. Des rencontres ont déjà eu lieu avec plusieurs communautés afin d’établir une entente sur la protection du caribou, même sans le Québec.

Plus de 70 % de l’habitat du caribou forestier est perturbé dans plusieurs secteurs clés du sud de la province.

Photo : Courtoisie : Jean-Simon Bégin

À cet égard, le ministre Steven Guilbeault y voit une condition non négociable. Nous avons fait de la participation des Autochtones à une nouvelle entente entre le Québec et le gouvernement fédéral une condition, ce que le gouvernement du Québec a refusé jusqu’à maintenantcommenta-t-il. Il est hors de question qu’il y ait une entente et que les peuples autochtones ne soient pas à la table.

Si nécessaire, a ajouté le ministre, il y aura deux accords distincts. Dans tous les cas, promet-il, le gouvernement fédéral aura une entente avec les peuples autochtones du Québec.

Recours juridiques

Au cours de la dernière année, des communautés ont notamment menacé de poursuivre le gouvernement provincial et même le gouvernement fédéral s’ils n’appliquaient pas leurs lois pour protéger l’espèce. La Nation huronne-wendat a également dénoncé le manque de collaboration du ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (Nouvelle fenetre) concernant le caribou de Charlevoix.

Il ne resterait plus que 5 252 caribous des bois et des montagnes au Québec, répartis dans une dizaine de hardes. Les estimations précédentes du ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs faisaient état d’une population totale comprise entre 6 500 et 8 000 individus.

Au bord de l’extinction, deux hardes québécoises vivent actuellement en captivité, soit Charlevoix et Val-d’Or. La harde de caribous des montagnes de la Gaspésie est également en grande difficulté, avec une trentaine d’animaux. D’autres populations de caribous forestiers sont en déclin au Québec, dont celle du Pipmuacan.

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