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VivaTech, le salon dédié à l’innovation et aux start-up, s’achève ce samedi 18 juin 2022, seul jour où il est ouvert au grand public. Depuis trois jours, il était réservé aux professionnels, étudiants et investisseurs. L’occasion de faire le point après avoir pris la température écologique du secteur.

Comme tous les salons et grandes expositions, la prise en compte des enjeux écologiques à VivaTech ne va pas de soi. Sous la vague de chaleur torride de Paris qui arrive doucement d’Espagne, on pénètre par des portes battantes dans l’immense Hall métallique 1. Une oasis de fraîcheur s’ouvre alors, un lieu parfaitement climatisé, où l’on déambule parmi les dernières innovations indispensables pour notre avenir commun : les prothèses dentaires, les robots barista, le siège volant monoplace ou encore le monde virtuel. discuter avec son banquier.

Interrogés, les participants à l’émission se disent écolos, du moins dans leur vie personnelle. Composter, faire du vélo, se doucher plutôt que se baigner… Les pratiques individuelles, qui reportent la responsabilité du système sur les citoyens, sont généralisées – pour rappel, seuls 25 % de la consommation d’eau en France sont imputables aux particuliers. La remise en cause du principe même de la consommation excessive l’est moins.

Consommer en décarbonant ?

Une partie de l’émission semble bloquée dix ans en arrière, promouvant des technologies dignes des pages « conso-futur » des magazines de vulgarisation scientifique. Voitures volantes ou voitures connectées tentent d’attirer l’attention face aux robots de loisirs, les casques de réalité virtuelle permettent de jouer au tennis avec son banquier au sommet d’un volcan (pas loin !), tout cela dans un déferlement de cadeaux de toute sorte.

Le salon français VivaTech entame sa transition climatique, mais oublie l’écologie
Le stand de la banque BNP Paribas à VivaTech, distingué pour son soutien à la filière des énergies fossiles, a fait la part belle aux métavers. Pour s’évader une fois enfermé dans un climatiseur tout l’été ? © Léopold Picot

La plupart des entreprises du salon, même celles qui se revendiquent vertes, promeuvent un mode de vie qui risque d’être remis en cause dans les années à venir. Benjamin, par exemple, promeut une entreprise qui transforme des voitures thermiques en voitures électriques : « Le véhicule n’a pas été conçu à l’origine pour recevoir des batteries donc l’autonomie est de 100 kilomètres. On ciblera principalement la deuxième voiture de tout le monde pour emmener les enfants à l’école, pour aller chercher la baguette. »

Il ne s’agit pas de jeter l’opprobre sur l’idée en elle-même. Décarboner un véhicule est bon pour le climat, même si les batteries reposent aussi sur des ressources limitées mais abondantes. Il s’agit plutôt de se demander : pourquoi les pouvoirs publics n’investissent pas massivement dans les transports en commun, les transports légers décarbonés et la restauration des services de proximité, justement pour éviter que » Monsieur tout le monde » utilise ou même achète un deuxième voiture, fût-elle électrique, pour aller chercher son pain ou amener ses enfants à l’école ?

« Amish VS Entrepreneurs : faut-il déprogrammer l’innovation ? »

Soyons honnêtes, une partie de l’émission commence à prendre conscience de la crise climatique qui s’annonce. L’idée d’économie circulaire, avec la mise en avant d’entreprises comme Back Market (qui devront pourtant faire des efforts en matière de livraison décarbonée), y est bien présente, beaucoup des matériaux utilisés sont désormais recyclables, des innovations pour lutter contre le réchauffement climatique sont nombreux… même si la plupart d’entre eux ne survivront pas à l’épreuve de la mise sur le marché.

Le salon français VivaTech entame sa transition climatique, mais oublie l’écologie
Une conférence sur l’économie circulaire à Vivatech le 16 juin 2022 avec Camille Richard, responsable RSE de Back Market. © Léopold Picot

La première question n’est pas tant de savoir si la technologie prend conscience du changement climatique. Petit à petit, le fait s’impose. C’est plutôt la manière d’arriver à le limiter qui interroge. Ce fut d’ailleurs l’objet d’un débat passionnant organisé par Tech Trash sur le stand Orange,  » Amish VS Entrepreneurs : faut-il déprogrammer l’innovation ? ». Une référence volontairement provocatrice aux propos d’Emmanuel Macron sur les opposants à la 5G, et un retour en arrière bienvenu.

