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Comment les stades de football sont-ils devenus sécurisés, bourgeois et standardisés ?


Dans le travail collectif le Grand Footoir. Les dérives du foot expliquées en 15 matches, Sous la direction de Mickaël Correia et Sébastien Thibault (Solar), le documentaliste et auteur François Michel porte un regard critique et éclairant sur les stades modernes, symboles des évolutions du sport le plus populaire.

Votre chapitre « Le football au stade zéro » interroge ce que la récente transformation des stades dit de notre époque. En quoi cela incarne-t-il les excès du ballon rond ?

A partir des années 1990, les stades de football européens ont concentré un certain nombre d’évolutions assez représentatives de l’évolution du « sport roi », et que l’on pourrait résumer de manière un peu caricaturale en trois blocs : sécurité, gentrification, standardisation.

La plupart des décisions ont été prises au nom de la sécurité publique à la suite de véritables drames, notamment celui de Hillsborough en 1989 – 97 supporters de Liverpool ont été écrasés ou étouffés par la foule. Ces catastrophes ont souvent servi de prétexte pour tenir un discours généralisant attribuant la responsabilité aux seuls supporters et non, par exemple, à une gestion policière déficiente.

La solution britannique consistait à supprimer les « zones debout » incriminées dans les mouvements de foule, qui étaient aussi les endroits les moins chers. Dès lors, une hausse considérable des prix s’est opérée parallèlement à la recherche d’un nouveau public, plus familial, plus aisé et potentiellement plus consommateur.

Ainsi, le fait d’adosser une marque au nom des stades (naming) est devenu une norme. Comment jugez-vous cette transformation totalisante ?

C’est peut-être l’exemple le plus caricatural de vénalité de club. Pour Marseille, attacher le nom d’un stade aussi emblématique que le Vélodrome au nom d’une entreprise (Orange – NDLR) équivaut à vendre une partie de son âme.

Lisez notre série sur les stades légendaires

On ne s’y trompe pas, puisque ces nouveaux noms ne sont pas utilisés par les supporters au quotidien. Au-delà de proposer aux marques des panneaux publicitaires géants, c’est l’appropriation d’un patrimoine commun.

En France, la généralisation des stades modernes a eu lieu à l’Euro 2016. Aujourd’hui, peut-on parler d’échec en termes de considération du public populaire et du patrimoine hérité des anciens stades ?

Les logiques qui priment lors de leur conception ne sont souvent possibles que dans des zones urbaines moins tendues, et donc plus difficiles d’accès. A Lyon, on est passé de Gerland, « encastré » dans l’espace urbain, portant le nom du quartier qui l’entoure, à un stade champignon installé en périphérie de la ville.

Les stades construits pour l’Euro 2016 (Bordeaux, Lille, Nice) se distinguent par leur uniformité. Ils représentaient souvent un coût considérable pour les contribuables, puisqu’il s’agissait principalement de « partenariats public-privé ».

Il est difficile de déterminer à partir de quand un projet de ce type devient « rentable » pour un territoire, mais on constate que ces stades étaient souvent surdimensionnés et sont rarement complets. Le patrimoine architectural des anciens stades est souvent absent des considérations.

Ces projets s’inscrivent souvent dans des logiques urbaines et logistiques. En quoi celui du Nîmes Olympique, prévu pour les prochaines années, symbolise-t-il votre réflexion ?

Le projet du stade Nemausus, porté par Rani Assaf, est en effet assez représentatif d’un certain nombre d’écueils évoqués dans le livre. Rani Assaf entend détruire l’actuel stade des Costières pour reconstruire au même endroit, mais en ajoutant un quartier avec des commerces, des équipements sportifs, des logements.

Le projet comprend même des restaurants panoramiques de style bodegas dans les coursives du stade et des chambres d’hôtel avec vue sur le terrain. Le football n’est plus le centre d’attention, mais plutôt une toile de fond. L’ensemble de ce projet architectural et urbanistique semble finalement ne prendre le « sportif », pour paraphraser Rani Assaf, que comme prétexte.

Verticalement, il a augmenté le prix des places et supprimé les abonnements. Il mène une guerre personnelle contre les Gladiators, le principal groupe de supporters du club. Dans ce contexte plombé, le club a quitté son stade historique pour un stade de transition et connaît les pires affluences de son histoire, sans que le président semble vouloir se remettre en question.

Les équipements du groupe ultra Gladiators sont même interdits chez eux. Êtes-vous d’accord avec ceux qui soutiennent que le mouvement ultra représente le syndicalisme du football ?

L’expression de Sébastien Louis qualifiant les ultras de « les syndicalistes du football populaire » me semble très juste. Nous en avons la preuve au quotidien : les groupes ultras font des revendications opposées aux tendances lourdes du foot business.

Leur fonctionnement met en avant la notion de groupe, de collectif, là où la logique marchande ne voit qu’une addition d’individus consommateurs susceptibles de dépenser de l’argent. L’approche collective et la légitimité conférée par l’importance des groupes ultras dans l’animation du stade donnent plus de poids à leur parole. Il faut noter que cette lutte peut parfois coûter cher aux intéressés, tant les restrictions de liberté sont nombreuses et récurrentes.

Quelle marge de manœuvre pour les supporters attachés à l’expérience stade ?

C’est peut-être la seule question qui doit être posée aujourd’hui. L’exemple de Nîmes prouve que des dirigeants peuvent entraver la liberté de supporter même dans des clubs d’importance moyenne à l’échelle nationale. Il est donc urgent de réfléchir collectivement aux moyens d’organiser une réponse.

Des initiatives comme celle du Collectif nantais me paraissent intéressantes à décliner afin d’imaginer des contre-pouvoirs susceptibles de limiter le pouvoir de nuisance de certains dirigeants.

Le cas du SC Bastia, revenu au niveau amateur il y a quelques années, et où les supporters sont devenus actionnaires d’une part du capital du club, me semble être un modèle vertueux. A terme, ne pourrait-on pas imaginer une version française des « socios » espagnols ? En tout cas, il semble évident que la solution passera principalement par l’action collective.


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Cammile Bussière

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