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Les écoles privées : une absence bénéfique pour l’Abitibi-Témiscamingue ?


Native de Laval, Stéphanie Ménard admet qu’elle aurait peut-être opté pour le secteur privé si elle vivait encore dans le Grand Montréal. Mais ici, à Rouyn-Noranda, elle est soulagée de ne pas avoir à se poser la question.

C’est vraiment une richesse de pouvoir soutenir nos enfants dans le réseau publicvoix la mère de deux adolescents, qui fréquentait elle-même le réseau privé à l’adolescence.

Les deux enfants de Stéphanie Ménard fréquentent l’école secondaire de Rouyn-Noranda.

Photo : Radio-Canada / Gabriel Poirier

Effet d’entraînement

La réticence de Stéphanie Ménard envers le secteur privé dans la région s’explique par une crainte bien précise : la possibilité que les enfants désertent plus facilement le réseau public au profit du secteur privé.

Un point soulevé par Yvan Dallaire, président du Syndicat de l’enseignement de la Jamésie et de l’Abitibi-Témiscamingue.

 » Les écoles privées ont tendance à attirer les meilleurs élèves. Cependant, le réseau public peut bénéficier de leur présence. Dans une classe, ce sont souvent ces élèves qui tirent les autres vers le haut. Ils peuvent être des modèles et créer un effet d’entraînement. »

Une citation de Yvan Dallaire, président du Syndicat de l’éducation Jamésie et Abitibi-Témiscamingue
Yvan Dallaire prend la pose, assis à son bureau.

Yvan Dallaire, président du Syndicat de l’éducation Jamésie et Abitibi-Témiscamingue.

Photo : Radio-Canada / Gabriel Poirier

Son syndicat, précise-t-il d’emblée, n’est pas contre les écoles privées, mais il s’oppose à leur financement public, d’autant plus qu’elles ont tendance à s’offrir le privilège de sélectionner leur clientèle.

Nous avons déjà un bassin d’étudiants qui n’est pas très important. Si le réseau privé venait à drainer nos meilleurs élèves, nous réagirions assez fortementévoque Yvan Dallaire.

Programmes populaires

Nos directeurs d’école travaillent fort pour offrir aux enfants des activités dans lesquelles ils se retrouvent, explique Stéphanie Ménard. Elle illustre les concentrations et les programmes sportifs, mais aussi les activités parascolaires, comme les cours d’espagnol et de musique offerts à ses enfants.

Il faut aussi penser à des programmes destinés aux jeunes les plus talentueux, pour les emmener plus loin, sans toutefois laisser de côté ceux qui ont plus de difficultés.Elle ajoute.

Le directeur général du Centre de services scolaire Harricana, Yannick Roy, reconnaît que les programmes et les concentrations de toutes sortes sont en vogue, dans la mesure où il y a de plus en plus.

L’offre de services s’est diversifiée ces dernières annéesmentionne-t-il en faisant allusion aux activités offertes aux étudiants du CSS Harricana.

Yannick Roy pose devant la caméra, assis derrière son bureau.

Yannick Roy, directeur général du Centre de services scolaire Harricana.

Photo: courtoisie

Une école alternative, l’équipe de hockey des Forestiers, des sports scolaires, un programme musical, etc. M. Roy est capable d’énumérer plusieurs exemples sans s’essouffler.

Il est convaincu, ne serait-ce que pour cette raison, que l’absence d’écoles et de collèges privés dans la région ne brime pas certains élèves.

 » Au contraire, dans le cas d’Harricana, il assure une qualité de service sur notre territoire pour tous les étudiants. Qu’un enfant fréquente une petite école rurale ou une école urbaine, il doit avoir les mêmes chances de réussite et bénéficier de la même gamme de services. »

Une citation de Yannick Roy, directeur du CSS Harricana

Yannick Roy considère que de tels programmes peuvent nourrir la motivation des élèves, en particulier celle des garçons, et renforcer leur persévérance.

Nous y croyons fermement, car nous croyons qu’un élève qui maintient un sentiment d’appartenance à sa communauté, à son école et à ses amis aura plus de chances de persévérer et de réussir.il argumente.

Vers une école publique à deux vitesses ?

Cependant, n’y a-t-il pas un risque de créer un réseau public à deux vitesses au fur et à mesure du déploiement des programmes dans les écoles ?

Cela entraîne-t-il une disparité ? Peut-être, tempère Yannick Roy. Il n’y a pas de place pour tout le monde dans chaque programme. L’offre de service est limitée aux étudiants en fonction de leur intérêt particulier ou de leur talent.

École secondaire La Calypso à Amos.

École secondaire La Calypso à Amos. (Les archives)

Photo : Radio-Canada / Mélanie Picard

Le CSS Harricana, assure-t-il, fait de son mieux pour être inclusif et proposer des alternatives aux élèves qui ne sont pas retenus dans leur programme de premier choix, par exemple par le biais d’activités parascolaires. Le président du syndicat, Yvan Dallaire, partage cette inquiétude en préconisant la création de programmes universels plutôt que sélectifs.

