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Déchets dangereux du monde entier brûlés à la fonderie Horne |  Arsenic Rouyn-Noranda


Parmi les fournisseurs de déchets de la fonderie figure la société russe Nornickel, qui a très mauvaise réputation depuis un épisode de pollution qui a rendu rouge sang une rivière arctique en 2020. Cette même année, la société russe a transporté 8 193 tonnes de boues et de résidus contenant des métaux vers le Usine de Rouyn-Noranda.

La société russe Nornickel a envoyé 9 320 tonnes de boues et de résidus chargés de métaux, classés comme matières dangereuses, à la fonderie Horne en 2020 et 2021.

Photo: AFP / IRINA YARINSKAYA

Selon une liste de matières dangereuses résiduelles envoyés par la Fonderie Horne au ministère de l’Environnement du Québec, ces déchets sont codés E03-9.0-Sce qui signifie qu’ils pourraient être contaminés par des BPC, un produit chimique synthétique persistant dans l’environnement.

En 2020, près de 3000 autres tonnes du même type de déchets sont également arrivées de Moscou. Selon nos informations, ces boues et résidus contenaient 14 % de plomb.

La multinationale suisse Glencore, propriétaire de la fonderie, affirme que toutes ses importations en provenance de Russie ont cessé depuis plusieurs mois. Mais plusieurs autres pays approvisionnent l’usine de Rouyn-Noranda.

On constate qu’au cours des cinq années de 2017 à 2020, la fonderie a reçu 155 000 tonnes de matières dangereuses des États-Unis, 81 000 du Canada et 100 000 du reste du monde.

Les déchets recyclés correspondent à près de 15 % des intrants de la production de la Fonderie Horne.

L’entreprise explique que son les opérations extraient la valeur de toutes les entrées reçues.

Ces déchets sont en effet intégrés au réacteur de fonderie avec les autres concentrés des mines. Le tout est chauffé à 1250 degrés pour en extraire le cuivre et les métaux précieux.

Déchets dangereux du monde entier brûlés à la fonderie Horne |  Arsenic Rouyn-Noranda

Le concentré et les matériaux recyclés sont fondus dans le réacteur de la fonderie Horne.

Photo : Youtube/Fonderie Horne

Le modèle commercial de Horne dépend de plus en plus des intrants étrangers à la suite des fermetures de mines de cuivre nord-américainesexplique le porte-parole de Glencore, Alexis Segal. Nous visons donc à traiter autant de produits recyclés que possible et à traiter tous les concentrés de cuivre disponibles.

 » Nous ne prévoyons pas de changer le modèle d’affaires. »

Une citation de Alexis Segal, porte-parole de la Fonderie Horne

Au contraire, l’entreprise souhaite augmenter la part des matériaux recyclés dans [son] traiter.

Une multitude de déchets

Parmi la multitude de déchets recyclés à la Fonderie, la liste que nous avons obtenue montre la présence de résidus d’usinage, de déchets d’eaux usées, de ferraille et même de charbon contaminé au cyanure.

Les citoyens s’inquiètent de vivre à proximité la poubelle du monde

Nos révélations jeter la porte-parole du comité citoyen Arrêt des rejets et émissions toxiques de Rouyn-Noranda (ARET), Nicole Desgagnés. C’est au-delà de tout ce que vous pourriez imaginerelle réagit.

 » Nous n’avons jamais pensé que nous servions de poubelle au monde, c’est incroyable. »

Une citation de Nicole Desgagnés, porte-parole du Comité d’arrêt des rejets et émissions toxiques de Rouyn-Noranda (ARET)

L’arsenic et le cadmium rejetés par la Fonderie Horne ont récemment été identifiés comme la cause d’un excès de cancer du poumon à Rouyn-Noranda.

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SIMS M+R GMBH en Allemagne fournit à la fonderie Horne des ferrailles à recycler.

Photo : Youtube/SIMS Bergkamen Recycling Solutions

Une pratique autorisée par le Québec

Le gouvernement du Québec a accordé une autorisation à la Fonderie Horne pour l’utilisation de déchets contenant des métaux, y compris les déchets dangereux, dans le processus de fusion.

