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La récession est-elle le seul remède à l’inflation aux États-Unis ?


Le spectre d’une récession plane sur les États-Unis, un mal qui pourrait s’avérer inévitable pour sauver la première économie mondiale de l’inflation. Cette hypothèse prend de l’ampleur après la décision historique de la banque centrale de remonter fortement ses taux directeurs.

« Les chances d’une récession en 2023 augmentent car il peut être nécessaire de contrôler l’inflation », a déclaré Joseph Gagnon, économiste au Peterson Institute for International Economics (PIIE) et ancien économiste de la Fed, dans une note.

L’économie américaine a déjà ralenti avec une contraction de 1,5 % du PIB au premier trimestre. Le début du deuxième trimestre semble indiquer que le ralentissement se poursuit dans certains secteurs comme la fabrication, l’immobilier et la vente au détail.

La Fed relève son taux directeur (AFP – Patricio ARANA)

A grands maux, grands remèdes : face à des prix qui ne cessent d’augmenter, l’économie doit être ralentie, la demande des consommateurs américains restant forte et l’offre insuffisante.

« Le pouvoir d’achat doit s’aligner sur l’offre », a déclaré à l’AFP Steve Englander, responsable de la macroéconomie américaine pour Standard Chartered et ancien économiste à la Banque centrale américaine (Fed).

Et c’est précisément le travail de la Fed. En augmentant ses taux directeurs, elle incite les banques commerciales à proposer des crédits plus chers aux particuliers et aux entreprises, donc moins enclins à consommer.

– L’atterrissage en douceur s’éloigne –

L’inflation ayant battu, en mai, un nouveau record en 40 ans (8,5 % sur un an), l’institution a donc procédé, mercredi, à la plus forte hausse de ses taux directeurs depuis 1994 : elle les a relevés de trois quarts de pourcentage. point, pour les ramener dans la fourchette de 1,50 à 1,75 %.

Cette troisième hausse sera suivie d’autres fortes hausses d’ici la fin de l’année.

« Soyons clairs, nous ne cherchons pas à induire une récession », a néanmoins assuré le président de la Fed, Jerome Powell : « nous essayons de ramener l’inflation à 2 %, (et de garder) un marché du travail fort.

La récession est-elle le seul remède à l’inflation aux États-Unis ?
Des clients attendent pour commander un menu à 1,50 $ le 14 juin 2022 à Hawthorne, en Californie (AFP – Patrick T. FALLON)

La Fed table désormais sur une inflation de 5,2 % cette année, alors qu’elle tablait encore sur 4,3 % lors de sa réunion de mars. Dans le même temps, il prévoit une croissance de seulement 1,7%, contre 2,8% auparavant.

« Le risque de récession augmente, et fortement », estime Steve Englander qui pense toutefois que ce scénario devrait être évitable.

Cependant, le « soft landing » que Jerome Powell a promis il y a quelques semaines, semble désormais très difficile à réaliser.

« Les perspectives d’un atterrissage en douceur semblent de moins en moins crédibles, et nous jugeons maintenant qu’une récession l’année prochaine est plus probable qu’improbable », prévient Jay Bryson, économiste chez Wells Fargo.

En effet, explique-t-il, « l’inflation s’installe (…), érode le revenu réel, ce qui va probablement peser sur la croissance des dépenses de consommation dans les prochains trimestres ».

De plus, les fortes hausses de taux de la Fed « finiront par peser sur les dépenses sensibles aux taux d’intérêt », c’est-à-dire les achats effectués à crédit. Beaucoup d’entre eux sont aux États-Unis.

– Une économie « Goldilocks » –

La vénérable et puissante Réserve fédérale américaine est toutefois prête à prendre ce risque pour empêcher une inflation élevée « de persister pendant de nombreuses années », note Kathy Bostjancic, économiste en chef d’Oxford Economics.

La récession est-elle le seul remède à l’inflation aux États-Unis ?
L’inflation aux Etats-Unis (AFP – Eléonore HUGHES)

Idéalement, l’économie américaine devrait suivre une trajectoire, connue sous le nom de « Goldilocks », du nom du conte pour enfants, explique-t-elle à l’AFP. Autrement dit, une économie qui refroidit juste comme il faut, à la bonne température, comme le bol de soupe du petit ours, que la petite fille engloutit dans l’histoire.

La frénésie de consommation que connaît le pays depuis près de deux ans, grâce notamment aux généreuses aides financières versées par le gouvernement, s’est heurtée à une production en difficulté, en raison des difficultés d’approvisionnement mondiales qui perdurent depuis le début de la crise du Covid-19.

En conséquence, les prix ont grimpé en flèche.

Et la guerre en Ukraine a ajouté une couche supplémentaire. La flambée des prix du pétrole, dans un pays où les voitures sont souvent indispensables et gourmandes en carburant, pèsent lourdement sur les ménages, tout comme la hausse des prix alimentaires.


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