Peine alourdie pour le seul accusé ayant fait appel, le chapitre juridique se ferme

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Le procès en appel des viols de Mazan s’est soldé, jeudi 9 octobre, par une peine de dix ans de prison pour l’unique accusé, fermant la page judiciaire d’une affaire qui a touché le monde entier et a érigé Gisèle Pelicot en symbole féministe, pour avoir dit aux victimes de « ne jamais avoir honte ».
Au terme d’un délibéré d’un peu moins de trois heures, Husamettin Dogan a été condamné à une peine d’un an aggravée par rapport à sa condamnation en première instance, mais moins sévère que les 12 ans requis par le parquet.
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L’accusé, qui continuait d’affirmer qu’il n’avait pas « l’intention » de violer Gisèle Pelicot, n’a pas réagi à la sentence, debout dans le box des accusés.
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En décembre à Avignon, Dominique Pelicot, orchestrateur d’une décennie de viols contre son ex-femme, a été condamné à 20 ans de prison, la peine maximale, pour l’avoir livrée, auparavant droguée et inconsciente, à des inconnus recrutés sur internet.
« Ne jamais retourner devant un tribunal de ma vie »
Une affaire tout à fait hors du commun, devenue un symbole mondial des violences faites aux femmes lorsque Gisèle Pelicot a refusé que le procès se tienne à huis clos, pour que « la honte change de camp ».
Au terme de quatre mois d’un procès retentissant, ses 50 coaccusés ont été condamnés à des peines allant de trois ans de prison, dont deux avec sursis, à 15 ans. Husamettin Dogan a finalement été le seul à maintenir son appel jusqu’au bout.
Durant ces quatre jours d’audience devant la cour d’assises du Gard, il y a eu d’un côté les nombreuses exaspérations suscitées dans la salle d’audience par les démentis des accusés et, à la sortie, les applaudissements à chaque passage de Gisèle Pelicot, la plupart du temps soutenue par l’un de ses fils.
Elle a réservé ses mots au tribunal, composé cette fois de neuf jurés populaires et de trois magistrats, quittant le tribunal en silence après le verdict, sous un tonnerre d’applaudissements, « Bravo » et « Merci ».
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« J’ai le sentiment d’être arrivée au bout de ce calvaire qui a duré cinq ans. Je souhaite ne plus jamais retourner devant un tribunal de ma vie. Pour moi, le mal est fait. Il va falloir me reconstruire sur cette ruine. Je suis sur la bonne voie », a déclaré mercredi cette femme de 72 ans, avec son carré rouge devenu un signe de ralliement des mouvements féministes à travers le monde.
« Que les victimes n’aient jamais honte de ce qui leur a été imposé par la force », a-t-elle ajouté. Pourtant, dit-elle, à l’adresse notamment de la centaine de journalistes accrédités : « Arrêtez de dire que je suis une icône. C’est malgré moi. Je suis une femme ordinaire qui a fermé les portes closes ».
« Assumez la responsabilité de vos actes, j’ai honte pour vous ! »
Or, pour le procureur général, cette affaire a permis « une prise de conscience collective d’un fonctionnement social archaïque et destructeur, qui fait de l’homme, le mâle, le centre de l’univers ». Et « en 2025 on ne peut pas envisager ça parce qu’elle n’a rien dit, a-t-elle convenu. Parce que là, on est dans une manière de penser d’un autre âge ! »
Dans un puissant réquisitoire, Dominique Sié a souligné l’attitude « désespérée » de l’accusé, qui a constamment nié toute intention de viol, lui disant : « Tant que vous refusez de l’admettre, ce n’est pas seulement une femme, c’est tout un fonctionnement social sordide que vous cautionnez ».
Ce procès ne pouvait guère être un procès ordinaire pour viol. D’abord, et c’est rare, car les preuves vidéo sont accablantes dans ce dossier, Dominique Pelicot ayant tout filmé et minutieusement archivé.
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Le tribunal a ainsi pu visionner la douzaine de courtes vidéos de cette soirée du 28 juin 2019, au cours de laquelle Husamettin Dogan s’est rendu à Mazan. On voit l’accusé réaliser plusieurs actes sexuels sur Gisèle Pelicot en sous-vêtements, portant des sandales et parfois un bandeau sur les yeux, totalement inerte et parfois ronflant bruyamment. Husamettin Dogan et Dominique Pelicot chuchotent pour ne pas la réveiller.
Cependant, l’accusé, un ex-travailleur de 44 ans au parcours socioprofessionnel chaotique, a fermement soutenu qu’il n’avait « violé personne », affirmant avoir été « sous influence » de Dominique Pelicot. Et la défense n’a pas dévié de sa ligne, soutenant la thèse selon laquelle leur client avait cru à un scénario libertin. Et « dans le libertin, il y a la liberté : tout est possible, tout est transgressable », a plaidé Me Jean-Marc Darrigade.
« Qu’il ait pu croire que j’étais consentante est absolument ignoble », s’est agacée Gisèle Pelicot face aux tentatives de victimisation de l’accusé. « Assumez la responsabilité de vos actes, j’ai honte pour vous ! », a-t-elle ajouté.
« Ce que nous faisons ici est utile. Ce n’est pas le but d’un procès de changer la société, mais il y contribue », avait alors soutenu l’un de ses avocats, Me Stéphane Babonneau. Et d’ailleurs, combien de temps restera la banderole « Gisèle, les femmes merci » sur les grilles du palais de justice de Nîmes ?
Avec l’AFP
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France 24




