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Comment construire le monde de demain dans une école en ruine ?

Imaginez une salle de classe avec de l’amiante tombant du plafond. Pour l’École nationale supérieure d’architecture de Paris-la Villette (Ensa), ce cauchemar est une réalité. Une infiltration survenue l’an dernier a dégradé le complexe isolant qui encapsulait l’amiante, provoquant la condamnation de deux chambres situées au troisième étage. Pourtant, lorsqu’on déambule dans les couloirs de l’école, début avril, on est surpris de découvrir que l’une des pièces en question abrite une leçon. Le panneau « danger » collé sur une des portes n’y change rien. Ici, le manque d’espace est tel que les élèves n’ont d’autre choix que de s’exposer au danger. Elsa, en deuxième année de baccalauréat, est membre du comité de mobilisation étudiante. « C’est habituel ici», confie-t-elle désabusée.

Malgré les travaux entrepris par l’Etat pour combler les lacunes, l’école ne peut cacher sa vétusté. Outre les deux pièces corrodées par l’amiante, des trous et des fissures parsèment les murs ébréchés. La situation semble plus urgente que jamais. Depuis 1998, l’école vit avec la promesse d’un déménagement prochain. Dans un premier temps, l’Etat envisagea le site des anciens Magasins Généraux de Pantin. L’idée a finalement été abandonnée au début des années 2000. Ce n’est qu’en 2016 qu’une nouvelle discussion a émergé. L’autorité de tutelle fait alors appel à un bureau d’études pour effectuer des recherches foncières. Sept ans plus tard, rien n’a changé.

Une « carence de l’Etat » depuis 30 ans

« Ils arrivent dans une école elle-même en ruine. L’image est forte pour les étudiants en architecture. Cela en dit long sur la façon dont le ministère de la culture traite nos écoles, nos étudiants et l’architecture en général.», raconte Flavie Pinatel, professeur de vidéo à l’Ensa de Paris-la Villette. Arrivé en septembre 2022 à l’école pour commencer une licence, Noé ne cache pas sa déception. « J’ai vécu une déception au niveau des locaux par rapport à d’autres écoles. Avant de décider de venir ici, j’ai visité l’école de Belleville. C’est vraiment le jour et la nuit. Cet hiver, nous n’avons pas eu de chauffage pendant un mois. Tout le monde est tombé malade !proteste l’étudiant. La salle 100 est en effet le seul espace de travail de l’école réservé aux élèves. « Nous avons eu 12 degrés pendant un mois», abonde Elsa.

CONTRAIREMENT À LA GRANDE ARCHITECTURE PROMUE PAR MITTERRAND, L’ARCHITECTURE QUOTIDIENNE EST DEVENUE INVISIBLE.

La crise actuelle des écoles d’architecture n’est pourtant pas nouvelle. En 2020, ceux-ci ont en effet connu leurs premières mobilisations, dénonçant le manque de moyens. « D’une école à l’autre, les situations sont extrêmement différentes car elles ont des volumes d’élèves assez différentsexplique Anne D’Orazio, professeur d’architecture à Paris-la Villette. « Ici, vous êtes dans la plus grande école de France avec 2300 élèves« , Elle ajoute. L’Ensa de Paris-la Villette est l’une des deux écoles d’architecture de plus de 2 000 étudiants. « Ce qui est contesté, c’est la politique menée par les gouvernements depuis quarante ans dans le domaine de l’architecture», s’exclame l’enseignant, qui dénonce « la carence de l’Etat ». Et d’ajouter :Il existe une forme d’inégalité de traitement d’une école à l’autre sur les moyens de charge du service public. Quelle est la péréquation entre le nombre d’élèves et les moyens concernés par la tutelle ? Il y a une forme d’omerta de la part du ministère.»

Seulement 3,9 m2 par étudiant !

Anne D’Orazio constate depuis plusieurs années un manque d’attractivité du secteur. « Le nombre d’étudiants en architecture n’a pas augmenté depuis plus de trente ans, contrairement à la population étudiante française qui connaît une forte augmentation. Il y a un décrochage au niveau national par rapport aux autres formations à cause de cette stagnation. A l’échelle européenne, c’est pire! elle soupire. Cette crainte semble corroborée par la huitième édition de l’étude sectorielle sur l’état de la profession d’architecte. Cela compte 620 000 architectes en Europe. « L’UE compte en moyenne 100 architectes pour 100 000 habitants, alors que la France n’en compte que 44», rapporte l’étude.

