Jannah Theme License is not validated, Go to the theme options page to validate the license, You need a single license for each domain name.
Nouvelles locales

La longue marche de la France contre le racisme

jeCela fait 40 ans en décembre dernier que la « Marche pour l’égalité et contre le racisme » – mieux connue sous le nom de « la marche des beurs » – est arrivée à Paris. Partie de Marseille le 15 octobre, la marche fut accueillie dans la capitale française par le président François Mitterrand le 6 décembre 1983. En six semaines, elle est passée d’un petit groupe de 15 personnes à un immense événement national qui se déroulera à représentent l’entrée des jeunes issus de l’immigration dans la vie civique et politique française. Quelque 100 000 personnes étaient présentes à sa dernière manifestation à Paris. C’était – et reste – sans précédent dans l’histoire de France.

En mai 1981, François Mitterrand, du Parti socialiste, avait battu le président sortant Valéry Giscard d’Estaing, mettant ainsi fin à 23 ans d’emprise de la droite sur le pouvoir. L’élection de Mitterrand a été un moment électrique en France, déclenchant une vague d’espoir parmi les immigrés et les citoyens français non blancs. Il s’agit notamment des « beurs », jeunes citoyens nés sur le territoire français de parents maghrébins. Le terme péjoratif et raciste, dérivé de la tradition de l’argot verlan consistant à mélanger les lettres et les mots – en l’occurrence « arabeau » (arabe) – est devenu populaire au début des années 1980, alors que la génération qu’il décrivait arrivait à maturité.

Le sortant Giscard avait adopté une position dure sur la migration. Mitterrand a annoncé sa décision d’accorder le statut de résident à 130 000 étrangers et de mettre fin aux politiques de rapatriement assisté et de « double peine » – l’obligation pour les criminels condamnés de quitter le territoire français si leurs parents sont immigrés. Peu après la victoire de Mitterrand, Gaston Defferre, ministre de l’Intérieur, déclarait :

L’expulsion ne sera plus appliquée aux jeunes étrangers nés en France, ou arrivés en bas âge. La France est leur pays. S’il leur arrive de commettre un délit, ils seront traduits en justice, mais ne seront plus contraints, à la fin de leur peine, d’aller dans un pays dont ils ne connaissent souvent même pas la langue..

Mais cet optimisme fut de courte durée. Bien que les expulsions aient cessé, le début des années 1980 a vu une augmentation des violences et des affrontements entre la police française et les Français issus de l’immigration. Au cours de l’été 1983, des affrontements éclatent aux Minguettes à Vénissieux, banlieue lyonnaise réputée « sensible ». Toumi Djaïdja était le jeune président de l’association SOS Avenir Minguettes, qui militait contre le harcèlement policier. Dans la nuit du 20 juin, il a été grièvement blessé par balle par un policier alors qu’il protégeait un enfant contre l’attaque d’un chien policier. Durant les 15 jours qu’il passe dans le coma, de turbulentes flambées de violence se propagent à travers la France.

Djaïdja et d’autres membres de SOS Avenir Minguettes fréquentaient régulièrement un centre culturel dirigé par un prêtre local, le père Christian Delorme. Dans les semaines précédant l’incident, ils étaient allés voir l’ami de Richard Attenborough. Gandhi et, inspirés par le film, ont eu l’idée d’une marche pacifique pour protester contre la discrimination à laquelle ils étaient confrontés. Après s’être réveillé du coma, Djaïdja a décidé de faire de cette marche une réalité.

Dans le même temps, l’atmosphère tendue à travers la France était intensifiée par la victoire du Front National (FN) aux élections partielles à Dreux en septembre 1983. Dirigé par le vétéran parachutiste Jean-Marie Le Pen, le FN a adopté une plate-forme anti-immigration agressive. , affirmant que la solution aux deux millions de chômeurs français était simple : expulser deux millions d’immigrés.

La « Marche pour l’égalité et contre le racisme » s’est élancée le 5 octobre depuis le quartier de La Cayolle à Marseille. La ville a été choisie parce qu’un jeune Rom y avait récemment été tué, mais il y avait aussi une raison symbolique. C’était la ville dans laquelle les parents de nombreux manifestants étaient arrivés pour la première fois en France. Le plan, concocté par Djaïdja, Delorme et Djamel Atallah (un autre jeune militant), était de marcher du sud vers le nord,
30 kilomètres par jour, en passant par la Vallée du Rhône. Une quinzaine de marcheurs sont partis de Marseille ; plus de 1 000 personnes sont arrivées à Lyon le 29 octobre.

La marche avait deux revendications claires : la création d’un titre de séjour de dix ans pour les immigrés vivant et travaillant en France et le droit de vote pour les étrangers. Mais plus généralement, il s’agissait de dénoncer le racisme et de poser la question de la place des Français issus de l’immigration dans la société française. Pour la « deuxième » génération qui marchait, cette question était pressante. Leurs parents, immigrés du Maghreb, étaient avant tout considérés comme une main-d’œuvre bon marché, qui retournerait dans son pays d’origine une fois leur vie professionnelle terminée. Pour leurs enfants, nés sur le sol français, ce fut une autre histoire. Ils étaient citoyens français.

La presse française s’est intéressée dès le début à la marche. Le nom sous lequel elle sera connue – « la marche des beurs » – a été utilisé pour la première fois par le journal. Libération, le terme «beurs» entrant pour la première fois dans le dictionnaire l’année suivante. Radio Beur, une station populaire auprès de la population immigrée française fondée en 1981, a couvert le déroulement de la marche. L’itinéraire a conduit les marcheurs de Marseille via Lyon jusqu’à Strasbourg le 27 novembre. Son parcours de 1 500 km s’est terminé le 6 décembre à Paris, où il a été accueilli par une immense manifestation de 100 000 personnes sur la place de la Bastille. Ce soir-là, une délégation de huit personnes dont Djaïdja, Delorme et Atallah est reçue par Mitterrand à l’Elysée. Peu de temps après, ils ont obtenu la résidence exigée pendant dix ans et la promesse que les citoyens étrangers seraient autorisés à voter aux élections locales. La promesse n’a pas été tenue.

La marche a été la première expression majeure d’une nouvelle génération répondant au racisme, mais ce n’était pas la dernière. En 1984, un événement similaire – « Convergence pour l’égalité » – a eu lieu, avec des participants voyageant à vélomoteur. La marche a également inspiré une vague d’activisme antiraciste. « SOS Racisme » a été créé en 1984 et est depuis devenu une institution française, invoquée chaque fois que des discriminations, du racisme et des violences policières surviennent. Quarante ans plus tard, l’héritage des marcheurs est ancré dans le tissu français.

Nadja Makhlouf est écrivain et photographe.

Toutes les actualités du site n'expriment pas le point de vue du site, mais nous transmettons cette actualité automatiquement et la traduisons grâce à une technologie programmatique sur le site et non à partir d'un éditeur humain.

William Dupuy

Independent political analyst working in this field for 14 years, I analyze political events from a different angle.
Bouton retour en haut de la page