Comment Novo Nordisk compte sur la version orale de son médicament anti-obésité pour se remettre sur les rails en Bourse

(BFM Bourse) – Le laboratoire pharmaceutique danois a récemment lancé la commercialisation de la version orale de son médicament anti-obésité aux Etats-Unis. Ce nouveau mode d’administration, moins invasif que la version injectable, devrait redessiner les contours de cet important marché.
Novo Nordisk marque des points dans la lutte qu’elle mène avec ses concurrents pour dominer l’immense marché des traitements anti-obésité. Le laboratoire pharmaceutique danois a lancé lundi 5 janvier la version orale (un comprimé) de son médicament phare anti-obésité Wegovy baptisé « Wegovy pill ».
Ces comprimés à prendre une fois par jour sont disponibles en différents dosages. Le coût du traitement de Novo Nordisk varie de 149 $ à 299 $ par mois selon la posologie, soit environ une centaine de dollars de moins que sa version injectable populaire Ozempic pour les personnes qui paient en espèces.
Bon début d’année boursière pour Novo Nordisk
Novo Nordisk a également indiqué que Wegovy Pill sera largement disponible via plus de 70 000 pharmacies (CVS, Costco), des plateformes de télémédecine (Ro, LifeMD, Weight Watchers) ainsi que des canaux directs tels que NovoCare Pharmacy et GoodRx.
“Cette initiative s’inscrit dans un contexte de pression accrue sur le coût des traitements anti-obésité et reflète un compromis assumé entre accessibilité et maintien d’une rentabilité attractive”, explique Allinvest Securities dans une note publiée début janvier.
Dans ce monde ultra-compétitif, Novo Nordisk entend défendre ses parts de marché, fortement érodées par ses concurrents, au premier rang desquels l’Américain Eli Lilly. Le laboratoire pharmaceutique a choisi de contourner les pharmacies traditionnelles et les Pharmacy Benefit Managers (PBM), afin de reprendre le contrôle de la relation patient, réduire les frictions d’accès et capter une plus grande part de la valeur, détaille le bureau d’études.
“Ce modèle de vente directe, encore marginal en pharma, pourrait progressivement s’étendre à certaines classes thérapeutiques à fort volume et à usage chronique, notamment lorsque la pression politique sur les prix s’intensifiera. En tout cas, cet effort de pénétration ciblé du marché aux Etats-Unis a été salué par les marchés, le titre ayant augmenté de +5% à l’annonce de ce nouveau modèle de distribution”, note Allinvest Securities.
En effet, les investisseurs ont salué cette progression puisque l’action Novo Nordisk a gagné près de 18% depuis le début de l’année. Le groupe danois espère tourner le dos à une année boursière particulièrement difficile en 2025, avec des actions qui ont perdu près de 50% l’an dernier.
Novo Nordisk a en effet abaissé à quatre reprises ses objectifs pour 2025, souffrant de la concurrence des traitements anti-obésité aux Etats-Unis de son rival américain Eli Lilly, comme Zepbound.
Mais l’année 2026 s’annonce meilleure pour Novo Nordisk. Dans une note publiée vendredi, les analystes de TD Cowen cités par CNBC ont qualifié le lancement commercial de la première pilule amaigrissante au monde de « bon début ». Cependant, ils ont prévenu “qu’une seule donnée ne suffit pas pour établir une tendance”.
Selon les cabinets IQVIA et Symphony, entre 3 100 et 4 290 prescriptions ont été enregistrées lors de la première semaine de commercialisation, un chiffre supérieur à celui observé lors du lancement de Zepbound, autour de 1 300 prescriptions.
Une évolution structurelle du marché
Allinvest Securities souligne également que cette approche de vente directe permet à Novo Nordisk de défendre ses parts de marché face aux initiatives tarifaires d’acteurs comme Eli Lilly, tout en élargissant la base de patients éligibles grâce à une version orale plus acceptable pour certains profils, là où la version injectable peut rebuter certains patients.