Pour l’architecte Anne Démians, membre de l’Académie des beaux-arts et de l’Institut de France, la baisse de l’attractivité des études d’architecture s’explique par les politiques mises en place depuis une trentaine d’années. « Il y a un enchevêtrement de raisons. L’architecture est un acte politique fort depuis François Mitterrand. C’est lui qui a donné de la visibilité à la grande architecture avec des projets comme l’Arche de la Défense. Cependant, nous nous retrouvons dans une situation où la visibilité de la grande architecture a persisté tandis que l’architecture de la vie quotidienne est devenue invisible, explique-t-elle. Aujourd’hui, nous devons répondre au quotidien de la société en anticipant ses besoins. Il devrait y avoir une réelle focalisation au niveau national sur les grandes questions qui seraient ensuite relayées au niveau de l’école. Au niveau interministériel, on est conscient qu’il faut que ça change, le problème c’est que ça ne va pas assez vite. »

En attendant de voir la situation évoluer, les écoles d’architecture doivent se débrouiller avec peu de moyens. L’Ensa de Paris-la Villette apparaît comme un exemple malheureux de l’abandon de l’architecture. L’école, qui fait partie du patrimoine historique, montre un état de décomposition avancé. « Nous sommes dans l’école avec le plus grand nombre d’élèves et la plus pauvre en moyens et en ressources.», s’agace Anne D’Orazio. A tel point que l’école a dû procéder à une opération de desserrage. En mai 2022, elle a inauguré un nouveau site situé au 21-23, rue des Ardennes dans le 19e arrondissement. Cette opération a permis d’augmenter la capacité d’accueil des élèves de l’école par la création de nouvelles salles de classe, en réunissant les départements et les six équipes de recherche situés jusqu’alors rue de Cambrai et avenue Jean-Jaurès (19e arrondissement). « On nous avait promis de récupérer 3 000 mètres carrés. La réalité, c’est qu’on a rendu 1 500 mètres carrés de surface à l’Ensa de Paris-Malaquais qui en avait bien besoin.n », précise l’enseignant. Le relâchement est une maigre consolation pour les étudiants, qui disposent actuellement de 3,9 mètres carrés par personne, très loin derrière la norme nationale d’environ 10 mètres carrés.

« Nous n’arrêterons pas »

Le manque de moyens budgétaires accentue la souffrance généralisée des étudiants. Récemment, le comité de mobilisation de Paris-la Villette a réalisé une enquête auprès des élèves de l’école sur la santé mentale et physique, la pédagogie et la mobilisation en cours. 91,6% des répondants souffrent d’un manque de sommeil. 76,6% déclarent ressentir un impact physique lié au stress. Plus inquiétant encore, 73,1 % avouent avoir déjà vécu une longue période de dépression depuis le début de leurs études. Pendant plusieurs semaines, les étudiants du comité de mobilisation ont également travaillé en groupes de travail. « Nous faisons clairement le travail du ministère !rit Lucie. « Nous avons rassemblé un certain nombre de données et de chiffres via des documents trouvés sur Internet et avec l’aide de certains de nos enseignants-chercheurs mobilisés avec nous.», relate-t-elle.

Nous avons 2300 étudiants. Une péréquation entre le nombre et les moyens alloués ? Nous ne savons pas. C’est un peu l’omerta.

Face aux changements budgétaires et pédagogiques réclamés par le comité de mobilisation, les enseignants évoquent une forme d’impuissance. « Nous avons failli reporter la rentrée en octobre à cause de cela. Il a fallu mobiliser des enseignants pour compléter les agents», déclare Anne D’Orazio. « Nous avons réussi à sauver la situation de crise car plusieurs enseignants ont travaillé avec le personnel administratif pendant des week-ends entiers pour assurer le bon déroulement de la rentrée. Aujourd’hui, il y a une vraie souffrance chez les collègues et le personnel administratif», confirme Flavie Pinatel. Là encore, la volonté de renouveler l’enseignement se heurte à un manque de moyens. « On aimerait pouvoir faire un enseignement pédagogique plus interdisciplinaire, mais cela nécessite d’avoir des espaces. Cependant, le seul grand amphithéâtre de l’école n’accueille même pas une promo entièreajoute Anne D’Orazio.

L’interdisciplinarité est au cœur des revendications étudiantes. Ces derniers reconnaissent le décalage entre les enseignements reçus et l’urgence de la transition écologique et énergétique en cours. « L’interdisciplinarité permet aux étudiants de comprendre que leurs questions se posent également dans d’autres domaines d’étudesprécise Anne Démians, qui prône l’hybridation entre études architecturales et formations scientifiques connexes. La nécessité de renouveler le cadre pédagogique s’accompagne de la nécessité de repenser le rôle de l’architecte dans la société. « Pour réactiver le rôle de l’architecte dans la société, les écoles doivent être restructurées afin qu’elles soient considérées comme force de proposition. Ils sont les protagonistes de demain», insiste l’architecte.

En coulisses, le comité étudiant de Paris-la Villette travaille déjà pour l’avenir. Ce dernier a annoncé l’organisation prochaine d’assemblées générales sur l’enseignement de l’architecture à la mi-mai. « L’objectif est de créer un temps d’échange avec tous les acteurs des métiers de l’architecture. Nous voulons prendre tout ce qui a déjà été écrit et voir comment cela pourrait être mis en œuvre. Nous devons faire comprendre au ministère que tant que nous n’aurons pas d’engagements à court et à long terme, nous n’arrêterons», explique Pablo, l’un de ses porte-parole. La messe a été dite.


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Cammile Bussière

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