Jannah Theme License is not validated, Go to the theme options page to validate the license, You need a single license for each domain name.
Nouvelles du Canada

Des enfants déracinés à des centaines de kilomètres faute de familles d’accueil


La raison de ces nombreux déracinements : un manque sans précédent de familles d’accueil partout au Québec, qui se fait d’autant plus sentir dans les régions éloignées.

Lucille Rouillard est également présidente du Syndicat des jeunes travailleurs en résidence de l’Abitibi-Témiscamingue (SIMRE-AT). Selon elle, cette pénurie était pourtant prévisible.

 » Le manque est pire qu’il ne l’a jamais été. Les ressources actuelles vieillissent et il n’y a pas de renouvellement. Nous avons vu cela venir pendant des années. »

Une citation de Lucille Rouillard

La situation est la même pour tout le Québec, selon Geneviève Rioux, présidente de la Fédération des familles d’accueil et ressources intermédiaires du Québec (FFARIQ), qui compte huit comités régionaux.

Je suis en famille d’accueil depuis 17 ans et je n’ai jamais vu ça. Cependant, cela ne signifie pas que cela ne pourrait pas empirer. Nous devons absolument trouver un moyen de recruter plus de personnes et d’encourager les gens à rester plus longtemps en famille d’accueil.elle se dispute.

Régions les plus touchées

Dans une ville comme Laval, par exemple, si un enfant doit être placé, il peut être à 15 ou 20 minutes de sa famille et de sa communauté. En région, on voit de plus en plus d’enfants placés très loin de chez eux. C’est grave ce qui se passe en ce momentexplique Geneviève Rioux.

Geneviève Rioux, présidente de la Fédération des familles d’accueil et des ressources intermédiaires du Québec (FFARIQ).

Photo : Radio-Canada / David Dufresne-Denis

Par exemple, aucune place n’est actuellement disponible dans une famille d’accueil à Rouyn-Noranda.

Un enfant dans le besoin n’aurait donc d’autre choix que d’être déplacé vers Amos, Senneterre, Ville-Marie, La Sarre ou Val-d’Or, là où se trouvent les dernières places disponibles en Abitibi-Témiscamingue. Ces villes sont toutes à plus d’une heure de route de Rouyn-Noranda.

Dans le cas de Lucille Rouillard, sa famille d’accueil héberge depuis longtemps des enfants de partout en Abitibi-Témiscamingue. Une situation loin d’être idéale, selon elle.

Mme Rouillard et son conjoint s’occupent actuellement d’un enfant qui relève du bureau du Centre jeunesse de l’Abitibi-Témiscamingue à Ville-Marie, deux du bureau de La Sarre et un du bureau de Lebel-sur-Quévillon.

Ils ont été déracinés faute de places. Ils sont déplacés vers d’autres villes, alors ils changent d’école. Avant que nous parvenions à les intégrer dans la nouvelle école, ils peuvent passer des semaines sans école. Pour les plus jeunes c’est pareil avec la garderiesouligne Lucille Rouillard.

Le déplacement des enfants entraîne également certaines complications au niveau des suivis médicaux, entre autres.

Les enfants qui ont des suivis avec des professionnels pour des problèmes de santé mentale, par exemple, devront faire des allers-retours avec un porteur pour se rendre à un rendez-vous. C’est plusieurs heures de route, quand c’est déjà difficile d’aller à ces rendez-voussouligne Mme Rouillard.

Les frais associés au transport sont presque toujours assumés par les familles d’accueil, selon le président de la SIMRE-AT.

Quand mon enfant a un rendez-vous à deux heures de chez moi et que je ne trouve pas de baby-sitter pour surveiller les autres pendant que je suis sur la route, ils doivent tous me suivre à l’aller et au retour. Nous supportons donc les coûts en temps et en argentdit Lucille Rouillard.

Mouvements douloureux

Lorsqu’un enfant est placé dans un milieu de vie alternatif, la Loi sur la protection de la jeunesse prévoit le maintien de contacts avec des personnes qui lui sont chères, pourvu que ces contacts soient dans l’intérêt de l’enfant.

Ceci est donc particulièrement difficile lorsque la famille biologique se trouve à plusieurs centaines de kilomètres du nouveau domicile de l’enfant.

Selon Judy-Ann Connelly, professeure en psychoéducation à l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue (UQAT), cet éloignement n’est pas sans conséquences.

    Judy-Ann Connelly en entrevue avec Radio-Canada.

Pour Judy-Ann Connelly, outre les difficultés liées aux changements d’environnement et aux déplacements, le manque criant de familles d’accueil éloigne les enfants de leurs repères.

Photo : Radio-Canada / Mathieu Ouellette

Il a été démontré qu’avoir des contacts réguliers avec la famille biologique peut favoriser le développement d’un lien d’attachement avec la famille d’accueil. Elle permettra également de maintenir, voire d’améliorer, la situation entre l’enfant et sa famille biologique. Ainsi, nous comprenons que cela l’aide à retourner éventuellement dans son environnement d’origine.explique Judy-Ann Connelly.

Pour la professeure, les déplacements subis par les enfants dans les régions du Québec sont particulièrement préoccupants, évoquant de potentiels dommages psychologiques.

