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En Chine, la chute des prix s’accélère à un rythme jamais vu depuis 14 ans

Pour le cinquième mois consécutif, l’indice des prix à la consommation (IPC), principal indicateur de l’inflation, a chuté. Il a ainsi baissé en janvier de -0,8% sur un an, contre -0,3% le mois précédent, a indiqué le Bureau national des statistiques (BNS) ce jeudi 8 février. Les analystes interrogés par l’agence Bloomberg anticipaient une baisse des prix pour janvier, mais moins prononcé (-0,5%).

Selon l’organisation, cette baisse s’explique en partie par le « base de comparaison élevée » depuis l’année derniere. La fête du Nouvel An lunaire, principal rassemblement familial de l’année et période de grande consommation, tombait en janvier. Mais cette année, elle a lieu en février, ce qui fausse la comparaison. Mais ce n’est pas la seule explication.

« Le principal frein à l’inflation reste les prix des produits alimentaires, qui ont chuté (en janvier) de -5,9% sur un an, le niveau le plus bas jamais enregistré », souligne Lynn Song, économiste spécialisée sur la Chine à la banque ING.

Cette baisse de janvier est en tout cas la baisse des prix la plus prononcée enregistrée par la Chine depuis le second semestre 2009, alors en pleine crise financière mondiale. Le pays a sombré dans la déflation en juillet dernier, pour la première fois depuis 2021. Après un bref rebond en août, les prix sont en baisse constante depuis septembre.

Pas de spirale déflationniste

Sur une base mensuelle cependant, l’indice des prix à la consommation en janvier a augmenté par rapport à décembre (+0,3%). Et sur l’ensemble de l’année 2023, l’inflation en Chine a augmenté en moyenne de +0,2 %. Ce qui montre que la Chine « n’est pas coincé dans une spirale déflationniste », dit Lynn Song.

Le spectre de la déflation menace l’économie chinoise

Même si une baisse des prix peut sembler une bonne chose pour le pouvoir d’achat, la déflation constitue en réalité une menace pour l’économie, car les consommateurs ont tendance à reporter leurs achats dans l’espoir de nouvelles baisses. Faute de demande, les entreprises sont alors contraintes de réduire leur production et d’accorder de nouvelles remises pour écouler leurs stocks. Cette situation, qui pèse sur leur rentabilité, les pousse à geler les embauches ou à licencier. Les économistes parlent d’une spirale néfaste car ce phénomène est un frein supplémentaire à la consommation.

Cette déflation dans la première puissance asiatique est en tout cas à l’inverse de la situation des principales économies, notamment occidentales. Dans ces pays, l’inflation persiste depuis des mois, entraînant une baisse du pouvoir d’achat d’une partie de leurs habitants. Dans la zone euro, il a atteint 2,8% en janvier sur un an (en baisse de 0,1 point par rapport à décembre) alors que la Banque centrale européenne (BCE) souhaite qu’il ne dépasse pas 2%. Objectif similaire aux Etats-Unis et non atteint là non plus : la hausse générale des prix a été de 3,4% en décembre, recommençant à augmenter (le chiffre de janvier n’est pas encore connu).

Mesures nécessaires

L’indice des prix à la production (IPP), qui mesure le coût des marchandises sortant des usines et donne un aperçu de la santé de l’économie, est également préoccupant. Il se contracte à nouveau en janvier (-2,5%), après déjà une baisse en décembre (-2,7). Il s’agit également de sa 16e baisse consécutive en autant de mois, selon la BNS. Sur l’ensemble de l’année 2023, il baisse de -3 %. Or, les prix de production dans le rouge sont synonymes de marges réduites pour les entreprises.

Chine : malgré une nouvelle baisse de l’activité manufacturière, le climat économique s’améliore

Ce n’est pas le seul indicateur des difficultés que traverse la Chine ces derniers mois. Le pays est confronté à une consommation atone, comme en témoignent la déflation mais aussi la crise du marché immobilier et le chômage des jeunes. À tel point qu’elle a enregistré en 2023 l’un des taux de croissance les plus faibles depuis trois décennies, selon les chiffres officiels. Si son produit intérieur brut (PIB) a néanmoins augmenté de 5,2% sur un an, la comparaison est faite avec 2022 où les restrictions contre le Covid-19 avaient fortement pénalisé l’activité. Entre le troisième et le quatrième trimestre, comparaison la plus précise de la situation économique, le rythme est bien plus modeste (+1%) pour le géant asiatique.

Chine « doit prendre des mesures rapides et énergiques pour éviter le risque d’un attentisme » parmi les consommateurs, affirme l’économiste Zhiwei Zhang, de Pinpoint Asset Management. Ce que le gouvernement a tenté de faire ces derniers mois en annonçant des mesures pour sauver son secteur immobilier, encore récemment avec l’octroi de nouveaux prêts dans les prochains jours. Aucun résultat pour l’instant.

L’avenir reste également sombre pour le pays : sa croissance économique devrait ralentir dans les années à venir selon le Fonds monétaire international (FMI). L’institution monétaire prévoit ainsi un PIB à 4,6% cette année pour la Chine puis à 3,5% d’ici 2028. Le gouvernement dévoilera son objectif en mars prochain.

(Avec l’AFP)