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Divertissement

comment le rappeur est devenu le meilleur observateur de son temps

Retour aux sources. Loin des tours de béton de la banlieue parisienne ou des calanques de Marseille, le rap d’Orelsan est ancré dans la grisaille du ciel normand. Né à Caen, élevé à Alençon par un père directeur de collège et une mère enseignante, Aurélien est un enfant de la « diagonale du vide », cette France périphérique où le temps semble s’étirer plus qu’ailleurs.

Orelsan en concert à l'Arkea Arena de Bordeaux-Floirac en 2022.


Orelsan en concert à l’Arkea Arena de Bordeaux-Floirac en 2022.

Fabien Cottereau / SUD OUEST

Liberté de ton

Cet ennui, visqueux et indolore, a longtemps servi de carburant à son écriture : avec Les Casseurs Flowters, son duo avec Gringe, il a sublimé la procrastination. Dans leur rap (trois albums, entre 2003 et 2015) comme dans la série de formats courts “Blocked” (co-écrit avec Kyan Khojandi) ou au cinéma (“How far is it”), pas de clichés de combat en mode gangsta rap, mais de vaines blagues sur le sexe ou le flirt, et des discussions sur qui se lèvera du canapé pour récupérer la télécommande. Une célébration de la paresse et des kebabs nocturnes, qui résonne immédiatement auprès de la génération millénaire.

Son premier album, « Perdu d’avance » (2009), pose les bases : un flux conversationnel, des rimes techniques mais intelligibles et une autodérision salvatrice. L’ascension touche presque à sa fin brutale : un titre (« Sale Whore »), antérieur et exhumé de la toile, déclenche une bruyante polémique qui ignore le vrai sens du texte. Cet épisode, qui aurait pu détruire sa carrière naissante, l’incite à aiguiser sa plume sans pour autant renier sa liberté de ton. Et de se méfier des médias et des as de la relance politique.

Sociologue en survêtement

Deux ans plus tard, « Le Chant des sirènes » marque un tournant, où Orelsan endosse le rôle d’observateur de son temps : avec « Suicide social », il diagnostique les maux de l’époque avec autant de pertinence que, trente-sept ans plus tôt, « Hexagone » de Renaud. Si chacun prend ce qu’il mérite, sa première cible reste lui-même. Et Orelsan excelle dans la relativisation, la prise de distance et l’autocritique.

La justesse de ses décryptages sociétaux répond à l’acuité avec laquelle il décortique ses propres démons.

C’est là une partie de son génie : à la justesse de ses décryptages sociétaux répond l’acuité avec laquelle il décortique ses propres démons. Privilégiant l’observation au jugement de valeur, Orelsan décortique tout, y compris ses propres paradoxes, la peur de l’inconnu comme celle de la routine.

Musicalement, l’alchimie avec Skread, producteur et architecte sonore, s’affine. Les mélodies s’ouvrent sur la pop et permettent au chanteur de dépasser les barrières des genres.

Lequel est complété par tous ses albums depuis : « La fête est finie » (2017, avec le single « Basique », devenu un mème culturel) et l’extraordinaire « Civilisation », gros succès en 2021, qui lui vaudra jusqu’à six Victoires de la Musique. Porté par des titres puissants (l’extraordinaire détonation « L’Odeur de l’essence ») et des singles très radio-friendly (« La Quête »), l’album est le marqueur du passage à l’âge adulte. Et l’occasion d’une tournée époustouflante, avec un spectacle ultra généreux qu’il parvient à rendre intimiste même devant 12 000 spectateurs.

Orelsan lors de la première de son film « Yoroï », au Grand Rex à Paris, en octobre dernier.


Orelsan lors de la première de son film « Yoroï », au Grand Rex à Paris, en octobre dernier.

DIMITAR DILKOFF / AFP

« La fuite en avant »

C’est peu dire qu’après le triomphe de la « Civilisation », Orelsan était censé franchir un cap. Le coup de maître viendra de l’intérieur : réalisée par son jeune frère Clément Cotentin, la série documentaire « Ne montre jamais ça à personne » raconte tout de l’ascension d’Aurélien, que Clément a inlassablement filmé avec son caméscope pendant deux décennies : les débuts chaotiques, les doutes, les victoires, jusqu’au triomphe…

« Yoroi » décrypte – en mode film d’action japonais – son combat contre le côté obscur de sa personnalité

Pierre angulaire pour qui veut comprendre l’artiste, la série déconstruit le mythe du prodige pour révéler un travailleur acharné, fidèle à une équipe inchangée depuis le premier jour (Skread, Ablaye, Gringe), un clan soudé qui fait office de garde-fou contre la folie du show business.

Cet hiver, Orelsan revient avec un nouveau projet très ambitieux et protéiforme. L’aventure de sa récente paternité, les vertiges provoqués par le succès et les doutes inhérents qui l’assaillent, la caractérisation des démons intérieurs qu’il combat sans répit… Tout cela est raconté dans deux œuvres distinctes, qui se répondent et se complètent : métaphorique, le film “Yoroï” (co-écrit avec le réalisateur David Tomaszewski) s’appuie sur une intrigue autobiographique et décrypte – sur le mode film d’action japonais – son combat contre le côté obscur de sa personnalité. Son tournage est relaté dans une superbe mini-série documentaire (« Yoroi, un an dans l’armure »), prolongement naturel de « Ne montre jamais ça à personne ».

Orelsan en concert à l'Arkea Arena de Bordeaux Floirac en 2022.


Orelsan en concert à l’Arkea Arena de Bordeaux Floirac en 2022.

Fabien Cottereau / SUD OUEST

Publié dans le même mouvement, le 5e L’album d’Orelsan, “La Fuite en avant”, reprend la même trame narrative et la livre en 17 titres qui comportent des featurings pertinents (Yamê, l’ex-Daft Punk Thomas Bangalter, la chanteuse japonaise Lilas, le quintet de K-Pop Fifty-Fifty ou encore le rappeur français SDM).

Reste le stade où Orelsan a toujours excellé. La tournée se clôturera par un record de dix dates à l’Accor Arena de Paris Bercy, affichant complet en quelques heures comme le reste de la tournée. Vendredi 23 janvier, Bordeaux sera la première étape de son long marathon, dont le coup d’envoi sera donné chez lui, au Zénith de Caen, en Normandie. Là où tout a commencé, il y a quarante-trois ans.

Source | domain www.sudouest.fr

Eleanor

Eleanor est une auteure allemande expérimentée qui met son talent au service de Lomazoma.com. Forte d'une formation en littérature et en journalisme, sa passion pour l'écriture transparaît dans chacun de ses textes.
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