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Piscines, ski, industries… ces secteurs menacés par la hausse des prix de l’énergie


Les prix du gaz et de l’électricité augmentent régulièrement depuis des mois, alourdissant la facture de multiples infrastructures : piscines, gymnases, domaines skiables, industries… Tour d’horizon des secteurs touchés ou menacés de fermetures.

A l’approche de l’automne, la situation énergétique se tend dans plusieurs secteurs en France. La flambée des prix de l’énergie (gaz et électricité) renchérit radicalement les coûts de fonctionnement de plusieurs infrastructures publiques – piscines, patinoires, gymnases, salles de sport – et privées – domaines skiables et entreprises.

Ces dernières semaines, le prix du gaz a atteint des records, se vendant sur les marchés jusqu’à 251 euros le mégawattheure (MWh) à la mi-août. « A ce prix, le gaz est 11 fois plus cher que la moyenne saisonnière des cinq dernières années », note le journal Les Echos. L’électricité, elle aussi, ne cesse d’augmenter : alors qu’il fallait compter 50 euros pour un MWh début 2021, puis 222 euros fin 2021, le prix de gros a atteint des euros durant cet été.

  • Piscines publiques et patinoires fermées

Ce secteur énergivore est durement touché par la hausse des prix de l’essence. Pour cette raison, la société d’exploitation Vert Marine a fermé lundi 5 septembre les portes d’une trentaine de piscines publiques qu’elle gère – à Montauban, Versailles ou Limoges.

Environ 10 % des 4 000 piscines publiques en France sont gérées via une délégation de service public, et non directement par la collectivité où elle est implantée. Vert Marine a demandé à l’AFP de fermer « pour une durée temporaire » un tiers des 90 établissements qu’elle gère et de placer « du personnel en chômage partiel ».

Dans son communiqué, l’entreprise affirme que sa facture énergétique est passée de « 15 à 100 millions d’euros », soit « la totalité du chiffre d’affaires annuel de l’entreprise ». Pour les mêmes raisons, elle a également fermé des patinoires dont elle gère.

Cette situation agace les usagers : la fermeture de ces installations prive momentanément les abonnements saison, les personnes en sport-études ou encore les groupes scolaires de la natation ou de l’internat, alors que le ministère français des Sports a fait du « savoir nager » une priorité de sa politique pour plusieurs années, afin d’éviter les noyades.

La colère sévit aussi dans les communes : la ville de Champigny a dénoncé au Parisien une « décision autoritaire et unilatérale », évoquant des discussions « en cours » avec la société Vert Marine pour obtenir la réouverture de la patinoire « dans les meilleurs délais ». . Le vice-président de l’agglomération de Limoges, Fabien Doucet, envisage la possibilité d’une action en justice, dénonçant une décision « irrecevable » : « L’équipement qui a coûté 50 millions d’euros dessert les habitants d’une vingtaine de communes qui, du jour au lendemain, sont pris en otage . »

Côté exécutif, la question des piscines et patinoires est à l’ordre du jour du groupe de travail « Sports » du gouvernement sur la sobriété énergétique depuis le 31 août.

« En ce qui concerne les piscines et les patinoires, un travail est mené notamment avec les représentants de ces acteurs (dont Union Sport et Cycle) et les collectivités territoriales pour trouver des solutions permettant de réduire les consommations tout en préservant l’activité sportive et économique », indiquait la semaine dernière, sans plus de précisions, les ministres des Sports, Amélie Oudéa-Castéra, et de la Transition énergétique, Agnès Pannier-Runacher. « Des mesures complémentaires seront étudiées en cas de fortes tensions sur les réseaux ».

  • Des services publics locaux « en danger » pour les collectivités territoriales

Les collectivités locales sont touchées depuis des mois par la hausse des prix de l’énergie, pesant sur les budgets de nombreuses communes françaises. Les piscines arrivent en tête de liste des dépenses, mais sans solutions permanentes pour les prochains mois, d’autres services publics locaux pourraient être touchés comme les gymnases, les musées, les médiathèques, ou encore les écoles, collèges et lycées.

« Nos budgets explosent. L’inflation touche massivement tous les bâtiments des collectivités locales, qu’ils soient sportifs, culturels ou de toute autre nature », observe André Laignel, vice-président de l’Association des maires de France. Selon l’Association des petites communes de France, les dépenses énergétiques de certaines communes ont bondi de 50 %. Pour l’AMF et la Fédération Nationale des Collectivités Concessionnaires et Réglementées, ces augmentations varient entre 30 et 300%

Dans un rapport publié fin juillet, le Sénat a pointé plusieurs risques induits par la hausse brutale des coûts de l’énergie « (Cela) met en péril les services publics locaux essentiels. (Cela) risque également d’amener les collectivités à renoncer à leurs projets d’investissement liés à la transition énergétique et entraîner une augmentation des taxes locales affectant le pouvoir d’achat des ménages.

