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Législatives : les Nupes, une première force d’opposition à l’avenir incertain


Avec 131 sièges de députés, l’union de la gauche dirigée par Jean-Luc Mélenchon devient la première force d’opposition à l’Assemblée nationale et inflige une défaite à Emmanuel Macron en le privant de la majorité absolue. Cependant, elle rate son pari de le forcer à cohabiter et se retrouve face à un avenir incertain.

Donné pour mort il y a six mois, la gauche est de retour. En remportant 131 sièges de députés, dimanche 19 juin, au second tour des élections législatives, la Nouvelle union populaire écologique et sociale (Nupes) – née de l’alliance entre La France insoumise (LFI), Europe Écologie-Les Verts ( EELV), le Parti socialiste (PS) et le Parti communiste (PCF) – de Jean-Luc Mélenchon sont devenus la première force d’opposition à Emmanuel Macron à l’Assemblée nationale.

Pour l’ancien candidat à la présidentielle, le pari est perdu puisqu’il espérait forcer Emmanuel Macron à cohabiter. Mais comme souvent chez Jean-Luc Mélenchon, sa lecture des résultats dimanche soir a été synonyme de victoire. « La situation est totalement inattendue, absolument inédite. La déroute du parti présidentiel est totale », s’est-il exclamé depuis l’Élysée Montmartre. « Nous avons atteint l’objectif politique que nous nous étions fixé : en moins d’un mois, faire tomber celui qui, avec tant d’arrogance, a tordu le bras du pays pour être élu président sans que personne ne sache pourquoi. « , il ajouta.



Même si la majorité n’est pas atteinte pour Nupes, force est de constater que Jean-Luc Mélenchon a réussi un double tour de force. Il a d’abord réussi à rassembler une gauche divisée depuis des années sur un programme commun en un temps record, lançant une dynamique indéniable derrière cette union. Cela a conduit à l’élection de 131 députés dimanche soir, selon les chiffres officiels du ministère de l’Intérieur, ce qui a privé Emmanuel Macron de la majorité absolue au Palais Bourbon – sa coalition Ensemble ! n’obtenant que 245 députés, loin des 289 requis.

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Car si le Rassemblement national a réalisé un score record avec 89 députés, c’est bien la campagne du Nupes qui a permis de mobiliser les électeurs opposés à la coalition présidentielle sur les enjeux d’une élection trop souvent perçue – depuis 2002 et le renversement de le calendrier électoral, faisant passer les élections législatives après la présidentielle – comme une formalité pour le président nouvellement élu. En faisant campagne sur ses propositions – retraite à 60 ans, Smic à 1 500 euros net, gel des prix, etc. – et en transformant les législatives en référendum anti-Macron, l’union de gauche a évité la démobilisation de son électorat, même si un bonne partie des électeurs de gauche au premier tour de l’élection présidentielle s’est finalement abstenu : plus de 11 millions de voix au total pour la gauche le 10 avril contre environ 7 millions le 19 juin.

Des victoires prestigieuses face à la Macronie

Les dirigeants de LFI, EELV, PS et PCF n’ont pourtant pas boudé leur plaisir dimanche soir. D’autant que les Nupes peuvent s’enorgueillir d’avoir infligé des défaites symboliques à la macronie : ses candidats ont mis KO Amélie de Montchalin, Jean-Michel Blanquer, Richard Ferrand, Christophe Castaner, Justine Benin ou encore Roxana Maracineanu. Elle a également fait élire des personnalités de la société civile au parcours atypique, comme la femme de chambre Rachel Keke.

Pour fêter ces succès, Julien Bayou (EELV), également présent à l’Élysée Montmartre, a fait applaudir toutes les composantes de Nupes, et a rendu hommage à LFI : « Vous pouvez les applaudir car ce sont évidemment les insoumis, en premier lieu, qui ont fait cette coalition possible. »

Pour la numéro 2 du PS, Corinne Narassiguin, également sur scène, « notre stratégie d’alliance a fonctionné, nous allons presque tripler le nombre de représentants de gauche, et l’intergroupe va devenir la première force d’opposition ». Au PS, « on a fait le bon choix, on a répondu aux attentes des électeurs qui voulaient l’union », « à leurs yeux on s’est ré-ancré à gauche », a-t-elle ajouté.

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Ian Brossat, le bras droit du communiste Fabien Roussel, réélu comme son homologue socialiste Olivier Faure et toutes les grandes figures de la gauche qui se sont présentées, en est quant à lui persuadé : « Le président de la République devra renoncer à beaucoup de ses réformes de régression sociale. De toute façon, il n’y aura pas de majorité pour voter la retraite » à 65 ans.

« La réalité, c’est que ce n’est pas l’ambition que nous avions »

La question de l’avenir de Nupes à court et moyen terme est cependant posée. L’union de la gauche va-t-elle éclater et donner raison à ses opposants qui n’y voyaient qu’une alliance de circonstances ou va-t-elle se pérenniser dans le temps ? La perspective d’obtenir le statut officiel de premier groupe d’opposition au Palais Bourbon – et les prérogatives qui vont avec comme la vice-présidence de l’Assemblée nationale et la présidence de la commission des finances – devant les 89 députés du Le RN pourrait inciter la gauche à créer un véritable groupe Nupes plutôt qu’un simple « inter-groupe » officieux comme évoqué jusqu’ici.

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Mais, d’un côté, le Nupes risque d’être attaqué par Emmanuel Macron qui tente d’attirer dans ses filets des députés PS et EELV pas tout à fait à l’aise avec une direction de la gauche désormais portée par LFI. Et de l’autre, le patron du PCF, Fabien Roussel, n’a jamais donné l’impression d’avoir les deux pieds à fond dans le syndicat. L’ancien candidat communiste à la présidentielle était ainsi parti avant l’allocution de Jean-Luc Mélenchon, le 7 mai, lors du meeting de lancement du Nupes, puis systématiquement raté les manifestations réunissant les quatre partis, le plus souvent représentés par Ian Brossat. Fabien Roussel avait également pris ses distances avec les propos de Jean-Luc Mélenchon sur les policiers qui « tuent ». Et dimanche soir, il n’a pas manqué de souligner, sur France 3, les limites de Nupes, qui « ne parle qu’à une partie de la France, celle des villes et non celle de la ruralité ».

D’autres ont également émis des réserves sur les résultats de leur coalition. « Nous avions aspiré à avoir une force politique bien supérieure à ce qui nous est donné en conséquence ce soir. Quand on envisage d’essayer d’avoir le Premier ministre et le gouvernement, quand on espère au moins 200 députés, et quand on arrive à 150, la réalité c’est que ce n’est pas l’ambition qu’on avait », a commenté sur franceinfo l’ancien patron de EELV, David Cormand.

« On est la deuxième force mais ce n’est pas assez, on avait espéré mieux mais c’est un résultat encourageant », a estimé pour sa part le premier secrétaire du PS Olivier Faure, qui a été réélu.

Reste enfin le suspense autour du rôle et de la place de Jean-Luc Mélenchon, qui n’était pas candidat à sa réélection, au sein de la gauche dans les mois et années à venir. « Quant à moi, je change de poste de combat, mais mon engagement est, restera, jusqu’à mon dernier souffle, aux premiers rangs de vous, si vous le voulez », a lancé le chef du Nupes lors de son allocution dimanche soir. Une déclaration des plus énigmatiques qui laisse toutes les portes ouvertes, dont celle, même s’il avait promis le contraire, d’une nouvelle candidature à la présidentielle de 2027.




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