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L'Europe

Les liens étroits de la reine Elizabeth II avec le continent africain


Elizabeth II a eu des liens particuliers avec les anciennes colonies britanniques et les membres du Commonwealth en Afrique. De son début de règne au Kenya à ses rencontres marquantes avec Kwame Nkrumah et Nelson Mandela, retour sur l’histoire de la reine avec le continent africain.

Elizabeth II a visité l’Afrique 21 fois. Selon le site Web de la famille royale, la reine a visité pratiquement tous les pays du Commonwealth. Mais certains voyages ont marqué plus que d’autres ses 70 ans de règne. Le premier a été particulièrement important dans sa carrière.

Le 6 février 1952, la princesse Elizabeth et son époux Philip, déjà parents de Charles, né en 1948, et d’Anne, née en 1950, se retrouvent au cœur du massif des Aberdares, au centre du Kenya. Ils s’offrent une nuit unique dans un pavillon d’observation de la faune, Treetops, situé à 7 000 kilomètres de l’Angleterre.

Au matin, la nouvelle tombe : George VI, sur le trône du Royaume-Uni depuis 15 ans, vient de mourir à l’âge de 56 ans. A la mort du monarque, la couronne passe à sa fille aînée, alors dans un pays lointain et pas encore membre du Commonwealth – le Kenya ne sera admis qu’en 1963. Elizabeth II n’apprendra la disparition de son père qu’après son départ de Treetops, mais c’est là, dans cet hôtel, qu’elle commence son règne.

« Je suis à peu près certain que c’est l’une des expériences les plus merveilleuses que la reine ou le duc d’Édimbourg aient jamais vécues », lit-on dans une lettre écrite par un assistant du couple royal, chargé de remercier les propriétaires de l’hôtel. Cette lettre, datée du 8 février 1952, a été encadrée à Treetops. L’endroit a brûlé en 1954. Un nouvel établissement beaucoup plus grand a depuis été construit.

Elizabeth II est brièvement retournée au Kenya en mars 1972. En novembre 1983, elle et son mari sont restés dans le pays pendant quatre jours et sont retournés à Treetops, l’endroit où elle se trouvait lorsqu’elle est devenue reine. Cette fois, ils portent des tenues plus formelles. La reine pose le pied au Kenya pour la dernière fois en octobre 1991.

Ce vendredi 9 septembre, le président sortant du Kenya, Uhuru Kenyatta – fils de Jomo Kenyatta, ancien président qui a accueilli la reine en 1972 – lui a rendu hommage : « Sa Majesté la reine Elizabeth II était une immense icône de service désintéressé pour l’humanité et une figure de proue vitale non seulement pour le Royaume-Uni et le Commonwealth, dont le Kenya est un membre éminent, mais aussi pour le monde entier. »

Le nouveau président élu du Kenya, William Ruto, a également rendu hommage à la reine jeudi, saluant son leadership « admirable » dans le Commonwealth. « Puisse sa mémoire continuer à nous inspirer. Nous nous joignons au Commonwealth dans le deuil et présentons nos condoléances à la famille royale et au Royaume-Uni », a-t-il déclaré, décrivant le bloc comme un témoignage de « l’héritage historique » de la reine.


Au Ghana, une danse décisive avec Kwame Nkrumah

Parmi ses tournées en Afrique, celle de fin 1961 fut parmi les plus essentielles, comme le rappelle Meriem Amellal Lalmas, journaliste à France 24. Du 9 au 20 novembre 1961, la reine décide de se rendre au Ghana, malgré l’opposition de la presse et des hommes politiques britanniques, qui s’inquiètent d’un voyage dangereux et d’une dérive autoritaire du président ghanéen de l’époque, Kwame Nkrumah. Winston Churchill, mentor d’Elizabeth II, a lui-même fait appel au Premier ministre de l’époque, Harold Macmillan, pour convaincre la reine de ne pas se rendre dans ce pays qui a proclamé son indépendance en 1957.

Le souverain refuse d’annuler cette visite. Elle sait qu’elle y est très attendue. Déjà, en 1959, Elizabeth II devait s’y rendre. Mais la naissance prochaine de son troisième enfant, Andrew, l’a forcée à y renoncer. Kwame Nkrumah avait mal pris ce retrait. Pour apaiser les tensions, la famille royale l’avait invité à Balmoral, où le chef de l’Etat avait passé quelques jours avec la reine. Plus tard, le prince Philip s’est rendu au Ghana à son tour et a promis une prochaine visite de sa femme.

Des enjeux très importants dépendent de ce séjour. Kwame Nkrumah, un marxiste, se rapproche alors du bloc soviétique et menace de claquer la porte du Commonwealth. Dès son arrivée, la reine d’Angleterre est très bien accueillie. Mais c’est surtout lors d’un bal organisé en son honneur qu’elle marque les esprits : devant les caméras du monde entier, elle danse avec le président du Ghana.

« Cette image semble banale aujourd’hui. Mais dans le contexte, c’était extrêmement avant-gardiste. C’était une femme blanche dansant avec un homme noir, c’était le souverain d’un empire dansant avec un sujet, comme on le considérait alors, même s’il est aussi le père du panafricanisme et de l’indépendance du Ghana », explique Meriem Amellal Lalmas.

