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« Il n’y a pas de suicidaires ici », le focus d’un pilote français sur la course la plus meurtrière au monde


Julien Toniutti, le pilote français le plus rapide de l’histoire du Tourist Trophy de l’île de Man, revient pour RMC Sport sur le traitement médiatique d’une édition 2022 qui justifiait sa désastreuse réputation de course la plus meurtrière au monde, avec cinq morts en dix jours. Différence de culture entre la France et les pays anglo-saxons, pilotes tout sauf suicidaires, maîtrise des risques… L’homme aux quatre participations veut changer le regard des gens sur cette course unique.

Julien, les médias français ont beaucoup parlé des accidents qui ont endeuillé cette édition 2022 du Tourist Trophy. En tant que pilote, comment l’avez-vous vécu ?

C’est toujours délicat… On parle déjà rarement de moto en France et quand on parle de cette course, on ne parle que d’accidents. Ce n’est pas vraiment bon. Généralement, le traitement est uniquement dépendant. C’est néfaste pour les pilotes, pour les partenaires et les partenaires potentiels. Cela nuit à l’image de cette course et à l’écosystème du Tourist Trophy. Cela nuit simplement à la pérennité de la course. C’est une course dangereuse, nous le savons. Mais il y a eu moins de morts sur le Tourist Trophy que sur l’Everest.

« Dans les pays anglo-saxons, ils ont une culture que nous n’avons pas : celle de la course sur route. Pour eux, c’est quelque chose de normal. Nous, en France, nous faisons peur. »

Comment expliquez-vous que l’on mette en avant la dangerosité du Tourist Trophy plus que celle des autres disciplines à risques ?

Bonne question… Sur l’île de Man, et plus généralement dans les pays anglo-saxons, ils ont une culture que nous n’avons pas : celle de la course sur route. Pour eux, c’est quelque chose de normal. Nous, en France, nous faisons peur. Nous sommes dans une société où tout est encadré, sécurisé. Alors on ne comprend pas pourquoi il y a autant de morts dans une course. Mais l’Everest, il y a 300 morts, c’est pour ça qu’il faut arrêter de gravir l’Everest ? Les pilotes qui y vont le font en connaissance de cause, il n’y a pas de suicide ici. Ce ne sont que des pilotes qui vont à la limite, mais comme un pilote de chasse, un skipper solitaire ou un alpiniste.

Quand tu parles aux pilotes étrangers, ressens-tu cette différence de culture entre la France et les autres pays dans le traitement médiatique ?

Il y a une énorme différence, évidemment. En France, on essaie toujours de tout contrôler. Dans les pays anglo-saxons, ils ont une autre vision des choses. Sur l’île de Man par exemple, il existe des limites de vitesse dans les agglomérations mais lorsque vous quittez l’agglomération, il existe de nombreux endroits où il n’y a pas de limitation de vitesse. Les gens prennent leurs responsabilités et ce n’est pas pour ça que tout le monde fait n’importe quoi. J’aime cette philosophie et cette mentalité car on vous fait confiance et on vous donne des responsabilités.

« Mourir en héros ne nous intéresse pas. »

Vous, personnellement, mettez beaucoup l’accent sur la nécessité de maîtriser les risques pris lorsque vous participez à cette course…

Bien sûr. Encore une fois, nous ne sommes pas suicidaires. Quand je prépare cette course, je connais les risques et je les assume. Mais je fais tout ce qu’il faut pour rentrer à la maison et embrasser mon fils. Je me prépare physiquement, techniquement, mentalement… Cette course me fait me sentir encore plus vivant. Mourir en héros ne nous intéresse pas.

Quand certains pilotes parlent de drogue en parlant de cette course, est-ce que ça te dérange qu’ils aient cette vision ?

Oui, parce que nous sommes tout sauf toxicomanes. J’ai passé 30 ans de ma vie sans Tourist Trophy, je peux m’en passer. Le Tourist Trophy donne du goût à la vie. Mais c’est comme le sucre dans le yaourt en fait : si un jour je dois m’en passer, je saurai comment m’en passer. Drogué, il est sur un canapé, il descend dans son immeuble et il va acheter de la drogue : c’est à la portée de tous. Le Tourist Trophy n’est pas à la portée de tout le monde.

Félix Gabory Journaliste RMC Sport


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