En résumé, Irénée Régnauld, chercheuse et présidente du collectif Le Mouton Numérique, considère que pour l’écologie, ainsi que pour limiter les fake news ou les monopoles de la tech, il faut réguler et insérer la démocratie dans les entreprises : « dans la tech, comme partout ailleurs, il y a conflit, il faut accepter le conflit, il faut se fixer des limites et des règles. »

Pour Gilles Babinet, co-président du Conseil national du numérique, l’inquiétude vient des monopoles, mais aussi de l’éducation des consommateurs aux technologies. Marqué par l’opposition à la 5G lors de ses déplacements, il raconte : « A des degrés divers, je crois à cette guerre de chapelle entre technophiles et technophobes. C’est un problème d’éducation, de culture technologique, le fait qu’on comprenne ces technologies, et qu’elles-mêmes ne soient pas toujours dans cette logique descendante. »

Si le débat sur la question de la place de la démocratie dans les entreprises du numérique et les grandes orientations décidées par les Etats (la 6G est déjà en préparation, sans concertation avec les citoyens) était passionnant, il a fini par passer à côté de la question éco-responsable posée par TechTrash . Par exemple, la question de l’effet rebond de l’innovation a été abordé.

La crise écologique n’est pas que climatique

Deuxième question : où sont passées les autres crises écologiques ? La crise de l’eau, la raréfaction des ressources, la crise de la biodiversité, l’acidification des eaux, la perturbation des cycles biochimiques de l’azote et du phosphore… Tout cela semble bien éloigné des préoccupations d’une majorité d’acteurs. à Vivatech. Certes, l’innovation n’a pas vocation à résoudre toutes ces crises, mais elle n’a pas vocation à contribuer à les aggraver.

Le salon français VivaTech entame sa transition climatique, mais oublie l’écologie
Le stand de la région Centre-Val de Loire à Vivatech, le 16 juin 2022. © Léopold Picot

Néanmoins, quelques pousses vertes nous rassurent sur le potentiel de la technologie dans la lutte pour l’écologie. Kumulus, par exemple, a inventé un générateur de rosée, pour créer de l’eau à partir d’air sec, et qui pourrait profiter, à son échelle, à certaines communautés particulièrement exposées à la désertification.

Pour préserver la biodiversité, une entreprise allemande, Dryad, a mis au point un minuscule capteur peu coûteux qui protège à lui seul 5 hectares de forêt en captant tout départ de feu bien avant les caméras et les satellites. Son co-fondateur, Cartsen Brinkschulte, déclare : « Nous ne développons des produits que lorsque les deux objectifs sont atteints, lorsque nous pouvons réaliser des bénéfices, mais aussi lorsque nous avons un impact sur l’environnement, une contribution positive à la société et à la nature. Et je pense que c’est une combinaison très symbiotique : aider la nature peut être très bénéfique. »

Le salon français VivaTech entame sa transition climatique, mais oublie l’écologie
Cartsen Brinkschulte, co-fondateur de Dryad, tient dans sa main le petit appareil de détection précoce des feux de forêt à VivaTech, le 16 juin 2022. © Léopold Picot

La « deeptech », recherche fondamentale appliquée au quotidien, prend aussi progressivement sa place à VivaTech. En témoignent les stands d’Air Liquide, du CNRS ou d’Inria (l’Institut national de recherche en sciences et technologies du numérique). Plus sérieux, moins clinquant – et donc moins séduisant – il donne de l’espoir. La startup Airthium, un groupe de jeunes ingénieurs qui développent une pompe à chaleur, pourrait par exemple trouver une solution à la variabilité des énergies renouvelables.

Tout est question de paradigme, d’histoire. Pour l’instant, la haute technologie est surévaluée dans les médias, dans l’imaginaire politique et sociétal. L’idéal de l’homme providentiel, comme Elon Musk, anime le monde de la tech. Peut-être que la technologie finira par tous nous sauver, en capturant le carbone de l’atmosphère, en recyclant parfaitement tout ce que nous utilisons, en rendant le monde plus efficace. Reste que les scientifiques sont plutôt sceptiques, et une majorité d’entre eux appelle sinon à la décroissance, du moins à la sobriété. Et cette sobriété commence par une question que tout ingénieur travaillant sur une innovation devrait se poser : « Pour quoi faire ? « .

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