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Le clan Villiers nous entraîne dans une Charette

Aux manettes, le père, Philippe de Villiers, qui a jeté son dévolu sur la figure insoumise de François Athanase Charette de La Contrie, un chef vendéen, pour en faire son héros dans un roman paru en 2012. Il constitue le scénario du film . En production, le fils, Nicolas de Villiers, ayant épousé la cause paternelle en réhabilitant la figure controversée et complexe du contre-révolutionnaire. A la production, l’armée d’anonymes du Puy du Fou et sa cinéscénie impressionnante et spectaculaire, à l’origine d’un succès populaire très entretenu. A la direction, l’inspirateur de l’équipe de l’ultra-catholique et hyper-conservateur Mel Gibson qui a décidé de réécrire l’histoire du monde à sa manière, dans des parcs à thème, louant les valeurs de l’Occident chrétien et sa résistance aux forces du mal. Avec autant d’atouts, le film se regarde non sans plaisir parfois. Et il faut bien le reconnaître, la deuxième partie, celle où le général vendéen confronte directement Hoche et Rouault, chefs républicains humains et fins politiques, est bien plus nuancée que le début. A moins de tordre le cou de l’histoire, les auteurs doivent reconnaître la grandeur d’âme et l’intelligence des généraux bleus face au courage incontestable du chef blanc.

Et pourtant quelque chose ne va pas que les spectateurs non avertis ne pourront déceler, croyant voir la belle histoire d’un homme combattant pour son roi et sa foi, où les connaisseurs saisiront immédiatement la ruse à l’œuvre pour détourner le sens de la Révolution, voire inverser le sens de l’histoire. A commencer par le titre, un véritable casse intellectuel qui ne pouvait marcher dans les colonnes du journal de Jaurès. Gagner ou mourir. Vraiment ? Monsieur de La Contrie, vous reconnaissez-vous dans cette devise qui est la marque rouge des armées républicaines ? Votre éthique et votre foi qu’on fait parler contre vous-même vous auraient un peu interdit de réclamer cette condamnation typiquement républicaine, démocratique et sociale. Pour toi c’est « la soumission au roi et la mort quand Dieu le veut qui ouvrent les portes du paradis ». C’est exactement le contraire de la devise des soldats de l’an II, pour qui il n’y a qu’une solution et qu’un devoir, vaincre les rois alliés et les Vendéens qui se soulèvent contre la République ou mourir pour de bon avec la République.

des images bien polies qui tromperont les téléspectateurs

Mais la tromperie ne s’arrête pas là, et continue, insidieuse, et presque imperceptible si l’on se laisse embarquer sur la charrette des images bien léchées. Ce n’est pas Charette et ses valeurs qui portent le personnage qui nous est présenté, mais un autre héros populaire français, adoré par les républicains de la fin du XIXe siècle : Cyrano de Bergerac. Le film joue constamment sur cette confusion, Charette est un Cyrano qui s’ignore. Il n’a que des mots d’honneur et de panache dans la bouche, combattant seul dans son camp, insolent comme son inspiration, aussi courageux et ténébreux, battant et bagarreur, prononçant les mots justes au bon moment. Charette est un chef sûrement doué pour la guérilla, mais il ne peut incarner les valeurs de la chevalerie française, tout au plus la noble bravoure, où précisément Cyrano, bien que noble, représente la figure des idées républicaines de Rostand qui finira par écrire, en 1917, son Vol de la Marseillaiseune puissante ode dédiée aux armées et aux soldats de l’an II.

un vol des idées républicaines pour en faire des refrains pseudo-modernistes

Dans cette confusion des genres au sens littéral, le bluff cinématographique éclate avec la « amazones » (sic) de Charette. Le mot apparaîtra pour la première fois, sous la plume des critiques de la marquise de La Rochejaquelein, en 1877, lors d’un commentaire sur la réédition du texte de 1814, le Mémoires, écrit pour témoigner après coup, de son acte et de celui de son mari (le marquis de Lescure), décédé lors du voyage à Galerne (campagne de la guerre de Vendée du 10 octobre au 23 décembre 1793), avant sa naissance . épousa le frère de l’autre chef vendéen, La Rochejaquelein. Pour ces dirigeants, Charette est un personnage incontrôlable et individualiste, certainement pas entouré de combattantes, même si elles existaient, comme la belle Irlandaise (qui ne l’était pas !).

L’anachronisme joue à plein, qui montre d’un côté une armée presque mixte, celle des Vendéens, et une armée virile, celle des Républicains, renversant une fois de plus le sens d’une histoire bien plus complexe, où la citoyenneté politique des les femmes n’ont jamais été aussi fortes qu’à l’été 1793 avec le club des Républicains Révolutionnaires Citoyens de Paris. Il est fascinant de constater que la présence supposée de femmes autour de Charette fut à l’origine d’un scandale en 1884, lorsque le peintre républicain Flameng voulut justement représenter les femmes autour de Charette comme des cocottes parisiennes observant les corps des massacrés à Machecoul. Le roman pictural – la scène n’a jamais existé ainsi et certains historiens remettent même en cause la présence de Charette les jours du massacre – est exactement inversé par rapport au triomphe de la République à la fin du XIXe siècle. Aujourd’hui, alors qu’elle est attaquée de toutes parts, Charette devient une figure de la défense des femmes vertueuses. Au final, ce sont toujours des femmes demi-mondaines ou des amazones qui servent de faire-valoir ou de faire-valoir à Charette. Le comble du risible, mais malheureusement réel, se produit lorsque Charette prononce : « Nous sommes la jeunesse du monde, et la Révolution déjà le vieux monde. » Encore une fois, la scène très bien tournée construit un subterfuge et un vol des idées républicaines pour en faire des refrains pseudo-modernistes afin de masquer l’ultra-conservatisme du chef vendéen. Bientôt le deuxième épisode de la saga Charette ? Et si l’ancien marin était l’ancêtre lointain du Vendée Globe ? Poussin pour un Panier le retour, capitaine courageux, combattant avec les Américains pour la liberté et ancêtre des exploits nautiques d’aujourd’hui ? Ce serait marrant de nous emmener faire un tour en barque dans la légende, après nous avoir ballotté en charrette dans l’histoire !


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Cammile Bussière

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