“A l’occasion de la conférence santé de JPMorgan, les interventions successives d’Eli Lilly, Novo Nordisk et Astrazeneca confirment notamment que la lutte contre l’obésité entre dans une nouvelle phase stratégique, où la différenciation ne reposera plus uniquement sur l’efficacité clinique mais de plus en plus sur les modes d’administration, le confort du patient, la durée d’action et la capacité industrielle à grande échelle”, note le bureau d’études.
“Beaucoup de gens n’ont jamais essayé ces médicaments GLP-1 et attendent peut-être que les comprimés arrivent sur le marché”, a déclaré à CNBC le Dr Eduardo Grunvald, directeur médical du Centre de santé pour la gestion avancée du poids de l’Université de Californie à San Diego.
« Deuxièmement, si vous devez payer de votre poche, les comprimés seront un peu moins chers que les injections, ce qui est une autre raison », a-t-il expliqué.
C’est pourtant cette version injectable des médicaments anti-obésité qui a fait naître cette nouvelle tendance dans le paysage boursier, en 2023, au même titre que l’intelligence artificielle (IA) générative. Avec Novo Nordisk à la pointe de cette nouvelle tendance, une domination qui lui a même permis de régner jusqu’au début 2025, à la première place parmi les plus grandes capitalisations boursières d’Europe.
Son plus proche rival, Eli Lilly, reste dans le sillage du laboratoire danois mais n’a pas encore commercialisé son propre traitement oral. Le mois dernier, le groupe américain a livré des essais cliniques positifs de phase III (dernière étape avant commercialisation) évaluant Orforglipron, sa pilule anti-obésité. Le candidat médicament est actuellement en cours d’examen par la FDA.
Citi Bank a estimé en décembre qu’Orforglipron devrait être agréé par les autorités sanitaires au deuxième trimestre 2026 avant de générer un chiffre d’affaires de 1,8 milliard de dollars la première année et de plus de 40 milliards de dollars au-delà de 2030.
La pilule d’Eli Lilly n’est certes pas encore commercialisée, mais elle est jugée plus pratique que celle de son rival danois car elle ne nécessite pas les restrictions alimentaires drastiques imposées par celle de Novo Nordisk (prise à jeun avec peu d’eau).
Le patron de Novo Nordisk, Mike Doustdar, a déclaré à CNBC que la restriction n’avait pas posé de problème à plus d’un million de personnes qui prenaient la version à faible dose de sa pilule contre le diabète, commercialisée sous le nom de Rybelsus, qui est arrivée sur le marché en 2019.
D’autres laboratoires attendent, comme Pfizer, AstraZeneca et Viking Therapeutics, qui développent également un traitement oral contre l’obésité. Structure Therapeutics développe également sa version orale, qui entrera en phase III (dernière étape avant une potentielle commercialisation, NDLR) des essais cliniques plus tard cette année.
Début décembre, le titre de Structure s’est envolé de plus de 100% après la publication de données intermédiaires montrant que son comprimé, l’aleniglipron, avait aidé les patients obèses à perdre plus de 11% de leur poids en 36 semaines, après ajustement au placebo.
Les données de sécurité, c’est-à-dire la manière dont les patients ont toléré le traitement de Structure, semblaient en revanche moins bonnes que celles du comprimé d’Eli Lilly.
Les perspectives sont donc prometteuses. À plus long terme, Novo Nordisk anticipe un changement structurel sur le marché des médicaments contre l’obésité, sur lequel les comprimés GLP-1 pourraient représenter plus d’un tiers des ventes totales d’ici 2030, explique Alinvest Securities.
Cette prévision illustre, selon le bureau d’études, la transition galénique (pharmaceutique ou médicinale) en cours et l’importance croissante de l’oral dans ce domaine thérapeutique.
Sabrina Sadgui – ©2026 BFM Bourse
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