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Climat : la France en mesure d’atteindre ses objectifs pour la première fois, selon un rapport

C’est un cri d’alarme à peine voilé. Ce jeudi 20 juin, le Haut Conseil pour le Climat a rendu public son rapport annuel sur l’évaluation des politiques climatiques de la France. Issue de la loi climat et résilience de 2019, cette organisation neutre et indépendante n’est pas là pour faire de la politique.

Mais alors que le RN, et son programme résolument anti-écologique, est aux portes du pouvoir, et que presque chaque jour est marqué par une aggravation des effets du changement climatique, le message se voulait plus insistant qu’au début. ‘habitude. «  Il ne faut surtout pas ralentir les efforts déployés pour la transition », a estimé la climatologue Corinne Le Quéré, présidente du Haut Conseil pour le Climat, lors d’une conférence de presse.

 » Pour la première fois, la France est sur le point d’atteindre ses objectifs 2030 de réduction des émissions de gaz à effet de serre, elle a ajouté. Mais ça, à condition que ces efforts soient consolidés et que la capacité d’absorption des puits de carbone forestier soit préservée ».

Une baisse structurelle des émissions

En mai dernier, le Citepa, l’organisme mandaté par le ministère de la Transition écologique pour réaliser l’inventaire national des émissions de gaz à effet de serre (GES), avait déjà dressé un bilan globalement encourageant de l’année 2023, avec des émissions en baisse de 5,8% sur un an, un niveau plus élevé que prévu.

Dans son rapport annuel, le HCC confirme donc ce diagnostic, et précise que cette baisse n’est liée qu’à un tiers à des raisons conjoncturelles, comme la relance des centrales nucléaires ou la baisse de la production industrielle.  » A l’inverse, cela signifie qu’au maximum les 2/3 de la baisse peuvent être attribués aux politiques publiques. », estime Corinne Le Quéré.

Grâce aux politiques publiques mises en place, tous les secteurs (sauf les déchets) ont donc respecté avec plus ou moins de marge leur budget carbone pour la période 2019-2023. Et s’ils suivaient cette tendance, tout le monde pourrait atteindre les objectifs de la période suivante (2024-2030), sauf les transports (35% des émissions du pays) qui devraient faire trois fois mieux que la période précédente.

Revoir la politique forestière

Pour réduire les émissions nettes de 55% par rapport à 2019 (ce qui est l’objectif fixé au niveau européen d’ici 2030), le futur gouvernement devra cependant revoir sa politique forestière, les puits de carbone n’ayant réussi à compenser que 20% des émissions du pays sur l’année 2019. -2023, par rapport aux 42% anticipés.

« Aucune stratégie ou plan majeur de régénération des écosystèmes forestiers n’a encore été proposé, et il manque toujours une politique ambitieuse favorisant le stockage du carbone dans les sols agricoles. », souligne le rapport du HCC.

Un cadre réglementaire insuffisamment protecteur

Cependant, au-delà de ces enjeux sectoriels, l’un des principaux risques identifiés par le HCC est d’ordre réglementaire, le cadre législatif actuel n’étant pas en mesure de protéger la transition en cours. En avril dernier, la HCC avait également tiré la sonnette d’alarme : elle avait adressé une lettre au Premier ministre Gabriel Attal regrettant les retards pris par le gouvernement, et le manque de visibilité accordé notamment aux investisseurs.

Faute de majorité à l’Assemblée, la grande loi énergie-climat promise pour l’été 2023 a été abandonnée. Trois textes sont également en attente depuis des mois : la Stratégie nationale bas carbone (SNBC 3), qui devait fixer les objectifs climatiques de la France pour la période 2024-2030, la nouvelle programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE 3). ), fixant le mix énergétique, et le plan national d’adaptation (PNACC) censé permettre à la France de s’adapter à un réchauffement climatique de + 4°C.

Souci lié à l’alternance

Avec l’alternance qui se profile, que va-t-il advenir de ces textes ? Impossible à dire tant les avis divergent entre un Rassemblement national aux vents forts contre le développement des énergies renouvelables et les mesures climatiques en général, et un Nouveau Front populaire incapable de s’entendre sur l’avenir du nucléaire.

Pour les experts du HCC, qui voient leur mandat expirer le 24 juin (Corinne Le Quéré sera remplacée par Jean-François Soussana, agronome à INRAE), une seule certitude : « réduire l’ambition de l’action climatique reviendrait à renoncer à assurer la protection de la population, de plus en plus exposée aux impacts du changement climatique « .

William Dupuy

Independent political analyst working in this field for 14 years, I analyze political events from a different angle.
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