essais, livres d’histoire, récits personnels, l’ancien ministre de la Justice était aussi un homme de lettres et une grande plume

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Cet article a déjà été publié le 13 février 2024, à l’occasion de l’hommage national rendu à Robert Badinter.
L’ancien ministre de la Justice, à l’origine de l’abolition de la peine de mort et de la dépénalisation de l’homosexualité, connu également pour ses combats contre l’antisémitisme, est décédé à l’âge de 95 ans dans la nuit de jeudi à vendredi 9 février. Grand avocat et grand homme politique, il avait aussi une plume qu’il a mise au service de ses plaidoiries, mais aussi de ses écrits, une quarantaine d’ouvrages publiés sur une période de près de soixante-dix ans.
C’est en tant qu’avocat que Robert Badinter a d’abord œuvré pendant plusieurs années contre la peine de mort. En 1972, il défend Roger Bontems, dont il n’a pas réussi à éviter la guillotine. Dès lors, il s’engage dans son combat contre la peine de mort. Quelques années plus tard, c’est grâce à son plaidoyer contre la peine de mort en 1977 qu’il sauve Patrick Henry de la peine capitale ; ce dernier a été condamné à la réclusion à perpétuité.
Le 17 septembre 1981, Robert Badinter plaide devant l’Assemblée nationale en faveur de l’abolition de la peine de mort. Ce discours historique conduisit le 9 octobre 1981 à l’abolition de la peine de mort en France. Grand admirateur de Victor Hugo, c’est dans un langage vibrant et littéraire que l’avocat et homme politique déploie son argumentation..
« Demain, grâce à vous, la justice française ne sera plus une justice qui tue. Demain, grâce à vous, il n’y aura plus, à notre honte commune, d’exécutions furtives, à l’aube, sous le dais noir, dans les prisons françaises. Demain, les pages sanglantes de notre justice seront tournées. »
Robert BadinterDiscours du 9 octobre 1981 devant l’Assemblée nationale
Au-delà d’une forte conviction, c’est par sa plume et son éloquence que Robert Badinter a réussi à mettre un terme à son combat. Une grande partie de ses textes et de ses discours des années 1970 à 2006 ont été rassemblés dans un recueil publié en 2006, chez Fayard, Contre la peine de mort : écrits 1970-2006.
Lors d’une conférence à l’Assemblée nationale en septembre 2021, Robert Badinter a réitéré l’exercice de plaidoyer, cette fois en faveur d’une abolition « universelle » à travers le monde. Un discours qu’il prononce debout et sans notes. Il avait alors 93 ans.
Parallèlement à sa carrière d’avocat et d’homme politique, Robert Badinter n’a cessé d’écrire des essais, des livres d’histoire, des récits personnels et même du théâtre et un opéra. Il publie d’abord plusieurs ouvrages liés à sa lutte contre la peine de mort. Dans Exécution (Grasset, 1973, réédité en 1998 chez Fayard), Robert Badinter raconte le procès de Roger Bontems, ses visites à la prison, l’exécution. Il remet également en question son métier d’avocat. Dans Abolition en 2000, il revient sur les différentes étapes de son combat, qui a duré près de dix ans.
En 2006, il défend l’idée d’une abolition universelle de la peine de mort dans le monde. Contre la peine de mort (Fayard). « Le jour viendra où il n’y aura plus, sur la surface de cette terre, personne condamné à mort au nom de la justice. Je ne verrai pas ce jour-là. Mais ma conviction est absolue : la peine de mort est vouée à disparaître de ce monde plus tôt que ne le pensent les sceptiques, les nostalgiques ou les amoureux de la torture. »
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Robert Badinter a publié et édité de nombreux ouvrages consacrés à la justice et à son histoire. Dans Un autre jugepublié en 1989, il revient sur l’histoire de la justice sous la Révolution française qui, selon lui, fonde les principes de la justice contemporaine. « C’est l’époque où un long passé se défait, où se forgent des institutions judiciaires entièrement nouvelles, fondées sur la souveraineté du peuple et inspirées par la philosophie des Lumières. Jamais notre justice ne connaîtra un tel bouleversement en si peu d’années. »il écrit.
En 2003, il publie Le rôle du juge dans la société moderne (Fayard-Publications de la Sorbonne), un texte qui rassemble les réflexions exprimées lors d’une conférence organisée par Robert Badinter et Stephen Breyer sur la montée en puissance du juge et la judiciarisation de plus en plus généralisée de la vie sociale.
Dans Le plus grand bienil s’interroge sur le Code Civil. Dans Le travail et la loi, publié en 2015 aux Éditions Fayard avec Antoine Lyon, il s’intéresse au droit du travail, proposant de modifier le Code du travail pour simplifier le droit du travail figurant selon les auteurs « comme une forêt sombre où seuls les spécialistes peuvent s’orienter.
