“Es-tu mort ?”, l’application chinoise qui reflète la crise démographique en Chine

Le « Es-tu mort ? » application appréciée des personnes vivant seules : Cette application au nom inhabituel, voire inquiétant, est devenue l’application payante la plus téléchargée sur l’App Store en Chine, note le journal de Hong Kong La norme Et la BBC. Son concept est simple : vous devez vous connecter tous les deux jours, en cliquant sur un gros bouton, pour confirmer que vous êtes en vie. Dans le cas contraire, l’application contactera en urgence un proche et l’informera d’un éventuel danger, précise la BBC.
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Cette application reflète la crise démographique que traverse la Chinesouligner LE Temps Financier Et la BBC : beaucoup de jeunes choisissent de vivre seuls plutôt que de se marier et de fonder une famille. Et dans le même temps, de plus en plus de personnes âgées se retrouvent isolées chez elles, sans famille à proximité pour s’occuper d’elles. Cette crise démographique se traduit aussi, depuis le 1er janvier, par un nouveau système fiscal en Chine : les services de garde d’enfants sont exonérés d’impôt, tandis que la TVA est instaurée sur les préservatifs. Pékin cherche à tout prix à relancer sa natalité, comme nous l’évoquions dans une chronique précédente.
Entretien avec Jean-Louis Rocca, professeur à Sciences Po et chercheur au CERIdont le travail se concentre actuellement sur la jeunesse de la classe moyenne en Chine.
Cette application insolite « Êtes-vous mort ? semble refléter une crise démographique en Chine : de nombreux jeunes choisissent de vivre seuls plutôt que de se marier ou de fonder une famille. Et dans le même temps, de plus en plus de Chinois âgés se retrouvent isolés. Est-ce ce double phénomène qui illustre réellement la popularité de ce « Es-tu mort ? application.
Oui, car il faut savoir qu’en Chine, il y a une quasi-disparition des familles. C’est un peu caricatural, mais effectivement, aujourd’hui, les gens vivent dans des familles où il n’y a que quatre grands-parents, deux parents et un enfant. Évidemment, on peut développer des relations avec des personnes extérieures à sa famille et c’est ce que la jeunesse chinoise a fait et continue de faire, d’une certaine manière. Mais clairement, le succès de cette application montre que cette socialisation extra-familiale n’est finalement pas si forte et que de nombreuses personnes, de fait, sont isolées.
A cela il faut ajouter les transformations de la nouvelle génération de la classe moyenne en Chine, où les jeunes veulent rompre avec le mode de vie de leurs parents entrés dans cette logique de développement économique, de compétition de tous contre tous, avec des relations despotiques sur le lieu de travail, vis-à-vis de leur patron. Ils veulent donc rompre avec tout cela et aussi rompre avec les obligations sociales, comme se marier à un certain âge, avoir un enfant tout de suite. Ils souhaitent donc une sorte de retour sur eux-mêmes, prendre du temps pour eux. Nous le voyons dans le mouvement appelé emmêlantque l’on peut traduire par « restons au lit » : nous voulons nous reposer, nous voulons nous installer ; c’est peut-être le terme le plus précis pour décrire ces nouvelles aspirations de la nouvelle classe moyenne.
Ce phénomène se traduit également par une tendance : « DINK » acronyme de « double revenu sans enfants ». Alors que 40 % des couples mariés en Chine n’ont pas d’enfants, DINK refuse d’en avoir pour s’assurer un bon niveau de vie. Dans quels milieux sociaux, en Chine, cette tendance mondiale se confirme-t-elle ?
C’est un phénomène mais cela va encore plus loin que ce que vous dites, puisque les gens ne vivent même plus en couple et ne se marient plus. Il y a un déclin du mariage, qui était une sorte d’institution sociale extrêmement importante. Aujourd’hui, dans les entretiens que je fais, beaucoup de jeunes, lorsqu’ils ont une vingtaine ou une trentaine d’années, me disent que finalement, même l’amour et les liens sentimentaux sont des choses qui ne les tentent pas.
Et puis effectivement, on a aussi, chez ces gens qui se marient malgré tout, ce sentiment qu’avoir un enfant n’est pas quelque chose d’évident, parce que ça gêne leur carrière, parce qu’en Chine, un enfant coûte très cher. Les frais de scolarité sont très élevés, il en va de même pour les frais de santé et de logement : louer ou acheter un appartement coûte extrêmement cher. Et on pourrait ajouter, mais c’est quelque chose qu’on connaît aussi en Europe, l’inquiétude face à l’avenir, la crise écologique, les guerres actuelles, etc… A quoi ça sert d’avoir un enfant ?
Il faut ajouter une spécificité chinoise : ces jeunes sont aussi passés par le système de sélection sociale pour entrer dans les meilleures universités et ils gardent de mauvais souvenirs de leur enfance. En fin de compte, ce n’est pas le cas, comme aurait pu le dire le président Mao, “un dîner de gala” d’être un enfant en Chine. C’est très difficile, surtout quand on est de la classe moyenne. Cela ne les incite pas nécessairement à vouloir offrir à leurs futurs enfants la même expérience qu’ils ont pu vivre dans le passé.
Les autorités chinoises, de leur côté, espèrent relancer la natalité à tout prix et cela se traduit depuis le 1er janvier par de nouvelles règles fiscales : Pékin a lancé des garderies moins chères et exonérées d’impôts. Il existe également des allocations familiales qui ont été introduites l’année dernière pour la première fois en Chine. Et puis Pékin introduit aussi une TVA sur les préservatifs. J’en ai parlé en début d’année et les auditeurs m’ont demandé si cela encouragerait les hommes et les femmes chinois à avoir des enfants ?
Ces incitations dont vous parlez – et qui ont également été précédées de pressions idéologiques extrêmement fortes – n’auront sans doute aucun effet. Aujourd’hui, on sait que tout cela ne marche pas. C’est très difficile de convaincre les gens d’avoir des enfants. Il est très facile de les empêcher de le faire, mais il est très compliqué de les forcer à le faire.
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