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Les VTC et les chauffeurs-livreurs élisent leurs délégués syndicaux pour la première fois


C’est sans précédent dans le secteur des plateformes numériques. A partir du lundi 9 mai et jusqu’au 16 mai, les chauffeurs VTC et les livreurs de repas élisent pour la première fois leurs délégués syndicaux. Uber, Deliveroo, Bolt… 120 000 travailleurs, dont 39 000 chauffeurs et 84 000 livreurs, pourront en effet voter en ligne lors de ces élections professionnelles organisées par l’Autorité des relations sociales des plateformes d’emploi (Arpe) créée par le gouvernement en 2021.

>> Livreurs de repas et chauffeurs VTC : « il y a urgence à agir » sur leurs conditions de travail

Arpe supervisera également le dialogue social qui aura lieu suite à ces élections, à l’automne 2022. Cela ne changera pas leur statut et ces chauffeurs resteront indépendants. Or, le dialogue social avec les plateformes vise à améliorer leurs conditions de travail et leur rémunération.

Le prix des courses est le point le plus important de la négociation. Ali Lemmouchi, chauffeur VTC, a par exemple vu son budget carburant augmenter de 500 euros. Pour lui, négocier un meilleur prix pour les courses avec des applications est urgent. Il décide alors de faire campagne pour l’Union-Indépendants, syndicat candidat proche de la CFDT. « Les prix ont-ils augmenté avec la hausse du carburant ? Non, car il n’y a pas de dialogueexplique Ali Lemmouchi. Désormais, grâce à un dialogue avec un syndicat, nous aurons plus de poids.« 

Fabian Tosolini tracte aux côtés d’Ali Lemmouchi pour Union-Indépendants. « Cette élection est importante puisque nous pourrons mettre en place des négociations sectorielles qui s’appliqueront à toutes les plateformes. Plus aucune plateforme ne pourra faire baisser le prix par rapport à celui établi pour tous. »

« On travaille 12 heures par jour, pour 70 euros. Combien ça coûte ? Même pas le SMIC »

Yacine, livraison de repas

chez franceinfo

Fixer un prix plancher pour faire ses courses est un enjeu encore plus fondamental pour les livreurs à vélo. Le prix de leurs courses ne fait que baisser. Le forfait était au minimum de sept euros lorsque Deliveroo est arrivé en France en 2015. Aujourd’hui il est à peine de deux à quatre euros. Yacine, livreur, père de famille, ne gagne que 70 euros par jour pour 12 heures de travail : « Je n’ai pas de vacances, pas de week-end. Je travaille 7 jours sur 7. J’aimerais être payé plus, pour le temps d’attente à payer, pour les primes, les congés maladie et l’assurance accident. »

Mohamed le tracte pour la CGT : « Ces élections sont le seul moyen de revendiquer nos problèmesil dit. Tout d’abord, celui de la rémunération. Il faut gagner plus pour pouvoir cotiser à l’assurance, à la mutuelle, pour la retraite aussi. » Mohamed, justement, hésite à arrêter le travail à cause de la précarité du statut d’autoentrepreneur indépendant. Il y a aussi un turnover massif dans le secteur qui complique la tâche des militants syndicaux.

Comment sensibiliser à ces élections professionnelles ? « Les livreurs indépendants sont plus difficiles d’accès que dans une box où tout le monde travaille au même endroit, a le même type de contrat», explique Ludovic Rioux, livreur syndiqué CGT à Lyon. Dans ce contexte, la participation semble très faible. Le président de l’Arpe espère au moins 5 % d’électeurs. côté livraison.

La CGT aurait pu être absente, sceptique sur le fait que ces négociations puissent réellement déboucher sur des avancées, alors que les plateformes n’auront pas l’obligation de conclure des accords avec les représentants des livreurs, notamment sur la rémunération. Cependant, « nous ne pouvions pas jouer la politique de la chaise vide, tandis que des accords à moindre coût pour les travailleurs pourraient y être signés», explique Ludovic Rioux.

Enfin, les plateformes ont-elles les moyens de répondre aux réclamations, de mieux rémunérer les chauffeurs et livreurs VTC ? La question demeure quant aux résultats financiers des deux géants du secteur : Uber et Deliveroo. Depuis leur lancement il y a dix ans, ils n’ont jamais fait de profit, avec même 350 millions d’euros de pertes pour Deliveroo l’an dernier, 500 millions de pertes pour Uber.

Ce déficit est dû à leurs investissements massifs dans la publicité et la technologie. « Malgré cela, si les plateformes veulent augmenter les rémunérations, elles peuvent et trouveront l’argentassure Laëtitia Dablanc, spécialiste de la logistique et des plateformes de livraison à l’université Gustave Eiffel. Aujourd’hui, il s’agit de redévelopper l’attractivité pour avoir de nouveaux livreurs et de bons livreurs. Etant donné aussi la mauvaise image qu’ils ont acquise en matière de conditions de travail, il va falloir qu’ils changent. » Cependant, en 2021, Deliveroo et Uber ont continué à multiplier leurs dépenses publicitaires : 5 milliards de dollars pour Uber, contre 3,5 milliards de dollars en 2020, et 630 millions de livres sterling pour Deliveroo, soit près du double de l’année précédente.




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