Adieu lointains. Mort subite. Une disparition, puis une réapparition. Claire, icône de la chanson française, s’envole pour une tournée de chant au Japon. Une dernière ovation, puis le rideau tombe sur la scène et sa vie. Mais la fin n’est qu’un début: dans l’au-delà, Yuzo (Masaaki Sakaï, touchant), l’attend. Admirateur fervent, il devient son guide dans cet univers flottant, au bord de la réalité et du surnaturel.
Claire, c’est Catherine Deneuve. Ainsi meurt et renaît à l’écran la plus grande dame du cinéma français. Un revenu, un esprit. Mais pas n’importe quel: un yōkai. Ce mot japonais, avec des contours flous, évoque autant de fantômes que les démons, les métamorphoses ou les fils, tous ces êtres étranges qui hantent l’imagination japonaise. Ici, c’est une ombre errante, un écho du passé qui erre dans un monde où la vie en vie et mort sans jamais vraiment toucher.
Flotter entre les réalités
Pour donner vie à cette atmosphère suspendue, Eric Khoo dit qu’il a été inspiré par les toiles d’Edward Hopper, cherchant à sculpter des reliefs légers naturels pour accentuer l’évanescence de ses spectres. Pas d’effets visuels ostentatoires, juste des corps en apesanteur, glissant entre deux mondes.
À un moment donné, le film se ramifie, et nous ne savons pas vraiment pourquoi. Une autre histoire est jouée: celle du fils de Yuzo, le compagnon spectral de Claire, un fils perdu trouvant une mère qui l’avait abandonnée, dans un contexte de deuil et de réconciliation. Une mère qui, comme Claire, flotte entre les réalités.
L’écriture de Khoo est vaporeuse, fluide, presque en attente. Nous nous laissons emporter, secoués par cette errance. Léger et tendre, il saisit l’essence d’une existence qui s’étend au-delà du tangible. Et puis, et surtout, Catherine Deneuve chante. Ici, elle trouve une voix lente et douce. Jeanne Cherhal a composé pour le film et pour ses mélodies éthérées simples, des chansons de texte léger, comme le film. C’est beau. C’est touchant. Comme un écho qui persiste après la dernière note.
Yōkai, le monde des esprits Par Eric Khoo, dans les salles ce mercredi 26 février. Durée: 1 H 34.
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