Le prix Nobel de physique 2025 attribué au Français Michel Devoret

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L’Agence américaine d’observation océanique et atmosphérique vit aujourd’hui entre tornades et turbulences administratives.
Sur une longue bande d’asphalte de la County Road 106 East, quelque part près de la frontière entre le Texas et l’Oklahoma, trois camionnettes chargées de matériel se garent sur l’accotement. Il est presque 18 heures, une soirée de printemps déjà anormalement lourde, et la pluie vient d’arriver, de grosses gouttes épaisses annonçant un spectacle plus violent.
Je saute de la banquette arrière, claque la portière face au vent insistant et rejoins la rangée de sept hommes les yeux rivés au ciel. « Magnifique structure », raconte Sean Waugh, casquette vissée sur le front, le regard fixé vers les nuages. « Regardez : cassez à gauche, cassez à droite. » Devant nous, le ciel se divise en deux, un mur gris s’amincit au centre comme déchiré par une corde invisible. Nous poursuivions une tempête, et soudain il y en a deux.
Waugh et ses collègues doivent décider. Chercheur en météorologie au National Severe Storms Laboratory de la NOAA (National Oceanic and Atmospheric Administration), il est également l’un des dirigeants du Project Lift, une expérience au long cours destinée à collecter des données sur les tornades.
Lorsque ce système s’est effondré, je voyageais déjà depuis un jour et demi avec lui, deux autres chercheurs de la NOAA – Michael Coniglio et Jeffrey Snyder – et quatre jeunes recrues promises à un brillant avenir. Au programme : des heures à ne rien faire, assis sur le parking d’une station de Buc-ee, une chasse ratée qui se termine sous une pluie battante, puis une nuit dans un hôtel anonyme au bord d’une autoroute, un briefing matinal avec les météorologues de la NOAA, quelques lancements de ballons météo, plus de 300 kilomètres parcourus et un arrêt à Taco Bell – un rituel avant la tempête pour l’équipe. Cette fois, ils sont sûrs de leur coup : un ballon météo a confirmé l’instabilité de l’atmosphère, et l’alerte tornade envoyée par les collègues de l’agence leur donne raison. Reste qu’aucun n’a encore montré le bout de son entonnoir.
Chaque printemps, lorsque la chaleur augmente, suivre les tempêtes devient une obsession pour ces chercheurs. Leur vie est découpée en tranches d’heures exprimées en temps universel, histoire d’éviter les pièges des fuseaux horaires. Impossible de prévoir plus d’un ou deux jours : leur planning est décidé en fonction d’une équation mouvante faite de bulletins météo, d’images radar et des aléas de la route.
Au cœur de cette équation se trouve une inconnue persistante : malgré des décennies de données, personne ne sait exactement comment ni pourquoi les tornades surviennent. Leur imprévisibilité continue de coûter cher : chaque année, des dizaines de vies et des milliards de dollars de dommages aux habitations et aux entreprises aux États-Unis. Au cours des six premiers mois de 2025, plus de soixante personnes sont mortes et les assureurs estiment les dégâts à plus de 10 milliards de dollars.
Les recherches du NSSL (National Severe Storms Laboratory) se rapprochent progressivement de la réponse et ont contribué, au passage, à réduire le massacre. Au cours des quatre dernières décennies, des innovations telles que le radar Doppler ont permis de réduire de près de moitié le nombre de décès liés aux tornades. Plus récemment, les progrès de la modélisation et de la prévision ont affiné les alertes. Des avertissements qui peuvent sauver des vies, comme le 29 avril à l’ouest de Fort Worth, au Texas : les habitants ont été avertis quatre-vingt-dix minutes avant qu’une tornade ne frappe.
Dans les années 1980, l’alerte moyenne arrivait cinq minutes avant l’impact. Ces avancées sont réelles, mais elles se heurtent aux aléas d’un climat qui se réchauffe et s’humidifie. Après un printemps marqué par des tornades meurtrières, l’été a été marqué par des crues soudaines, dont la tempête du 4 juillet au Texas, qui a fait plus de 130 morts. Autant de catastrophes qui remettent en cause les capacités de la NOAA et de son National Weather Service (NWS), mises à mal par les coupes budgétaires et les réductions d’effectifs imposées sous Trump. Le projet de budget du président pour 2026 prévoit de réduire de plus d’un milliard de dollars le budget de la NOAA, en partie en supprimant l’Office of Oceanic and Atmospheric Research, sa division scientifique. Cela signifierait la fermeture de laboratoires à travers le pays, y compris le NSSL.
Le Congrès a pour l’instant tenu bon et refusé cette purge, offrant un sursis au National Weather Service et aux chercheurs. Mais la volonté affichée par la Maison Blanche de sabrer dans ces travaux – alors que des scientifiques comme Sean Waugh estiment être tout près d’élucider des mystères vieux de plusieurs siècles – est alarmante. L’avenir même de la recherche météorologique est remis en question et, à court terme, la sécurité de millions de personnes face aux tornades, aux ouragans et à toutes les formes de conditions météorologiques extrêmes.
Coleen Hagerty
Retrouvez la suite de ce reportage dans notre n°176, disponible en kiosque et via notre boutique en ligne.
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