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Equateur: la mobilisation indigène contre le gouvernement de Guillermo Lasso se durcit (VIDEOS)

La mobilisation indigène contre le gouvernement du président conservateur Guillermo Lasso entre dans sa douzième journée le 24 juin en Equateur, au lendemain d’une tentative d’envahissement du Parlement, signe d’un durcissement des manifestations qui ont fait au total six morts dans le pays andin.

La police a en effet dispersé le 23 juin des manifestants qui tentaient d’envahir le Parlement à Quito, au onzième jour des manifestations indigènes contre l’augmentation du coût de la vie. Trois personnes sont mortes au cours de cette nouvelle journée de protestations, qui s’est étendue à d’autres quartiers de la capitale, selon l’Alliance des organisations des droits de l’homme, qui a fait état de trois premiers décès entre le 20 et le 22 juin.

Le 23 juin, un manifestant de 39 ans a été tué par balle et un jeune est mort près de lui. A Caspigasi, dans la banlieue de Quito, un indigène est mort dans un affrontement avec des militaires, selon l’Alliance. L’armée a pour sa part indiqué que des militaires qui assuraient la sécurité d’un convoi transportant de la nourriture ont été « attaqués par un groupe violent » dans la même localité, et que 17 militaires ont été grièvement blessés. L’Alliance des organisations des droits de l’homme a également fait état de 92 blessés et de 94 arrestations depuis le 13 juin. La police, de son côté, a annoncé que 74 de ses membres avaient été blessés.

Le média bolivien Kawsachun News a également publié des vidéos des manifestations.

Dans l’après-midi du 23 juin, plusieurs milliers d’indigènes sont entrés pour la première fois en criant de joie à la Maison de la Cultureà Quito, réquisitionné depuis plusieurs jours par la police, a constaté l’AFP. Ce centre culturel sert traditionnellement de point de rencontre pour les indigènes de la capitale et son libre accès était l’une des conditions pour que les manifestants entame des négociations.

« C’est une victoire de la lutte! », a salué mégaphone à la main le leader indigène Leonidas Iza, dirigeant de la Confédération des nationalités indigènes de l’Equateur (Conaie), la plus grande organisation indigène du pays. Le gouvernement a finalement autorisé les manifestants à investir ce lieu symbolique, « dans l’intérêt du dialogue et de la paix », a déclaré le ministre du gouvernement équatorien, Francisco Jiménez, dans une vidéo transmise aux médias. L’objectif de cette concession est de « mettre fin aux blocages de rues, aux manifestations violentes et aux attentats en différents endroits », a ajouté le ministre, alors que le chef de l’Etat Guillermo Lasso, diagnostiqué positif au Covid-19 le 22 juin, est contraint à l’isolement confinement.

Le but recherché n’a pas été atteint puisque peu de temps après, un important groupe de manifestants, menés par des femmes, a tenté de pénétrer dans l’enceinte du Parlement voisin. La police déployée sur place les en a empêchés en utilisant des gaz lacrymogènes et des grenades assourdissantes. Les manifestants ont répondu avec violence en lançant des pierres, des feux d’artifice et des cocktails Molotov. Le leader des manifestations, Leonidas Iza, qui était là, y a vu « un très mauvais signe alors que nous avions demandé à notre base de faire une marche pacifique ». La foule s’est ensuite retirée dans le parc El Arbolito voisin.

Le prix des carburants a encore une fois mis le feu aux poudres

Au moins 14 000 manifestants sont mobilisés à travers le pays pour protester contre la hausse du coût de la vie et réclamer, notamment, une baisse du prix des carburants. La police estime leur nombre dans la capitale, Quito, à près de 10 000. Avant toute négociation, la Conaie demande également l’abrogation de l’état d’urgence en vigueur dans six des 24 provinces et dans la capitale, appuyée par un important déploiement sécuritaire et un couvre-feu nocturne. Le gouvernement rejette cette demande et assure que les revendications des manifestants relatives au prix du carburant coûteraient à l’Etat plus d’un milliard de dollars par an.

« Ils disent que nous sommes paresseux, que nous ne produisons pas et c’est pourquoi il y a des pénuries », a déclaré la leader indigène Nayra Chalan sur une tribune devant des manifestants. Les indigènes ont quitté leurs communautés rurales il y a onze jours, mais ne sont arrivés à Quito qu’en début de semaine, durcissant le bras de fer avec le gouvernement.

Le président conservateur Guillermo Lasso, au pouvoir depuis un an, voit dans cette révolte une tentative de le renverser. Entre 1997 et 2005, trois présidents équatoriens ont dû démissionner après des manifestations. En 2019, une précédente vague de protestations contre la fin des subventions sur les prix du carburant avait fait 11 morts et des milliers de blessés lors d’affrontements avec la police. Au cours de ces manifestations, des manifestants ont pris d’assaut le siège du gouvernement et envahi brièvement le Parlement, incendié le bâtiment de l’Inspection des finances et attaqué les locaux de deux médias. Les indigènes imputent alors la responsabilité aux éléments « infiltrés ».

Le président de l’époque, Lenin Moreno, avait été contraint de revenir sur les mesures économiques négociées avec le Fonds monétaire international (FMI). Guillermo Lasso peut toutefois compter sur le soutien des militaires qui ont mis en garde les manifestants le 21 juin, les accusant de représenter un « grave danger » pour la démocratie.



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