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« Ce quinquennat commence dans le rouge »

Si tous les habitants de la Terre vivaient comme les Français, la planète aurait déjà épuisé, ce jeudi, tout ce que la nature est capable de régénérer. Arnaud Gilles, responsable climat et énergie au WWF France, appelle donc à une augmentation des engagements du prochain gouvernement pour réduire une « dette écologique » qui ne cesse d’augmenter chaque année.

Quatre mois. Il n’aura fallu que quatre mois à la France pour commencer à vivre au-dessus de ses moyens écologiques : jeudi 5 mai, le pays a consommé toutes les ressources que la planète peut renouveler en un an, a annoncé l’organisme de défense de l’environnement, WWF (World Wide Fund for Nature).

Cette journée de dépassement, arrêtée le 29 juillet 2021 pour l’ensemble de la planète, croise l’empreinte écologique des activités humaines (surfaces terrestres et marines nécessaires pour produire les ressources consommées et absorber les déchets de la population) et la « biocapacité » de la Terre (capacité des écosystèmes à se régénérer et à absorber les déchets produits par l’homme, en particulier la séquestration du CO2).

Cet indice, qui ne cesse de se détériorer depuis des décennies (à l’exception de l’année 2020 marquée par la crise du Covid-19), vise à illustrer la consommation d’une population humaine en expansion sur une planète confinée. Et il est également ventilé par pays.

Pour 2022, le jour du dépassement pour la France tombe le 5 mai, environ 5 mois plus tôt qu’en 1961. Si le monde entier consommait aujourd’hui comme les Français, il faudrait 2,9 planètes Terre pour subvenir aux besoins des habitants.

Un constat alarmant, mais qui devrait permettre de faire bouger les lignes lors du prochain quinquennat, espère le WWF. Arnaud Gilles, responsable climat et énergie de l’organisme, assure qu’il est possible de repousser ce « jour de dépassement » de 25 jours d’ici 2027. Interview.

France 24 : Comment est calculé « le jour du dépassement », cet indice devenu un marqueur fort de l’épuisement des ressources naturelles ?

Arnaud Gilles : Cet indice est calculé avec des experts de l’ONG américaine Global Footprint Network qui collecte chaque année les données nécessaires à l’évaluation de notre empreinte sur les ressources naturelles. Le plus important est notre empreinte carbone, c’est-à-dire l’ensemble des émissions générées par les produits consommés en France, fabriqués localement ou importés. Cela représente 57 % de notre empreinte écologique totale.

Nous mesurons également l’impact de l’agriculture et de l’élevage en utilisant les bases de données de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). Cela permet d’évaluer l’évolution du gaspillage alimentaire ou de la consommation de protéines animales (lait, œufs, viande). Ensuite, nous regardons ce que nous faisons avec les océans, en particulier combien de poissons sont capturés par espèce.

Une autre donnée importante du calcul concerne l’artificialisation des sols [aménagement d’un sol naturel]. En 10 ans, 25 000 hectares ont été artificialisés en France. Ceci est extrêmement préoccupant car il ronge des terres, des paysages et des écosystèmes précieux pour l’humanité. Enfin, nous évaluons notre consommation de bois utilisé pour construire des bâtiments, des meubles, du papier ou brûlé pour créer de l’énergie.

Comment a évolué « le jour du dépassement » ces dernières années et quelles sont les activités humaines qui pèsent le plus en France sur notre « dette écologique » ?

La performance écologique des mandats précédents a été plutôt négative puisque tous les présidents de la Ve République ont participé à creuser notre empreinte et à avancer dans l’année « le jour du dépassement ». En moyenne, entre 1981 et 2007, le « jour du dépassement » a avancé de 10 jours à la fin de chaque mandat présidentiel.

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Le bilan carbone est vraiment structurant. Pour la France, cela concernera le parc automobile, qui représente 7 % des émissions territoriales en 2019. Au total, les transports représentent près du tiers des émissions françaises. La consommation énergétique de nos bâtiments joue également un grand rôle, tout comme la consommation de viande.

Le WWF explique qu’il est possible de repousser le jour du dépassement de 25 jours dans un terme. Comment ?

La mauvaise nouvelle, c’est qu’en quatre mois nous avons épuisé tout notre « budget nature » que nous avions pour l’année. Mais la bonne nouvelle est que nous pouvons faire beaucoup mieux en cinq ans. Concrètement, cela signifie agir pour la rénovation thermique des bâtiments. Il faudrait aller dix fois plus vite. Aujourd’hui, il y a quelques dizaines de milliers de rénovations globales, 700 000 seraient nécessaires d’ici la fin du quinquennat.

Nous devons agir dans tous les domaines : dans les transports, nous préconisons d’atteindre 20 % de véhicules électriques d’ici 2027, contre 2 % aujourd’hui. Il faut aussi sortir du « tout-voiture » et développer considérablement l’usage du vélo. Nous proposons également de réduire de 20% notre consommation de protéines animales et de diviser par deux le gaspillage alimentaire. Il faut aussi réduire le taux d’artificialisation du sol. Il y a un bel objectif inscrit dans la loi Climat et Résilience, il faut maintenant le mettre en œuvre et atteindre l’objectif de 15 000 hectares consommés chaque année, contre 25 000 actuellement.

Le premier quinquennat d’Emmanuel Macron a été critiqué pour son manque d’engagement écologique par les associations de défense de l’environnement. Pensez-vous que le prochain mandat sera différent ?

Emmanuel Macron affiche son ambition de faire de la France une grande nation écologique et de déployer une « planification écologique ». Mercredi, nous avons remis nos travaux au président de la République, qui a manifesté son intérêt pour ces résultats. Nous voulons montrer qu’il est possible de faire beaucoup mieux que durant le quinquennat précédent.

>> Sobriété écologique : un modèle pour consommer moins, mais qui peine à convaincre les Français

C’est l’occasion d’entrer dans l’histoire pour Emmanuel Macron en devenant le premier président à mettre la France sur la voie de la réduction de son empreinte écologique. Ce quinquennat commence dans le rouge et on aimerait le terminer dans le vert, ou du moins prendre le chemin.

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