Plusieurs collectivités s’adaptent depuis des mois pour réduire la facture énergétique. A Limoges, la municipalité a notamment baissé la température de ses gymnases et fermé sa patinoire cet été. Des villes comme Brive-la-Gaillarde envisagent de mettre en place un plan d’économie d’énergie dans les années à venir, comme la réduction de l’éclairage public.

Le ministère en charge des Collectivités territoriales a rappelé à l’AFP que « le filet de sécurité mis en place cet été représente 430 millions d’euros pour soutenir les communes et intercommunalités fragilisées par la hausse du point d’indice pour les fonctionnaires, les charges énergétiques et alimentaires, 120 millions pour départements et 18 millions pour les régions ». Dans le même temps, le surcoût de l’énergie devrait atteindre 11 milliards d’euros en 2022 pour les collectivités locales, selon BFMTV.

  • Inquiétude dans les stations de ski

Avant le début de la saison hivernale, les exploitants des stations de ski ne cachent pas non plus leur inquiétude. Les tarifs actuels de l’électricité constituent « un premier énorme obstacle », a déclaré à l’AFP Fabrice Boutet, directeur général du groupe SATA, société qui gère les remontées mécaniques de l’Alpe-d’Huez, des Deux-Alpes et de la Sévère.

Selon les projections, les tarifs actuels se traduiraient pour le groupe par « une facture qui va de un à dix, en gros, de deux à vingt millions (euros) », selon lui. Il devra également ajuster les vitesses des remontées mécaniques, les horaires d’ouverture et travailler sur les économies d’énergie à long terme, souligne-t-il.

Cette hausse des prix de l’énergie « est très brutale et totalement inédite », s’inquiète aussi Laurent Reynaud, délégué général des Domaines skiables de France – la chambre professionnelle des exploitants de domaines skiables : « Si l’électricité représentait entre 3 et 5% du chiffre d’affaires selon la domaines, en multipliant par trois voire quatre la facture comme c’est le cas aujourd’hui, on passerait automatiquement à 10 à 20% du chiffre d’affaires.

Les professionnels du secteur estiment malgré tout que l’ouverture de leurs stations de ski n’est pas compromise mais ils réclament aussi l’intervention de l’Etat. Dominique Thillaud, directeur de la Compagnie des Alpes – qui gère de nombreuses grandes stations dont Tignes, Val d’Isère, ou La Plagne – « souhaite se joindre aux appels lancés à l’attention du gouvernement pour rétablir la rationalité dans un secteur dont l’énergie est devenue absolument irrationnel, surtout en ce qui concerne les prix ».

  • Chômage partiel et baisse de la production dans les industries

La flambée des prix oblige déjà certaines entreprises à prendre des décisions stratégiques pour cet hiver. C’est le cas d’Aluminium Dunkerque, dans le nord de la France : cette fonderie d’aluminium – premier site industriel de France en termes de consommation d’électricité avec 4 téraquelles heures par an – a décidé de réduire sa production de 22 % au dernier trimestre 2022 afin de pour régler les factures.

« A partir d’octobre, nous subirions une perte très importante si nous continuions la production en l’état », a déclaré à Reuters le directeur général de l’entreprise, Guillaume de Goÿs. Et de préciser que sans cette décision, les factures d’électricité de l’entreprise passeraient de 40 millions d’euros par mois aujourd’hui à 150 millions d’euros en décembre, selon les prix attendus de l’électricité. Il n’est actuellement pas question de chômage partiel pour les 650 salariés du site.

Outre Aluminium Dunkerque, d’autres entreprises de la sidérurgie ont annoncé des coupes dans leur production ou une réorganisation interne du travail pour limiter l’impact de la hausse du coût de l’électricité. C’est le choix fait par Ascométal (1.200 salariés en France), qui interrompra son activité pendant deux à trois semaines durant le mois de décembre dans ses usines de Hagondange (Moselle) et de Fos-sur-Mer (Bouches-du Rhône) . Certains salariés seront mis au chômage partiel.

La célèbre société de verrerie Duralex a annoncé le 1euh septembre, qu’elle allait mettre son four en veille pour une durée minimum de quatre mois à partir de novembre et placer l’ensemble de ses salariés au chômage partiel. « Produire au rythme énergétique du jour générerait des pertes insoutenables. Limiter notre consommation d’énergie dans la période qui s’ouvre permet donc de préserver l’activité et l’emploi de Duralex », a déclaré le président de l’entreprise, José-Luis Llacuna.

Et le plus dur reste à venir début 2023. « Près de la moitié des entreprises, surtout les grandes, mais pas seulement, doivent renouveler leur contrat de fourniture d’électricité. Avec des tarifs multipliés par cinq à partir de janvier 2023 », explique l’entrepreneur Marc Alric au Monde Si les prix de l’énergie ne se stabilisent pas d’ici quelques mois, l’hiver s’annonce rude dans plusieurs secteurs.


Dans l’usine Eurial Ultrafrais de Jouy (Yonne) © France24

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