Il a également consacré des livres à la prison ou à l’antisémitisme et à d’autres sujets de combat. La prison républicaine a été publié en 1992. En 1989, il a publié Libres et égaux, L’émancipation des juifs sous la Révolution française (1789-1791), une histoire qu’il décide de creuser après avoir travaillé sur Condorcet, homme politique, une œuvre qu’il a co-écrit avec son épouse Élisabeth Badinter en 1989.
En 1997, il revient sur cette question au centre de ses préoccupations avec Antisémitisme ordinaire, Vichy et les avocats juifs (1940-1944), ouvrage dans lequel il examine la législation qui a conduit à la déportation des Juifs de France, et plus particulièrement l’attitude de l’administration, des tribunaux et des milieux professionnels concernés.
« Ce livre évoque aussi la souffrance morale de ces avocats qui ont été exclus du barreau, comme des confrères véreux, par une loi promulguée par un maréchal de France, incarnation de la gloire nationale, simplement parce qu’ils étaient nés juifs. »
Robert Badinter« L’antisémitisme ordinaire, Vichy et les avocats juifs (1940-1944) »
Dans Vladimir Poutine, l’accusation (Fayard, 2023), Robert Badinter expose la base juridique de l’accusation portée contre Vladimir Poutine de crime et d’agression contre l’Ukraine et de crimes de guerre et crimes contre l’humanité commis par les forces russes dont il est le chef suprême.
En 2011, Robert Badinter raconte son incursion « au pays du pouvoir » dans Épines et roses. Dans ce livre, il raconte de l’intérieur son expérience du pouvoir, ses victoires et ses échecs, entre l’abolition de la peine de mort et son départ de la chancellerie en 1986. « En accomplissant ce travail, ma conclusion est simple : lire, persister et signer », conclut-il.
« J’ai écrit ce livre en hommage à ma grand-mère maternelle, Idiss. Il ne se veut ni une biographie ni une étude sur la condition des immigrants juifs de l’Empire russe venus à Paris avant 1914. C’est simplement l’histoire d’un destin singulier dont j’ai souvent rêvé. Qu’il soit aussi, au-delà du temps, un témoignage d’amour de la part de son petit-fils. »
Robert Badinterà propos de son livre « Idiss »
Dans Idis (Fayard, 2018), Robert Badinter retrace le destin de sa grand-mère et son épopée pour fuir l’empire tsariste et se réfugier à Paris en 1912. Elle y vécut les plus belles années de sa vie avant d’être rattrapée par les horreurs de la guerre et du nazisme.
Idiss a été adapté en bande dessinée par Richard Malka et Fred Bernard, aux éditions Rue de Sèvres en 2021.
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Robert Badinter a publié plusieurs pièces de théâtre, toutes liées à la justice. Cellule 107, (Fayard, 1995) dans lequel il revient sur le procès pour homosexualité d’Oscar Wilde. Deux autres pièces seront publiées au crépuscule de sa vie, dans un recueil qui rassemble son œuvre théâtrale (Théâtre I, Cellule 107, Les briques rouges de Varsovie Et C.3.3., Fayard, 2021).
Dans Les briques rouges de Varsovie, Robert Badinter revient sur les racines de son histoire familiale : son père, Simon, juif d’Europe de l’Est, immigré en France en 1919, est arrêté en février 1943 par la Gestapo, déporté et assassiné dans le camp de Sobibor. Les briques rouges de Varsovie est l’histoire de la résistance dans le ghetto de Varsovie à travers un dialogue entre un rabbin et un ouvrier membre du Bund, le mouvement révolutionnaire juif.
« Sur une étagère de ma bibliothèque, depuis près d’un demi-siècle, deux briques cassées ont été déposées »il écrit sur la couverture arrière pour expliquer le titre de la pièce. « Il s’agit de fragments du mur qui entourait le ghetto de Varsovie, dont il ne reste rien, hormis les souvenirs de quelques survivants et les écrits de contemporains. » La pièce a été créée en mars 2023, à Lausanne, mise en scène Didier Nkebereza.
Cellule 107c’est enfin un dialogue entre Laval, qui vit ses dernières heures avant son exécution à la prison de Fresnes, et Bousquet, son voisin de cellule. En 2023 a été publié Affaire close (Théâtre II) chez Fayard, une pièce finale dans laquelle Robert Badinter met en scène le procès de Jésus, après une longue préface qui revient sur le contexte historique du procès.
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Enfin, Robert Badinter est également l’auteur d’un livret d’opéra, Claudecréée le 27 mars 2013 à l’Opéra de Lyon, mise en scène par Olivier Py. Ce texte est inspiré du roman de Victor Hugo, Claude Gueux, un plaidoyer contre la peine de mort et les conditions carcérales de l’époque, qui raconte l’histoire d’un homme condamné à la prison pour avoir volé du pain pour nourrir sa famille. En prison, il assassine le réalisateur et est condamné à mort. Il sera guillotiné à la maison centrale de Clairvaux, celle-là même où Roger Bontems fut exécuté de la même manière le 28 novembre 1972…
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