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
Sur Facebook, Instagram, X ou LinkedIn, nos opinions personnelles peuvent-elles être critiquées par notre employeur? Franceinfo a demandé à un avocat spécialisé dans le droit du travail.
Un employé peut-il être licencié pour des «goûts» ou partager des publications politiques sur les réseaux sociaux? La question se pose après la démission, le mardi 28 janvier, du président du groupe de presse de l’EBRA, Philippe Carli, impliqué pour avoir « aimé » le réseau social de LinkedIn de publications de personnalités lointaines. Entretien avec Emilie Donridjen, avocat en droit du travail.
Franceinfo: Un employeur peut-il exiger de ses employés un comportement pour conserver ses réseaux sociaux?
Emilie Deridjen : Ceci est possible, certains grands groupes créent des chartes d’utilisation des réseaux sociaux. Ce ne sont pas des chartes d’une interdiction pure et simple mais plutôt des chartes de recommandations et de bonnes pratiques, car il est extrêmement compliqué, en droit du travail, dire: « Vous n’avez pas le droit de dire cela et vous n’avez pas le droit de le faire. » Il soulève bien sûr la question de la liberté d’expression qui est garantie par la Constitution et par le Code du travail.
Cette liberté d’expression est possible de lui apporter une restriction. Nous parlons ensuite d’une exception au principe. Il ne peut être justifié que s’il est lié au travail de l’employé et proportionnellement à l’objectif. C’est la règle générale mais le sujet est très sensible. Certains employés, par exemple, ont des clauses de neutralité, qui ne sont pas spécifiques aux réseaux sociaux, mais qui les engagent à s’abstenir de donner une opinion personnelle sur certaines matières. Le statut de l’employé de l’entreprise est également largement pris en compte.
Nous n’allons pas exiger le même devoir de réserve d’un caissier à Carrefour que le PDG de Total, dont les commentaires ont un impact plus important sur l’image de l’entreprise.
Emilie Deridjenen Franceinfo
Cette évaluation dépend-elle du réseau social, que ce soit Facebook, Instagram ou LinkedIn?
La question du soutien se pose mais aussi celle de l’accessibilité des publications. Si je poste sur Facebook « Mon patron est un connard » Et que ma publication n’est accessible qu’à mes amis ou à un groupe privé, cela tombe normalement sous la vie privée et les conversations de nature privée. Mais la jurisprudence estime que si vous avez 2 000 amis, par exemple, et que cette publication est visible par 2 000 personnes, nous quittons le cadre privé.
Le cas de LinkedIn est un peu spécial car il s’agit d’un réseau professionnel public.
Emilie Deridjenen Franceinfo
Les personnes qui publient ou aiment les publications sur LinkedIn sont identifiées par leur nom, leur prénom et leurs affaires. La particularité de LinkedIn n’est pas mentionnée dans le code du travail, c’est donc la jurisprudence qui contraste. Plusieurs cour d’appel ont estimé qu’un employeur pouvait légitimement profiter de la publication d’un employé sur LinkedIn dans le cadre d’une procédure disciplinaire, en particulier pour justifier une attaque contre l’image de l’entreprise.
Même en ce qui concerne les mots qui n’ont rien à voir avec l’emploi de l’employé ou avec le monde du travail?
En effet, la nature du sujet est prise en compte. Et là encore, c’est assez subjectif. La règle est que l’on ne peut pas sanctionner quelqu’un pour un fait en dehors de l’entreprise, sauf en cas de trouble objectif caractérisé. C’est à travers cela que nous pouvons raccrocher des remarques ou des faits supplémentaires pour une raison de sanction. Par exemple, pour un comme cela traduireait des condamnations politiques, l’employeur doit être en mesure de justifier un trouble objectif caractérisé. De toute évidence, le statut de l’employé dans l’entreprise est, là aussi, de déterminer car il induit une influence plus ou moins forte sur la réputation ou l’image de l’entreprise.
La mention «mes publications ne sont-elles qu’un engagement», est-elle suffisante pour exclure la responsabilité de son activité sur les réseaux sociaux?
Cela fait partie des recommandations qui se trouvent souvent dans les chartes de l’utilisation des réseaux sociaux. Mais il est souvent considéré qu’il n’a que cette mention dans sa présentation est insuffisante. Il est généralement demandé qu’il soit indiqué dans chaque publication de se protéger des sanctions possibles.