Le certificat de décontamination signé par le Ministère de l’Environnement indique que les déchets utilisés comme matière première dans le procédé doivent être utilisés pour leur teneur en cuivre et/ou métaux précieux . Glencore garantit le respect de cette clause.

Déchet des uns, trésor des autres

Il est évaluation des déchets, explique le professeur de métallurgie extractive des éléments critiques et stratégiques, à l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue (UQAT), Jean-François Boulanger. Tant qu’il y a du cuivre à l’intérieur, ils peuvent être intéressés. Les impératifs économiques dicteront.

 » Les déchets d’un homme peuvent être le trésor d’un autre. »

Une citation de Jean-François Boulanger, professeur de métallurgie extractive des éléments critiques et stratégiques à l’UQAT

Il explique que plus les intrants sont contaminés, plus le client doit payer une pénalité à la Fonderie Horne. Ce sont des revenus supplémentaires pour l’exploitant de la fonderie, mais il doit gérer les problèmes qui en découlent, qu’ils soient opérationnels ou environnementaux.

Cela ne rassure pas Nicole Desgagnés : Je veux croire que ça leur rapporte, mais tout ce qui reste, tout ce dont ils n’ont pas besoin, ça va où ? Est-il enterré ? Ça monte dans les airs ? Dans l’eau?

Déchets dangereux du monde entier brûlés à la fonderie Horne |  Arsenic Rouyn-Noranda

L’entreprise fournit Sim Green Srl fournit à la Fonderie Horne des ferrailles chargées de métal.

Photo : Augusto Cucchiarini/Google

Chercheur de l’Université McGill spécialisé en minéralurgie et métallurgie, Philippe Ouzilleau relativise la notion de matières dangereuses : D’après mon expérience, tout ce qui n’est pas de l’eau peut être considéré comme dangereux..

Le recyclage du cuivre, et donc des métaux précieux, émet jusqu’à 80 % moins de carbone que la production de cuivre à partir de l’exploitation minièredit Glencore.

Selon le professeur au département de génie chimique de Polytechnique Montréal Patrice Chartrand, la valorisation des déchets industriels est bon dans l’aspect du développement durable.

 » Même si pour le moment, la Fonderie Horne ne dispose pas de la meilleure presse, elle a un rôle de recyclage important […]. Ça ne veut pas dire qu’il ne peut pas y avoir d’effluents, de pertes, de choses qui sortent et qui peuvent être nocives. »

Une citation de Patrice Chartrand, professeur au département de génie chimique de Polytechnique Montréal

Des chercheurs ont récemment découvert de nouveaux contaminants dans l’environnement de Rouyn-Noranda, des terres rares provenant de la combustion d’appareils électroniques, qui ne font l’objet d’aucun contrôle et d’aucune norme.

Jusqu’à 20% d’arsenic dans ces déchets

En plus des listes de matières dangereuses reçues, nous avons également obtenu une liste de clients non identifiés de la Fonderie Horne et la concentration en métaux lourds des produits qu’ils fournissaient.

En 2020, 44 clients au total ont livré l’ensemble des 700 000 tonnes de concentrés et de sous-produits métallurgiques traités par la fonderie.

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La société allemande BERNHARD WESTARP GMBH & CO. KG fournit la fonderie Horne.

Photo : BERNHARD WESTARP GMBH & CO. KG

Alors que la plupart des matériaux fournis contiennent moins de 1 % d’arsenic, des concentrations beaucoup plus élevées sont trouvées, jusqu’à 19,6 %.

À titre de comparaison, la Chine interdit l’importation de concentrés de cuivre contenant plus de 0,5 % d’arsenic. Mais le Canada et le Québec ne légifèrent pas dans ce domaine.

Selon la firme McKinsey & Compagnieseulement cinq fonderies dans le monde traitent des concentrés à forte teneur en arsenic : la fonderie de Rouyn-Noranda, une en Namibie, une en Chine et deux au Chili (dont celle d’Alto Norte, qui appartient aussi à Glencore).

Déchets hautement contaminés provenant d’autres usines de Glencore

En croisant les données des deux documents que nous avons obtenus, nous avons pu identifier certains clients et la concentration de métaux lourds dans leurs produits.

Ainsi, les intrants chargés à 19,6 % d’arsenic étaient des matières dangereuses provenant d’une adresse de Glencore à Toronto.

