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Les minéraux stratégiques : le réveil tardif d’Ottawa


Le gouvernement fédéral décide enfin d’agir dans le domaine des minéraux stratégiques. Ottawa en a identifié 31 produites de manière significative par la Chine et la Russie. Ces deux pays pourraient éventuellement utiliser ces minéraux stratégiques pour faire pression sur des pays démocratiques, dont le Canada.

Le ministre des Ressources naturelles du Canada, Jonathan Wilkinson, a annoncé des investissements dans le développement du cobalt, du cuivre, du graphite, du lithium, du nickel et des terres rares. C’est un bon début. Mais ce type de politique doit couvrir plus que les ressources naturelles.

Pourquoi ce réveil soudain d’Ottawa?

La guerre en Ukraine, ainsi que les manœuvres commerciales de la Chine pour accaparer les fournitures médicales essentielles au début de la pandémie de COVID-19, ont finalement convaincu le gouvernement canadien d’agir. En effet, la Chine et la Russie font passer leurs priorités politiques dictatoriales avant leurs engagements commerciaux. Finie la vision néolibérale naïve selon laquelle les intérêts commerciaux passent en premier.

Que pourrait faire de plus le gouvernement?

Les investissements annoncés sont insuffisants, d’autant plus que la Chine contrôle de plus en plus de mines dans les pays en développement, avec l’intention avouée de privilégier l’approvisionnement de ses entreprises ainsi que celles de ses alliés.

La nouvelle politique d’approvisionnement local et régional est conforme à l’expulsion de Huawei de la 5G au Canada. Si le gouvernement canadien et les gouvernements des autres démocraties sont cohérents, cette politique ne peut être qu’un début.

A terme, toutes les chaînes de production stratégiques devraient être rapatriées dans des pays démocratiques ou des pays sûrs. Cette tendance semble également s’accélérer.

Quel sera l’impact de ces décisions sur l’inflation ?

C’est une mauvaise nouvelle pour ceux qui pensent qu’une inflation élevée ne s’installera pas à long terme dans la plupart des pays démocratiques. Au contraire, la relocalisation des lignes de production et des mines entraînera des surcoûts pendant des années.

Mais en même temps, cette délocalisation contribuera à soutenir la croissance économique à long terme. Elle devrait également être bénéfique pour l’environnement, puisque les circuits de transport seront plus courts et les procédés de fabrication plus respectueux des obligations environnementales.

Jusqu’où cette politique doit-elle être mise en œuvre ?

L’une des plus grandes inconnues reste l’impact d’une inflation élevée sur les populations. Quelle inflation les gens sont-ils prêts à endurer ? Dans quelle mesure les entreprises accepteront-elles qu’une partie de leurs approvisionnements coûte plus cher que celui de leurs concurrents, notamment chinois ? Les dirigeants chinois et russes misent sur les lobbies d’affaires occidentaux et la pression populaire générée par l’inflation pour stopper la réorganisation des chaînes de production.

Que devrait faire de plus Ottawa?

Pour être efficace, la politique d’Ottawa doit être plus élaborée qu’annoncée.

Par exemple, comment le gouvernement canadien compte-t-il encourager la propriété minière canadienne?

Comment s’assurer qu’une part importante des bénéfices des sociétés minières servira aux générations futures ? Comment éviter que certaines exploitations particulièrement polluantes, comme celles des terres rares, ne deviennent des catastrophes écologiques, comme les sables bitumineux en Occident ? Quelle sera la place des entreprises canadiennes dans ce redéploiement mondial ?

Le gouvernement canadien doit déposer sa politique complète en septembre. Nous verrons si la volonté politique du gouvernement de Justin Trudeau est réelle ou superficielle.



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