 » Ce sont des enfants qui ont vécu des situations difficiles. Ils sont plus vulnérables en matière d’attachement et d’adaptation. »

Une citation de Judy Ann Connelly

Les modèles que nous développons dans notre enfance affectent notre adolescence et notre vie d’adulte. La stabilité est très importante et un enfant qui est déraciné comme ça, souvent déplacé plusieurs fois, c’est sûr que ça a des impactsdit le professeur.

Selon Judy-Ann Connelly, des troubles intériorisés, tels que la dépression, l’anxiété et des problèmes d’opposition, pourraient se développer à long terme en raison d’un manque de stabilité et de contact avec l’environnement d’origine de l’enfant.

Les raisons du manque de familles d’accueil

La FFARIQ soulève cette question depuis plusieurs années. Pour Geneviève Rioux, les départs précipités des familles d’accueil vers la retraite et les difficultés de recrutement n’ont rien d’étonnant.

Les gens sont épuisés et cela devient trop compliqué. Moi-même, en tant que président du syndicat, je vous dirais que si je devais repartir, je ne serais peut-être pas devenu une famille d’accueil. Je ne le regrette pas, mais c’est vraiment difficile d’encourager les gens en ce momentelle dit.

Le manque de soutien des établissements de placement, une distance de plus en plus marquée entre les ressources, les enjeux de rémunération et une bureaucratisation de la vocation sont parmi les causes identifiées par Geneviève Rioux.

Nous nous retrouvons avec un manque de travailleurs familiaux pour nous aider à répondre aux besoins particuliers des enfants. Présentement, dans les Laurentides, il n’y a qu’un seul stagiaire qui gère les rapports. C’est très grave. Nous nous retrouvons avec des responsabilités bien trop importantes et nous sommes impuissants par rapport à cela.explique le président de la FFARIQ.

Lucille Rouillard en entrevue avec Radio-Canada dans sa salle à manger.

Lucille Rouillard est présidente du Syndicat des jeunes travailleuses en résidence de l’Abitibi-Témiscamingue.

Photo : Radio-Canada / Mélanie Picard

Lucille Rouillard est d’accord. Pour elle, les familles d’accueil ne sont pas suffisamment outillées pour répondre aux besoins des enfants, notamment financièrement.

Actuellement, la rémunération des familles d’accueil est calculée en fonction des besoins de l’enfant accueilli, classés sur une échelle de six niveaux. Plus les besoins sont grands, plus la rémunération est élevée.

 » Cela a un effet pervers. Si la famille réussit à améliorer ou à corriger un comportement, comme l’automutilation par exemple, sa rémunération baissera ! »

Une citation de Lucille Rouillard

Pour un enfant ayant de faibles besoins spéciaux, niveau un, le salaire est d’environ 44 $ par jour. La majorité des enfants en famille d’accueil se situent à ce niveau.

La Loi sur la protection de la jeunesse prévoit également une compensation de 12 dollars par jour pour la nourriture et les produits d’hygiène. Un montant qui, selon Lucille Rouillard, est loin d’être suffisant.

A cela s’ajoute la lourdeur administrative, sous forme de suivi des plans d’intervention et de demandes d’autorisations diverses.

Avant, on nous demandait d’être de bons parents. Maintenant, on a des plans à respecter, on a de la comptabilité à faire. C’est devenu vraiment bureaucratique. C’est tellement lourd que même moi je ferme tranquillement mes placesse lamente Lucille Rouillard.

Ces enjeux poussent de nombreuses familles d’accueil vers la retraite anticipée, en plus de décourager les familles qui songent à ouvrir leurs portes à des enfants dans le besoin.

Un problème connu des services sociaux

Sylvie Richard, chef de service à la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) en Abitibi-Témiscamingue, reconnaît qu’il est de plus en plus difficile de placer les enfants dans leur communauté.

Le placement en famille d’accueil est déjà majeur, mais changer de MRC aggrave définitivement la situation. Cela signifie une nouvelle école et un nouveau réseau d’amis. Donc c’est sûr que c’est loin d’être idéal.elle observe.

Cependant, selon Sylvie Richard, la cause du manque de familles d’accueil est plus le manque d’information que la lourdeur administrative, par exemple.

 » Je pense que c’est avant tout pour démystifier la vocation et mieux informer la population. »

Une citation de Sylvie Richard

Il y a plusieurs intervenants qui gravitent autour des familles d’accueil et parfois cela peut prêter à confusion. Bien sûr, mieux informer nos ressources peut déjà aiderElle ajoute.

En attendant, un constat s’impose aux syndicats : les déracinements sont plus fréquents que jamais, les familles d’accueil quittent le navire plus tôt et les recrutements tardent à venir.

Le ministre chargé des services sociaux, Lionel Carmant, a décliné notre demande d’interview.

Pour la professeure Judy-Ann Connelly, ce sont les enfants qui se retrouvent au centre de ce casse-tête et qui en subissent les conséquences.

canada-ici

Toutes les actualités du site n'expriment pas le point de vue du site, mais nous transmettons cette actualité automatiquement et la traduisons grâce à une technologie programmatique sur le site et non à partir d'un éditeur humain.

Jewel Beaujolie

I am a fashion designer in the past and I currently write in the fields of fashion, cosmetics, body care and women in general. I am interested in family matters and everything related to maternal, child and family health.
Bouton retour en haut de la page