La reine Elizabeth II dansant avec le président ghanéen Kwame Nkrumah le 18 novembre 1961 à Accra. ©AP

La visite de la reine n’empêchera pas Kwame Nkrumah de se rapprocher du bloc soviétique, mais elle évitera la rupture avec le Commonwealth. La reine rassure le président et l’aide à obtenir des financements. Conquis, Kwame Nkrumah déclare : « Le vent du changement qui souffle sur l’Afrique est devenu un ouragan. Quels que soient les effets de ce vent sur l’Histoire, l’estime et l’affection personnelle que nous portons à Votre Majesté resteront inchangées.

L’actuel président du Ghana, Nana Akufo-Addo, a été le premier chef d’État à répondre jeudi à la disparition d’Elizabeth II. Sur Twitter, il a écrit: « En tant que chef du Commonwealth, elle a supervisé la transformation spectaculaire de l’Union et l’a amenée à accorder une plus grande attention à nos valeurs et à une meilleure gouvernance. Elle était le rocher qui a maintenu l’organisation forte et fidèle à ses croyances positives, sa présence inspirante, son calme, sa stabilité et, par-dessus tout, son grand amour et sa croyance dans l’objectif supérieur du Commonwealth des Nations et dans sa capacité à être une force pour le bien dans notre monde nous manqueront. »

Nelson Mandela, l’ami d’Afrique du Sud

Membre du Commonwealth depuis sa fondation, l’Afrique du Sud était un pays à part dans l’histoire d’Elizabeth II. C’est là qu’elle effectue son premier voyage sur le continent africain, en 1947. Là, le 21 avril, jour de son 21e anniversaire, la future reine a prononcé un discours à la radio du Cap, fondant son engagement.

Fidèle à sa coutume de neutralité, la reine ne s’exprimera sur l’apartheid qu’à la fin du régime raciste. Dans son livre « La Grande-Bretagne et le monde » (éd. Armand Colin), l’historien Philippe Chassaigne explique qu’Elizabeth II n’a pas voulu retourner en Afrique du Sud « car cela aurait été cautionner la politique d’apartheid qui avait eu lieu  » Au début des années 1980, elle apporte à peine un soutien discret à Brian Mulroney, le Premier ministre canadien, qui fait campagne pour des sanctions économiques contre l’Afrique du Sud. Margaret Thatcher, alors Premier ministre britannique, est de son côté opposé.

Les relations fraîches ou compliquées entre Elizabeth II et Margaret Thatcher s’incarnent aussi dans l’approche du Royaume-Uni envers Nelson Mandela : alors que la « Dame de fer » considère l’African National Congress (ANC), le parti de Madiba, d’« organisation terroriste », la reine tend la main à celui qui a passé 27 ans en prison. Peu de temps après sa libération en 1990, elle a accueilli Nelson Mandela au Royaume-Uni. Cinq ans plus tard, elle se rend elle-même en Afrique du Sud, où le chef de l’ANC vient d’être élu premier président de la République.

Auparavant, dès 1991, Elizabeth II avait rompu le protocole en invitant Nelson Mandela au sommet du Commonwealth à Harare, au Zimbabwe. Cependant, il n’a pas le grade requis pour assister au banquet de la reine. Mais qu’importe à elle, qui est consciente de la portée symbolique de cette invitation. Elizabeth II est déjà sortie de sa réserve, se disant satisfaite de voir l’apartheid « mourir ».

Réagissant au décès de la Reine, la Fondation Mandela a publié vendredi un communiqué évoquant la relation très amicale entre ces deux figures majeures du XXe siècle : « Ils se parlaient fréquemment au téléphone, s’appelant par leurs prénoms respectifs en signe de respect et d’affection mutuels. (…) Dans les années qui suivirent sa libération, Nelson Mandela cultiva un lien étroit avec la reine », qu’il avait surnommé « Motlalepula » (« est venu avec la pluie »), après la visite de 1995 qui a été gâchée par des pluies torrentielles.


Le président sud-africain Nelson Mandela accueilli au palais de Buckingham par la reine Elizabeth II, le 9 juillet 1996.
Le président sud-africain Nelson Mandela accueilli au palais de Buckingham par la reine Elizabeth II, le 9 juillet 1996. ©AP

Relations compliquées avec le Zimbabwe de Robert Mugabe

Seul pays d’Afrique à avoir quitté le Commonwealth, le Zimbabwe a été un partenaire compliqué et encombrant pour la reine Elizabeth II. En 2002, l’organisation a décidé de suspendre le pays de son Conseil, en guise de sanction à l’élection présidentielle organisée cette année-là. Élu en 1990 et réélu en 1996, le président Robert Mugabe l’a emporté face à Morgan Tsvangirai avec 56,20 % des suffrages lors d’un scrutin marqué par la violence et la fraude.

Un an plus tard, le Zimbabwe décide de claquer la porte du Commonwealth, irrité d’apprendre que l’organisation veut maintenir sa suspension. Robert Mugabe en profite pour décrire le Commonwealth comme une organisation dirigée par des « blancs racistes ». En 2008, sa nouvelle réélection, avec 90,22 % des suffrages, est une nouvelle fois dénoncée par de nombreuses démocraties dans le monde.

En juin 2008, le divorce entre Londres et Robert Mugabe s’accentue un peu plus : David Miliband, le ministre des Affaires étrangères, propose de retirer au président zimbabwéen son titre de chevalier honoraire qui lui avait été décerné en 1994. Elizabeth II approuve cette annulation . « Cette décision a été prise comme un signe de dégoût face aux violations des droits de l’homme et au mépris abject du processus démocratique au Zimbabwe sous le régime du président Mugabe », a déclaré le ministère des Affaires étrangères.

Avec l’AFP



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William Dupuy

Independent political analyst working in this field for 14 years, I analyze political events from a different angle.
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