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« La crise silencieuse de l’emploi des juniors à l’ère de l’IA »

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FIGAROVOX/TRIBUNE – A l’occasion de la sortie de leur nouveau livre « N’étudie plus! » »les deux essayistes estiment que les premiers menacés par l’IA sont les jeunes. Leurs diplômes, autrefois assurance-vie, ne certifient plus qu’un stock de compétences déjà imitées par les agents logiciels.

Laurent Alexandre est chirurgien urologue et essayiste et Olivier Babeau est président fondateur de l’Institut Sapiens et professeur à l’Université de Bordeaux. Ils publient un nouvel ouvrage le 16 octobre « N’étudie plus ! » (Buchet-Chastel, 2025).


Une génération arrive sur le marché du travail au moment précis où le travail humain est violemment impacté par l’intelligence artificielle. Le paradoxe est cruel, jamais les jeunes n’ont été aussi qualifiés, jamais leurs savoirs n’ont été aussi vite obsolètes. La valeur laisse les bureaux enterrés dans des centres de données qui concentrent la production cognitive. C’est un déplacement du capital, du bureau vers le silicium. Le diplôme, anciennement assurance-vie, ne certifie désormais qu’un stock de compétences déjà imitées par les agents logiciels. Le pacte méritocratique se défait, discrètement mais sûrement.

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Pendant des décennies, l’entrée des jeunes diplômés dans la vie active passait par un sas d’apprentissage : nuits sur Excel, relectures fastidieuses, résumés, pré-analyses et slides refaits une quinzaine de fois. C’était l’atelier où se forgeaient les réflexes du métier. Or, c’est précisément cette couche que l’IA avale en premier. Le junior coûte bien plus cher qu’un agent intelligent, est plus lent, fait plus d’erreurs… et n’est disponible que quarante heures par semaine. En externalisant la réflexion de base vers la machine, nous éliminons la période de fabrication des compétences. Si rien ne change, nous aurons des classes entières de jeunes sans expérience, entourés d’outils tout-puissants. Ce sera un mélange explosif, économiquement, socialement et politiquement.

McKinsey exploite déjà une flotte d’environ 12 000 agents conversationnels capables de rédiger des présentations, de vérifier la logique du raisonnement et d’imiter le ton de l’entreprise.

L’image la plus précise de l’IA est celle de « l’immigration cognitive ». Ce ne sont plus des travailleurs qui traversent nos frontières, mais des cerveaux non humains, sans visa ni fatigue, à un coût marginal quasi nul. À chaque mise à jour du modèle, des cohortes de « juniors numériques » bon marché et immortels arrivent pour faire le travail de nos jeunes diplômés. L’invasion est douce car invisible, enveloppée dans une promesse d’efficacité, adoptée en secret par des équipes qui n’osent pas dire qu’elles ont remplacé un jeune par un agent logiciel. La révolution pulvérise silencieusement les trajectoires d’intégration.

Les exemples abondent. Les IA agentiques connectées à Excel réalisent en quelques instants ce qu’un analyste a mis des heures à produire. Lors de tests à l’aveugle jugés par des dirigeants d’institutions prestigieuses, ces IA ont battu les analystes humains dans 89 % des cas, même si ces derniers disposaient de dix fois plus de temps. McKinsey exploite déjà une flotte d’environ 12 000 agents conversationnels capables de rédiger des présentations, de vérifier la logique du raisonnement et d’imiter le ton de l’entreprise. Les projets qui mobilisaient autrefois un manager et des groupes de juniors sont désormais gérés par un seul cadre assisté par une IA qui lit les rapports et les graphiques plus rapidement que n’importe quel diplômé.

Dans le droit, le conseil, la finance, le service client, le marketing, le suivi et le reporting, le bas de l’échelle est en train de disparaître. Le jeune développeur qui a codé des modules de base, l’assistant juridique qui a fouillé des cartons de pièces, le consultant débutant scotché à PowerPoint sont brutalement mis au défi par l’IA. Les réseaux sociaux regorgent de témoignages d’entrepreneurs qui, grâce à ChatGPT ou Claude, réduisent leurs effectifs juniors. Même les lauréats des grandes écoles ne seront pas épargnés. Ceux qui ont quelques années d’expérience s’en sortent quand même. Mais ce savoir-faire ne s’enseigne pas : il s’acquiert en travaillant… justement ce que l’automatisation rend plus rare.

L’université continue de fonctionner au rythme d’une administration lente alors que l’économie se transforme à la vitesse exponentielle de la capacité informatique. Le modèle « j’étudie puis je travaille » est mort. L’enseignement supérieur a été conçu pour un monde où le savoir était rare et où le professeur était l’homme le plus cultivé de la salle. Ce monde a disparu. Les étudiants ont une « super IA » dans leur poche. L’université produit des inadéquations professionnelles et une déception sociale massive. Elle célèbre l’égalité des chemins tandis que l’économie récompense désormais l’agilité cognitive et l’orchestration de l’IA.

L’ambition n’est plus d’être « le meilleur de sa catégorie », mais le premier à comprendre la classe des machines.

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Les jeunes doivent devenir des orchestrateurs, des chorégraphes de l’intelligence. Savoir choisir l’outil, fixer son temps de réflexion, chaîner les agents, maîtriser la qualité et les coûts : c’est un métier. La rapidité d’adaptation devient le premier capital puisqu’on recrute moins pour ce qu’on sait que pour ce qu’on peut apprendre. Vous devez constituer un portefeuille de preuves plutôt que d’accumuler des lignes de CV. L’ambition n’est plus d’être « best in class », mais d’être le premier à comprendre la classe des machines.

Que doivent faire les entreprises ? Confiez aux juniors des missions où l’IA les aide sans étouffer l’initiative, encouragez l’orchestration et le partage de bibliothèques d’invites certifiées. Quant aux universités, elles doivent passer de la transmission au management : studios d’ingénierie de décision accompagnés, alternances courtes, ateliers d’agents, certifications par preuves (sécurité, éthique, traçabilité). Il faut évidemment développer une infrastructure numérique européenne, sinon l’Europe formera des consommateurs de l’IA américaine plutôt que des producteurs. Le déplacement visible des investissements des bureaux vers les centres de données produisant de l’IA indique où la valeur est désormais créée.

La crise de l’emploi des juniors n’est ni un accident conjoncturel ni la conséquence d’une « mauvaise cohorte ». Il s’agit de la première expropriation cognitive de masse. La nouvelle inégalité est cognitive. Si on abandonne la promotion de 2025 face à l’IA, on va créer la colère de 2030 mais aussi un « jaunissement » généralisé de la France. La solution ne réside pas dans la nostalgie mais dans un sursaut. Il faut apprendre différemment, tout le temps, et organiser la société pour que les jeunes deviennent les architectes et non les victimes d’une intelligence abondante.

« N’étudiez plus ! Apprenez autrement à l’ère de l’IA » -Laurent Alexandre Olivier Babeau
Editions Buchet Chastel

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