dès le 17 janvier, la moitié de la surface du globe change officiellement de propriétaire

Imaginez une zone immense, couvrant la moitié de la surface de la Terre, où aucune loi sur la propriété ne s’applique réellement et où l’exploitation industrielle pourrait sévir sans responsabilité. Ce scénario, qui s’apparente à l’intrigue d’un film post-apocalyptique, était pourtant jusqu’à ce matin la réalité juridique de nos océans. Ce 17 janvier marque une date historique : l’entrée officielle en vigueur du « Traité de haute mer ». Pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, les eaux internationales ne sont plus une zone de non-droit, mais un patrimoine commun étroitement surveillé.
La fin de l’impunité offshore
Pour comprendre l’ampleur du changement, nous devons visualiser la carte politique des océans. Chaque pays côtier possède une zone économique exclusive (ZEE) qui s’étend jusqu’à 370 kilomètres de la côte (environ 230 milles). Dans cette ligne, l’État est souverain. Mais au-delà ? C’est le grand vide juridique.
Ces eaux internationales, ou « haute mer », représentent les deux tiers des océans et 50 % de la surface totale de la planète. Jusqu’à présent, cette immensité regorgeant de vie et de minéraux était gérée de manière fragmentée, souvent dominée par la loi du plus fort : ceux qui disposaient de la technologie pour pêcher, forer ou extraire pouvaient le faire presque sans entrave.
L’Accord sur la biodiversité au-delà des juridictions nationales (BBNJA) vient de mettre un terme à cette époque. Le processus s’est accéléré le 19 septembre, lorsque le Maroc est devenu le 60ème État à ratifier le texte, déclenchant un compte à rebours de 120 jours qui se termine précisément aujourd’hui. Le traité est désormais juridiquement contraignant pour les 81 pays qui l’ont ratifié.
Sanctuaires en pleine mer
La mesure phare de ce traité est la possibilité de créer des Aires Marines Protégées (AMP) en pleine mer. C’est une révolution pour la conservation. Jusqu’à présent, nous ne pouvions protéger que ce qui se trouvait à proximité des côtes.
Eliza Northrop, experte en droit de l’environnement, affirme que les gouvernements sont déjà en train de tracer les limites de ces futurs parcs nationaux océaniques. Des zones critiques pour la biodiversité sont déjà ciblées, comme la mer des Sargasses (une forêt flottante d’algues vitales pour les anguilles et les tortues) ou les crêtes de Nazca et Salas y Gómez, véritables autoroutes sous-marines pour la faune migratrice.
L’objectif est clair : offrir un bouclier juridique aux appétits industriels. Des scientifiques, comme Kirsten Grorud-Colvert, soulignent que sans ces protections, la surpêche et l’exploitation minière des fonds marins risquent de provoquer un effondrement irréversible de l’écosystème. Désormais, toute activité (pêche, forage) susceptible d’avoir un impact en haute mer devra faire l’objet d’une évaluation environnementale rigoureuse avant d’être autorisée.

La bataille pour l’ADN marin
Le traité ne gère pas seulement les poissons, il gère aussi les molécules. C’est l’aspect le plus futuriste de l’accord : le partage des ressources génétiques.
Les organismes des grands fonds, comme certaines éponges de mer ou bactéries extrémophiles, possèdent des propriétés uniques utilisées pour développer des médicaments anticancéreux ou des cosmétiques de luxe. Jusqu’à présent, c’était « premier arrivé, premier servi ». Seuls quelques pays riches et grandes sociétés pharmaceutiques avaient les moyens de récolter cet « or génétique » et d’en conserver tous les bénéfices.
Le traité instaure un mécanisme de justice : la haute mer étant déclarée « patrimoine commun de l’humanité », les bénéfices tirés de ces découvertes doivent être partagés équitablement, notamment avec les pays en développement.
Financement et absents notables
Pour faire respecter ces nouvelles règles, l’accord prévoyait trois sources de financement, dont un « fonds spécial » alimenté par les États membres et des contributions privées. C’est là le nœud du problème pour surveiller des zones aussi vastes.
Une ombre plane cependant sur ce tableau : si la Chine et l’Union européenne sont d’accord, de grandes puissances maritimes comme les États-Unis, le Royaume-Uni ou le Canada ont signé le texte mais ne l’ont pas encore ratifié. Pour que la police maritime soit réellement efficace, le soutien de ces géants sera indispensable dans les mois à venir. Le Far West est fermé, mais le shérif doit encore recruter.
Source | domain sciencepost.fr




