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Les trois continents de la stratégie russe


tuUn des atouts méconnus de Vladimir Poutine réside dans sa capacité à déployer sur les théâtres la même stratégie offensive que les décideurs occidentaux continuent de traiter de manière trop différenciée. La réticence est encore forte à admettre que le recul américain de 2013, après les bombardements chimiques de Damas, a convaincu le président russe que l’annexion de la Crimée, quelques mois plus tard, susciterait en fait peu de réaction.

Aujourd’hui, même si le parallèle est frappant entre le siège victorieux de Marioupol et celui d’Alep en 2016, peu de leçons opérationnelles ont été tirées de la banalisation en Ukraine des armes et techniques testées pendant la guerre de Syrie. . C’est pourtant au Moyen-Orient ou sur le continent africain que le Kremlin pourrait reprendre l’initiative s’il ne parvient pas à briser la résistance ukrainienne.

  • Les risques au Moyen-Orient

Le soutien inconditionnel de Moscou au régime de Bachar Al-Assad, avec l’intervention directe de l’armée russe à partir de 2015, a permis au Kremlin de consolider son emprise sur la base maritime de Tartous et d’obtenir des privilèges d’extraterritorialité pour sa nouvelle base aérienne de Lattaquié.

Le raisonnement classique conduirait donc à anticiper d’éventuelles attaques russes à partir de tels établissements militaires, tous deux situés sur la côte méditerranéenne. C’est pourtant de manière beaucoup moins conventionnelle que la Russie peut exercer depuis la Syrie un chantage d’une efficacité redoutable aussi bien sur Israël que sur la Turquie.

Le pilier sud de l’Otan que constitue ce dernier pays est en effet à la merci d’une reprise des hostilités sur sa frontière la plus exposée avec la Syrie, autour de la poche d’Idlib, dernière redoute de l’opposition à Al-Assad. Trois millions de personnes, pour la plupart déplacées, y vivent sous la férule d’un groupe salafiste, issu de la branche syrienne d’Al-Qaïda, qui a éliminé les factions les plus modérées et contrôle sévèrement la société civile. La propagande russe n’aurait ainsi aucun mal à justifier une éventuelle offensive par la « lutte contre le terrorisme », alors que l’assaut de cette enclave entraînerait inévitablement des vagues massives de réfugiés vers le territoire turc. Au moment où le président Erdogan prône au contraire le rapatriement d’au moins une partie des plus de trois millions de réfugiés syriens sur son sol, la menace d’un flux inversé est prise très au sérieux à Ankara.

La position dominante de la Russie en Syrie est aussi l’une des explications du profil bas d’Israël vis-à-vis de Moscou depuis l’invasion de l’Ukraine. Le Kremlin, à défaut de freiner l’interventionnisme iranien en Syrie, tolère en effet les raids régulièrement menés par Israël contre les positions des milices liées à Téhéran dans ce pays. L’État hébreu s’emploie ainsi à empêcher qu’un établissement hostile ne s’enracine au pied du Golan syrien, annexé par Israël, ce qui viendrait dangereusement compléter le dispositif du Hezbollah au Liban. Il suffirait que Moscou change de posture pour que la frontière nord d’Israël redevienne vulnérable. Les leviers de la puissance russe en Syrie lui offrent donc une emprise non négligeable sur Israël comme sur la Turquie.

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