Le deuxième plus concentré, à 3,9 %, était à nouveau les matières dangereuses, cette fois de Glencore en Russie.

Déchets dangereux du monde entier brûlés à la fonderie Horne |  Arsenic Rouyn-Noranda

Les matières dangereuses recyclables sont entreposées dans la partie est du site industriel.

Photo : Radio-Canada / Thomas Gerbet

S’il vient de Glencore lui-même, il met en place une solution potentiellecroit Nicole Desgagnés, de la ARET. Ce n’est pas comme un contrat que vous devez rompre avec une entreprise à l’étranger.

 » Si ce sont eux, il y a peut-être un moyen de mettre cela en attente jusqu’à ce que Glencore apporte les améliorations qu’ils prétendent pouvoir apporter. On pourrait au moins réduire énormément les rejets. »

Une citation de Nicole Desgagnés, porte-parole du Comité d’arrêt des rejets et émissions toxiques de Rouyn-Noranda (ARET)

En 2020, 52 % de l’arsenic envoyé à la fonderie Horne provenait de trois clients, dont Glencore lui-même.

Réduire l’arsenic à la source ?

Si on réduisait à la source, cela aurait un effet positif sur tout ce dont on entend parler [la pollution]concède Jean-François Boulanger, duUQAT, mais cela rapporterait moins à la fonderie de traiter des matières vertes.

D’autant que les matières vertes se font de plus en plus rares sur le marché mondial. Les mines de cuivre fournissent, mais il y a des problèmes d’approvisionnementil a dit.

Déchets dangereux du monde entier brûlés à la fonderie Horne |  Arsenic Rouyn-Noranda

La société française SOVAMEP collecte les déchets métalliques, notamment issus du démantèlement des équipements et des usines. Il alimente la fonderie Horne.

Photo: SOVAMEP

Quand on parle d’électrification des véhicules, et de toute notre société, cela va prendre d’énormes quantités de cuivre. Les gens s’attendent à ce que nous manquions de cuivreexplique Jean-François Boulanger. Ce cuivre doit provenir de mines et les mines qui produisent des concentrés propres ou verts sont de plus en plus rares.

Le professeur Chartrand de Polytechnique est d’accord. Il estime que les concentrés transformés sur le marché mondial contiennent de plus en plus d’arsenic.

 » Ils auront de moins en moins accès à des concentrés de qualité comme à peu près tout le monde. C’est un facteur global, pas seulement le Horne »

Une citation de Patrice Chartrand, professeur au département de génie chimique de Polytechnique Montréal

Patrice Chartrand ajoute que même si l’arsenic a mauvaise réputation, il a une valeur technologiquement significative. Pour des raisons chimiques, c’est bien d’avoir quelques grammes d’arsenic par litre, ça permet d’avoir un taux de production plus élevé.

Déchets dangereux du monde entier brûlés à la fonderie Horne |  Arsenic Rouyn-Noranda

Les trains arrivent et partent de la fonderie Horne.

Photo : Radio-Canada / Thomas Gerbet

Autrement, les concentrés à haute concentration en arsenic ne sont pas alimentés tels quels, ils seront mélangésexplique Glencore, dans l’ordre, avoir une concentration en arsenic toujours la même.

Cependant, cela n’empêche pas la Fonderie Horne de relâcher davantage d’arsenic dans l’atmosphère de Rouyn-Noranda d’une année à l’autre. En 2021, les sorties ont plus que doublé par rapport à l’année précédente.

Glencore affirme que ces données, qu’elle a elle-même communiquées au gouvernement fédéral, sont exagérées. Un audit est en cours par le ministère canadien de l’Environnement.

Parallèlement, le ministère de l’Environnement du Québec négocie l’établissement d’un nouveau plafond d’émission. A partir de 100 nanogrammes par mètre cube (ng/m3) dans l’air, actuellement autorisé, la Fonderie pourrait être amenée à respecter une limite bien inférieure d’ici cinq ans.

En février, Glencore a déclaré qu’il pourrait atteindre, au mieux, 20 ng/m3mais la pression populaire et politique a poussé l’entreprise à annoncer un investissement supplémentaire pour moderniser ses installations et réduire davantage sa pollution, afin de se rapprocher le plus possible de la norme québécoise de 3 ng/m3.

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