Nous voyons de plus en plus de projets spéciaux dans les écoles. À mon avis, ces programmes dérivent de ceux adoptés dans les plus grands centres pour concurrencer le réseau privé, mentionne M. Dallaire. Nous sommes d’accord avec de telles initiatives tant que les conditions d’entrée ne sont pas basées, par exemple, sur la moyenne des étudiants.

M. Roy rappelle qu’il faut tenir compte de la question du nombre, de sorte qu’il n’est pas toujours possible de mettre en place des programmes correspondant aux passions de chacun.

Plus de ressources privées ?

Lucie Gauthier, une autre maman de la région, se demande si le réseau privé offrirait plus de ressources adaptées à sa fille atteinte de dyslexie.

J’aimerais pouvoir envoyer mes enfants dans le secteur privé pour leur donner les meilleures chances d’apprendre. Ma fille aînée est dyslexique. Elle est dans une classe spéciale où elle côtoie des jeunes ayant d’autres difficultés scolaires. Peut-être qu’une école privée l’aurait mieux encadrée et aurait mieux ciblé ses besoins ?elle demande.

Mme Gauthier ne peut s’empêcher de se poser cette question, même si elle fait l’éloge des enseignants qui travaillent aux côtés de sa fille. Je pense qu’ils donnent le meilleur qu’ils peuvent à ma fillefait-elle remarquer.

La façade du lycée.

École secondaire Le Carrefour à Val-d’Or. (Les archives)

Photo : Radio-Canada / Marc-André Landry

Le PEI, un cas concret

Jean Denommé ne dirigeait aucun établissement privé, mais il était directeur de l’école secondaire Le Carrefour à Val-d’Or lors de la mise en place du Programme de formation intermédiaire (PEI) du Baccalauréat International (BI), à la fin des années 1990.

Le lycée reste bien sûr une école publique, mais M. Denommé rappelle que le PEI a d’abord suscité des craintes et des réticences parmi le corps enseignant. Ces derniers craignaient notamment un exode des meilleurs étudiants ainsi qu’une augmentation de leur charge de travail.

Il était difficile de rompre avec notre philosophie d’ « éduquer tout le monde de la même manière ». La résistance est venue de la peur du nouveau. On nous regardait sans avoir l’air de comprendre où nous allions avec notre démarche pédagogiqueil illustre.

Jean Dénommé regarde la caméra.

Jean Denommé, aujourd’hui à la retraite, était directeur de l’école secondaire Le Carrefour à Val-d’Or lors de la création du Programme d’éducation internationale.

Photo: courtoisie

Jean Denommé estime néanmoins que son adoption, d’abord proposée par un groupe de parents, était nécessaire. Chez Carrefour, nous devions réfléchir à notre routine d’enseignement et créer quelque chose de nouveauil dit.

A l’époque, il s’agissait essentiellement d’améliorer le goût du succès au secondaire et pour contrer l’attrait généré à l’époque par la Golden Valley School et le réseau anglophone.

Lynn Couture, chargée de cours à l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue, partage cette opinion quant aux bienfaits du programme. L’enseignante à la retraite a été impliquée dès le départ dans l’aventure du PEI, en plus de l’avoir coordonnée pendant quinze ans.

Nous essayons de développer les qualités du profil de l’apprenant chez les étudiants. Nous voulons qu’ils soient chercheurs, informés, réfléchis, communicants, honnêtes, curieux, altruistes et surtout équilibrés. Contrairement à la croyance populaire, il n’y a pas de seuil de réussite scolaire pour entrer dans le programme. Nous accueillons les élèves les plus normaux pour les aider à développer une autre façon d’apprendreelle se dispute

Lynn Couture pose dans une salle de classe.

Lynn Couture, aujourd’hui retraitée et chargée de cours à l’UQAT, est impliquée depuis longtemps dans le Programme d’éducation internationale à Val-d’Or.

Photo : Radio-Canada / Gabriel Poirier

Pour faire avancer tout le monde

Avec un tiers des 1 000 élèves du secondaire inscrits à l’Î.-P.-É., Jean Denommé et Lynn Couture ne craignent pas les dérives d’un système à deux vitesses. Au contraire, ils croient que le programme profite à tout le monde.

Il y avait de la peur intérieurement, mais nous percevions les choses différemment. Nous voulions monter un projet qui servirait de levier pour tirer tout le monde vers l’avant, poursuit Jean Denommé. Au fil des années, on s’est rendu compte que le PEI avait inspiré d’autres projets chez Carrefour, comme Sport-études. Nous avons bénéficié d’un gain significatif à cet égard.

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Jewel Beaujolie

I am a fashion designer in the past and I currently write in the fields of fashion, cosmetics, body care and women in general. I am interested in family matters and everything related to maternal, child and family health.
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