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pourquoi l’Irlande a sombré dans la violence


FIGAROVOX/ENTRETIEN – De violentes émeutes ont secoué Dublin jeudi dernier, après l’attaque à l’arme blanche d’un individu d’origine algérienne. L’historien spécialiste de l’Irlande Pierre Joannon l’explique par la montée du trafic de drogue et une situation sociale tendue.

Pierre Joannon est un historien spécialiste de l’Irlande, auteur notamment d’un Histoire de l’Irlande et des Irlandais (Perrin, 2006) et membre de la Royal Irish Academy.


LE FIGARO. – Jeudi dernier, Dublin a été le théâtre d’émeutes : plus de 500 personnes ont semé le chaos dans la capitale, à la suite d’une attaque au couteau commise par un individu dont l’origine algérienne a été rapidement révélée. Cette violence est-elle sans précédent ? Comment les interpréter ?

Pierre JOANNON. – Cette violence est d’une ampleur sans précédent – la situation à Dublin jeudi dernier ressemblait plus aux événements survenus en Irlande du Nord dans les années 1970 et 1980 qu’à ce qui peut se produire dans le Sud, mais il y a eu de petits bouleversements qui ont annoncé une plus grande radicalisation des minorités actives. Depuis plusieurs mois, on assiste à des manifestations anti-immigrés dans certaines villes et villages d’Irlande ; une manifestation a bloqué l’accès au Dáil Éireann (l’Assemblée irlandaise) l’été dernier ; et surtout une grande agitation est palpable sur les réseaux sociaux. Cet enthousiasme n’a pas été pris au sérieux et les explosions de jeudi ont été une surprise.

Ces manifestations extrêmement violentes se sont déroulées sur fond de problèmes sociaux qui doivent attirer l’attention des politiques : d’abord une crise du logement, et la pression migratoire aggrave le problème ; une crise dans certains services sociaux, notamment la santé. Enfin, les émeutes ont eu lieu dans le nord de Dublin, dans les quartiers populaires, où l’on constate une montée du trafic de drogue qui n’est sans doute pas étrangère aux émeutes. Une certaine propagande d’extrême droite a été pointée à juste titre, mais de nombreux jeunes n’avaient qu’une envie de casser et de piller, ce qui n’est pas lié à une idéologie politique particulière.

Ces émeutes démontrent-elles un rejet de la politique migratoire en Irlande ? En quoi cela consiste? L’immigration a-t-elle augmenté ces dernières années ?

L’immigration a considérablement augmenté, mais elle doit être replacée dans le contexte irlandais et non assimilée aux vagues migratoires auxquelles sont confrontés les pays d’Europe continentale. Ce sont en effet principalement des migrants intra-européens qui entrent en Irlande. Par exemple, en 2004, lorsque huit États d’Europe centrale et orientale ont rejoint l’Union européenne, l’Irlande a déclaré qu’elle faciliterait l’entrée sur son territoire pour ceux qui souhaitaient s’y installer. Les Polonais deviennent ainsi la première minorité non irlandaise sur le sol irlandais, représentant plus de 200 000 personnes. L’intégration de cette immigration se passe relativement bien, dans la mesure où l’Irlande est en pleine croissance économique : l’accueil se déroule dans un climat d’harmonie – une église est ainsi mise à disposition des Polonais à Dublin, etc.

Lors de la guerre en Ukraine, l’Irlande ayant traditionnellement une politique de neutralité militaire, elle a décidé d’apporter son aide en accueillant des réfugiés sur son sol : plus de 100 000 s’y sont installés, ce qui représente quasiment le même chiffre. que la France pour une population totale de 5 millions d’habitants en Irlande. En Irlande, l’immigration est intra-européenne, et non en provenance du Moyen-Orient, du Maghreb ou d’Afrique subsaharienne : le problème de la montée de l’islamisme ne se pose pas là-bas.

Certains ont pointé du doigt les hooligans et l’extrême droite…

Il y a toujours eu en Irlande de petits groupes d’extrême droite, dotés d’une certaine capacité de nuisance, mais ils n’ont jamais exercé une grande influence et n’ont jamais constitué un parti anti-immigration digne de ce nom – il n’existe aucun parti qui s’assimiler à notre ancien Front national à l’Assemblée irlandaise. Or, la puissance des messages de haine sur les réseaux sociaux est alimentée par des sources douteuses. Lorsque ces messages tombent dans la poudrière qu’est la crise sociale et se propagent parmi les jeunes radicalisés, ils provoquent des dégâts.

Les émeutiers brandissaient des pancartes avec le slogan « Irish Lives Matter ». La star irlandaise du MMA, Conor McGregor, a ajouté : « Nous sommes en guerre. » Pourquoi la société irlandaise est-elle si fracturée ? Faut-il y voir une forme d’archipélisation de la société comme en France ?

Ces émeutiers ne sont pas représentatifs de la population irlandaise, victime d’une évolution sociale tendue. Il faut encore une fois se situer dans le contexte irlandais, très différent du contexte continental. L’Irlande est le pays le plus mondialisé de l’Union européenne, depuis la grande famine de 1845-1847, qui a provoqué une explosion de l’émigration vers les pays anglo-saxons. Aujourd’hui, avec le concept de « famille irlandaise élargie », on compte 70 millions de descendants d’émigrants dans le monde : chaque famille irlandaise a des proches qui sont à Boston, Canberra, etc. Cette réalité a eu des conséquences sur l’accueil migratoire : les Irlandais, plus ou moins bien accueillis dans leur pays d’émigration, destinés à réserver un accueil digne de ce nom à ceux qui venaient s’installer sur leur sol. Les Irlandais ont connu le rejet dans leur pays d’arrivée, l’opposition des mouvements nativistes américains, et ne veulent pas infliger un sort similaire à leurs immigrants.

Si l’Irlande est un pays d’émigration, elle est aussi un pays d’immigration, certainement plus récente, datant du développement économique accéléré de l’Irlande depuis son entrée dans l’UE dans les années 1970. Un travailleur sur cinq est aujourd’hui d’origine étrangère, ce qui est accepté par la majorité de la population. Il y a quelques jours, une grande manifestation a eu lieu à l’appel des syndicats pour affirmer que l’Irlande ne se reconnaissait pas dans les émeutiers. Le rejet de l’immigration est l’œuvre de minorités actives qui repoussent une grande partie de l’Irlande, mais dont on attend néanmoins qu’elles perdurent.

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