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Énergie. La Vallée de la Maurienne sous tension

Saint-Jean-de-Maurienne (Savoie), envoyé spécial

Au pied des Alpes enneigées, la vallée de la Maurienne tient à sa réputation de pionnière industrielle. A quelques pas de la gare de Saint-Jean-de-Maurienne, en Savoie, un panneau raconte au visiteur curieux l’histoire de ce territoire qui, au tournant du XXe siècle et grâce à la houille blanche (utilisation de l’énergie hydroélectrique produite par des chutes d’eau), un poumon industriel où se trouvent de grandes usines électrochimiques et électrométallurgiques. C’est ce patrimoine qui serait menacé, selon la CGT régionale, par l’explosion du prix de l’énergie – le mégawattheure (MWh) évoluant ces derniers jours autour de 400 euros en France. « Avec un prix aussi élevé mais surtout extrêmement volatil, nous ne pourrons pas tenir six mois ou un an. Cela nous inquiète beaucoup. » prévient Lionel Chanut, secrétaire général de la CGT Énergie Savoie.

Une avalanche finale

Fin novembre, les représentants syndicaux de la vallée avaient organisé une conférence de presse pour faire part de leurs inquiétudes. Une initiative précipitée par les mesures prises par plusieurs gros employeurs de la vallée pour faire face à l’inflation. Fin octobre, le géant de la chimie Arkema a annoncé l’arrêt de la production pour le mois de décembre de son usine de La Chambre, qui emploie environ 170 personnes. En cause, précise-t-elle dans un mail adressé à Humanitéle « contexte fortement inflationniste et explosion des prix de l’énergie […] qui affectent fortement [les] coûts de production. »

La direction de l’usine Ferropem de Montricher, de taille similaire, a pour sa part décidé d’arrêter l’exploitation de ses fours de production de silicium pendant trois mois, début 2023, marquant ainsi un retour ponctuel à une organisation du travail déjà en place. jusqu’au milieu des années 2010. Quant à l’usine centenaire d’aluminium de Saint-Jean-de-Maurienne, propriété du groupe Trimet, elle a temporairement fermé une de ses séries de production, « une vieille série qu’il a fallu arrêter car il y avait beaucoup de travail à faire dessus », selon Sébastien Ratel, élu CGT au CSE de l’entreprise.

Préoccupations à long terme

Si ces entreprises sont en difficulté, c’est parce que leur consommation d’énergie est considérable. Celui de Trimet, avec 180 cellules d’électrolyse et onze fours de fusion installés le long de la rivière de l’Arc qui traverse Saint-Jean-de-Maurienne, équivaut à celui de la ville de Lyon, selon la CGT. Cependant, pour l’instant, l’emploi n’est menacé à court terme sur aucun des trois sites. A chaque fois, les employeurs ont procédé à des réorganisations, redéployant le plus souvent les salariés concernés par les arrêts de production vers des activités de maintenance et de nettoyage ou vers des formations. Ceux d’Arkema ont été invités à prendre plus de congés, ce qu’ils « vivre un peu mal, car les ouvriers n’ont pas volé les heures et ils préfèrent les poser quand ils en ont envie », explique Mickaël Prajoux, le délégué CGT, qui précise que « Comme c’est la période de Noël et que les gens s’absentent souvent à ces moments de toute façon, il n’y a pas trop de tension ».

C’est à plus long terme que les inquiétudes sont les plus fortes. Certes, Arkema assure que le redémarrage de ses unités est prévu « début janvier », « sauf événement particulier » et après un « réévaluation » de la situation  » en septembre « . Mais l’entreprise, qui s’approvisionne directement en gaz sur le marché spot fluctuant, manque de visibilité sur ses dépenses futures.  » Rien ne dit que nous n’aurons pas un nouvel arrêt de production au premier semestre », lâche Mickaël Prajoux. Trimet, pour sa part, bénéficie d’un tarif préférentiel négocié avec EDF mais le contrat, qui expire en 2023, est en cours de renouvellement. Quant à l’usine Ferropem, elle bénéficie, pour une partie de l’électricité qu’elle achète, de tarifs réduits grâce au régime d’accès réglementé à l’électricité nucléaire historique (Arenh), selon le délégué CGT Xavier Marmi. Mais ce système prendra fin en 2025, ce qui ne manque pas d’inquiéter l’élu, encore marqué par la fermeture récente de l’usine de Château-Feuillet, dans la vallée voisine de la Tarentaise. « Les dirigeants n’ont pas d’humeur. Comment vont-ils réagir s’ils n’ont plus de visibilité sur leurs prix au-delà de 2025 ? », il se demande.

« Dans les conditions actuelles, il est impossible de construire des politiques industrielles de long terme »

Lionel Chanut en est convaincu : cette crise doit faire prendre conscience de la nécessité de remettre en cause le fonctionnement du marché européen de l’énergie, responsable selon lui de cette inflation incontrôlée. « Le gouvernement augmente les aides de toutes sortes, mais ce sont des solutions à court terme accuse cet ancien technicien d’exploitation d’EDF au flux fulgurant qui luttait déjà contre l’ouverture du capital du premier producteur d’électricité d’Europe au début du siècle. Il faut s’attaquer à la cause du problème : la libéralisation du secteur, qui fragilise EDF et produit de la spéculation. » Un tract bleu et rouge que le syndicaliste distribue volontiers liste les propositions de la CGT pour relever ce défi : création de deux établissements publics à caractère industriel et commercial (Epic), l’un pour le gaz et l’autre pour l’électricité, afin de « permettre une réelle planification de la production en fonction des besoins »mise en place d’un mécanisme de régulation des prix, baisse de la TVA sur l’énergie à 5,5% (contre 20% aujourd’hui)…

« Dans les conditions actuelles, il est impossible de construire des politiques industrielles de long terme », insiste Lionel Chanut. Du côté de Ferropem à Montricher, Xavier Marmi est du même avis. Parmi les nombreux débouchés du silicium produit par son usine, il y a l’industrie photovoltaïque. « C’est un produit destiné à être développé dans le futur », souligne le cégétiste, qui craint que la France ne se tourne vers le marché asiatique pour importer du silicium si la production nationale devient insuffisante. Et d’ajouter : « Il n’y a aucun doute : pour que le groupe investisse dans des secteurs d’avenir comme celui-ci, il doit avoir accès à un prix réglementé de l’électricité sur le long terme. »


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Cammile Bussière

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