Les conseils municipaux de Saint-Denis et de Pierrefitte-sur-Seine voteront jeudi soir un projet de fusion qui, s’il est adopté, donnera naissance à une commune de 150 000 habitants.
Une ville de moins en Seine-Saint-Denis ? Les conseils municipaux de Saint-Denis et de Pierrefitte-sur-Seine voteront jeudi un projet de fusion qui, s’il est adopté, fera de la nouvelle commune la deuxième ville d’Île-de-France, avec près de 150 000 habitants. Les séances du conseil municipal débuteront simultanément à 18h00. Si les débats s’annoncent houleux en raison du rejet du projet par certains conseillers de l’opposition, les deux maires socialistes bénéficient de solides majorités qui les rendent confiants sur l’issue du vote.
À Saint-Denis, Mathieu Hanotin compte 45 élus sur 55 tandis que chez son voisin Pierrefitte, Michel Fourcade compte 26 élus PS sur les 39 que compte son conseil municipal. Le premier est à la tête de Saint-Denis depuis 2020, une fourmilière de 113 000 habitants, et le second achèvera son troisième mandat en mai 2026 à Pierrefitte, une commune plus calme mais tout aussi populaire de 31 000 âmes. Les deux édiles ont surpris en avril 2023 avec cette annonce de fusion qui ne figurait pas dans leur programme.
Ce processus, qui permettra au nouvel ensemble de se glisser entre Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine) et Paris en nombre d’habitants, est possible depuis une loi de 2010 enrichie d’autres textes, et encouragée par l’Etat. Il cible principalement les villages et les petites communes rurales d’un pays qui compte depuis longtemps plus de 36 000 communes, avec le risque de voir certaines d’entre elles sans gouvernance faute de candidats, et parfois au prix d’un mauvais service public rendu aux habitants. La fusion est votée en conseil municipal sans consultation obligatoire de la population, puis validée en préfecture.
Au 1er janvier 2024, la France métropolitaine compte 804 nouvelles communes, regroupant 2 575 communes, détaille l’Association des maires de France (AMF) sur son site Internet. Le mariage dans une grande ville est « atypique »concède Françoise Gatel, sénatrice centriste d’Ille-et-Vilaine à l’origine d’une loi en 2019 sur les communes nouvelles. « L’ADN initial est la réponse aux besoins d’efficacité des communes »estime Gatel, qui fut également maire de la nouvelle commune de Châteaugiron.
« Pas de plan social »
Suscitant l’agacement de l’opposition, qui y voit une manœuvre politique en vue des élections municipales de 2026, les maires de Saint-Denis et de Pierrefitte invoquent l’intérêt général, avec la promesse de plus grandes capacités d’investissement dans le futur. . Si le projet est adopté à la majorité dans les conseils municipaux jeudi soir, le 1er janvier 2025, un maire, Mathieu Hanotin, et un premier adjoint, Michel Fourcade, seront à la tête de la ville nouvelle de Saint-Denis jusqu’à les élections de 2026, le premier ayant déjà annoncé son intention de se représenter à ce scrutin. Aux yeux de l’opposition, le projet relève davantage d’une absorption que d’une fusion.
Pour répondre à l’épineuse question de l’identité, les maires ont indiqué qu’ils conserveraient la commune déléguée de Pierrefitte-sur-Seine et son code postal. Aux entrées de la ville, des panneaux doivent être écrits « Pierrefitte-sur-Seine, commune déléguée de Saint-Denis ». La mairie de Pierrefitte deviendra une mairie annexe où pourront se dérouler les mariages et les démarches d’état civil.
Pour les Pierrefittois, la fiscalité sera nettement allégée à l’avenir, après l’harmonisation avec la ville de Saint-Denis, avec des finances plus saines. Ils bénéficieront également de la cantine scolaire gratuite. Il n’y a pas « pas de plan social prévu »assure Mathieu Hanotin à propos des agents. « L’enjeu est de mutualiser : s’il y a des marges d’économies pour assurer le même service public, il faut le faire ».
Pour les élus, les changements seront en revanche plus évidents. Aujourd’hui, il y en a 94 en tout. Il devrait y en avoir une soixantaine après les prochaines élections municipales. Jusqu’à cette échéance, les deux conseils municipaux siégeront mais seul celui de Saint-Denis aura un véritable pouvoir de décision. Pour Farid Aid, président du groupe des élus communistes, LFI et citoyens à Pierrefitte, «Même les élus de la majorité voient qu’après, ce sera fini pour eux. Pierrefitte n’existera plus ».
Il veut un vote secret dans l’espoir de « saborder la fusion ». Habituellement, les délibérations ont lieu à main levée. Mathieu Hanotin voulait un vote du public «pour marquer la solennité du moment». Lors de l’appel de son nom, chaque conseiller municipal doit indiquer son vote.