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Mort d’Astou Sokhna au Sénégal : trois sages-femmes condamnées pour « non assistance à personne en danger »


Trois sages-femmes ont été condamnées par un tribunal sénégalais, mercredi 11 mai, à une peine de six mois de prison avec sursis pour « non-assistance à personne en danger », après la mort dans un hôpital public d’une femme enceinte qui avait attendu en vain en très grande souffrance une césarienne et dont le destin tragique a secoué le pays. Trois autres sages-femmes, également jugées par ce tribunal de Louga (nord), ont été relaxées. Ce drame avait suscité une vague d’indignation sur les réseaux sociaux contre les carences du système de santé publique au Sénégal et avait provoqué des réactions au plus haut niveau de l’Etat.

Selon la presse locale, Astou Sokhna, mariée et enceinte de 9 mois, est décédée à l’hôpital de Louga le 1euh avril après ce que les journalistes ont décrit comme une longue agonie et un déni de soins. La jeune femme, âgée de 34 ans selon un avocat de la partie civile, avait attendu pendant une vingtaine d’heures la césarienne qu’elle réclamait. Le personnel aurait refusé sa demande, arguant que son opération n’était pas planifiée, et menacé de l’expulser si elle insistait.

Mercredi matin, le jugement a été prononcé en présence des six prévenus et de nombreux personnels de santé sont venus soutenir leurs confrères poursuivis, ont constaté des journalistes de l’AFP. Les trois femmes condamnées étaient de garde le soir où Astou Sokhna a été admise à l’hôpital, a indiqué l’un de leurs avocats, Abou Abdou Daff. Les trois autres étaient de service pendant la journée. Lors du procès, le 27 avril, le parquet avait requis un an de prison, dont un mois, contre quatre des six prévenus, et la libération pour les deux autres.

« Nous ne contestons pas, même si nos cœurs sont brisés, mais nous attendons sérieusement un autre [jugement] »a confié le mari de Mmoi Sokhna, Modou Mboup, présent dans la salle d’audience au moment du verdict : « Personnellement, je vais m’arrêter là. Les avocats [de la partie civile] verrons s’ils continueront la procédure. »

Un bébé retrouvé vivant à la morgue

« Nous avons mis en lumière ce que déplorent tous les Sénégalais dans les hôpitaux. C’est une victoire. Si nous restons les bras croisés, il pourrait y avoir d’autres Astou Sokhna »a ajouté M. Mboup, évoquant les accusations de  » négligence «  ciblant le personnel médical au Sénégal. Il a précisé que sa défunte épouse « a tenu ses rendez-vous, l’échographie, les analyses ». La nuit du drame « Je l’ai emmenée à 9h30 à l’hôpital », il a témoigné : « À part le goutte-à-goutte, je n’ai rien vu d’autre jusqu’à ce qu’il décède à 5 heures du matin. Si ils [les sages-femmes] avaient fait ce qu’ils avaient à faire, peut-être que ça ne se serait pas passé comme ça. »

Un avocat de la partie civile, Ameth Moussa Sall, a déclaré à l’AFP qu’il n’était pas  » déçu « . « L’objectif de la constitution de partie civile n’était pas de faire prononcer une peine de prison. Ce que nous voulions, et le tribunal nous a suivis, c’était une condamnation. » Il a indiqué avoir déposé mercredi une nouvelle plainte contre les six sages-femmes, un gynécologue de l’hôpital de Louga et la direction de l’établissement, ainsi que l’Etat du Sénégal, pour « homicide et faux et usage de faux ».

Face au tollé suscité par la mort de Mmoi Sokhna, le président Macky Sall avait émis un message de condoléances et instruit de déterminer les responsabilités. Le ministre de la Santé, Abdoulaye Diouf Sarr, avait reconnu le 14 avril qu’avec plus de vigilance, la mort de cette femme aurait pu être évitée. Le directeur de l’hôpital a depuis été démis de ses fonctions et remplacé.

Un autre cas dans un hôpital public a fait scandale récemment. A Kaolack (centre), un nourrisson déclaré mort par une infirmière le vendredi 6 mai, puis déposé à la morgue, a ensuite été retrouvé vivant par son père quelques minutes plus tard, avant de finalement mourir dans la journée, selon la presse locale. Le parquet a annoncé dimanche avoir ouvert une enquête. L’infirmière a été déférée au parquet mercredi après quatre jours de garde à vue.

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Le Monde avec AFP


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