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Cacophonie européenne autour du projet de gazoduc franco-espagnol MidCat


Le nouveau projet de gazoduc MidCat entre la France et l’Espagne est revenu sur le devant de la scène européenne ces derniers jours. Paris s’oppose au projet, Madrid y est favorable ainsi que l’Allemagne et le Portugal. Histoire d’un Micmac européen aux intérêts divergents.

Discorde autour du MidCat – contraction de Midi et Catalogne. A l’heure où l’Europe fait face à des tensions énergétiques, le projet d’un nouveau gazoduc – dans le gazoduc depuis 2013 mais qui semblait enterré en 2019 – entre l’Espagne et la France continue de provoquer des réactions politiques de part et d’autre. et l’autre des Pyrénées pendant plusieurs jours. Une situation qui met en lumière les points de vue divergents de plusieurs Etats européens sur cette question avec, d’un côté, l’axe Berlin-Madrid-Lisbonne, et de l’autre, Paris.

Interrogé lundi 5 septembre sur la position française vis-à-vis de ce projet, le président Emmanuel Macron a estimé que la nécessité d’une telle infrastructure n’était « pas évidente » : « Je ne comprends pas pourquoi on sauterait comme des chèvres des Pyrénées sur ce sous réserve d’expliquer que cela résoudrait le problème de gaz : c’est faux.

La réponse de Madrid ne s’est pas fait attendre : malgré l’opposition française, l’Espagne continuera à défendre le MidCat, un projet « d’intérêt européen », a souligné mardi 6 septembre la ministre espagnole de la Transition écologique, Teresa Ribera. Ce gazoduc n’est pas seulement une question de « relations bilatérales » entre Paris et Madrid, a-t-elle déclaré sur la radio Onda Cero. « Par conséquent, le débat (sur son utilité) ne peut donc pas être clos par les déclarations d’un seul pays. »

Si l’ambiance s’est refroidie entre l’Espagne et la France sur le projet MidCat, les récents propos de l’Allemagne ne lui sont pas étrangers. Le chancelier allemand Olaf Scholz a déclaré à deux reprises en août qu’il était favorable à un nouveau gazoduc entre les deux pays. Il défend cette option afin de « soulager et détendre la situation d’approvisionnement » en gaz du Vieux Continent et « d’améliorer les interconnexions du réseau gazier européen ».

Pour compléter le tableau européen polyphonique, le Premier ministre portugais, Antonio Costa, a apporté – comme l’Espagne – son soutien à Berlin, définissant ce projet de gazoduc comme une « priorité » pour son pays.

Déjà des liaisons gazières entre la France et l’Espagne

Avant la cacophonie actuelle, le projet MidCat semblait au point mort depuis plusieurs années. L’idée d’un gazoduc reliant le Sud à la Catalogne a été initiée en 2013 par les gouvernements espagnol et français avec le soutien de la Commission européenne. L’infrastructure devait relier Hostalric (au nord de Barcelone) à la ville de Barbaira (à l’est de Carcassonne) afin d’acheminer le gaz du nord de l’Afrique vers le nord de l’Europe.

Mais le projet a rapidement tourné au vinaigre, son financement étant rejeté en 2019 à la fois par la Commission de régulation de l’énergie (CRE) – une autorité administrative indépendante – et par son homologue espagnole, la CNMC. Ils considèrent alors dans un communiqué que « le projet ne répond pas aux besoins du marché et ne présente pas une maturité suffisante pour pouvoir faire l’objet d’une décision favorable des régulateurs et, a fortiori, faire l’objet d’une décision de répartition transfrontalière des coûts ».

La facture s’annonçait salée : pas moins de 500 millions d’euros pour construire et installer près de 200 kilomètres de canalisation.

A cela s’ajoute le coût environnemental. Le projet de pipeline a rapidement suscité l’opposition des militants écologistes. En 2018, l’association Les Amis de la Terre parlait d’une « aberration financière et climatique » à propos du MidCat. Puis, après l’échec du financement en 2019, la députée européenne des Verts Michèle Rivasi a déclaré que « l’industrie du gaz devrait se rendre compte que nous ne pouvons pas continuer à verser des milliards de dollars des contribuables pour créer davantage de combustibles fossiles ».

Les infrastructures gazières reliant la France et l’Espagne. © Studio graphique FMM

L’oléoduc franco-espagnol semblait alors voué à l’oubli… jusqu’à cette année. Thomas Pellerin-Carlin, directeur du Pôle Energie de l’Institut Jacques Delors, explique ce retour au premier plan de MidCat par le fait que « des projets gaziers ‘zombies’, abandonnés il y a plusieurs années, sont réapparus depuis le début de la crise énergétique en L’Europe  ».

Par ailleurs, la France dispose déjà de liaisons gazières avec l’Espagne : les réseaux des deux pays sont reliés par des infrastructures à Larrau et Biriatou (Pyrénées-Orientales) – mais ils ont une capacité d’échange plus faible que prévu. le Midcat. « Les liaisons gazières franco-espagnoles existantes ne sont pas utilisées à pleine capacité », précise Thomas Pellerin-Carlin. « L’idée de construire un nouvel axe alors que nous n’utilisons pas la capacité actuelle au maximum est toujours particulière. »

Intérêts divergents entre Paris, Madrid, Lisbonne et Berlin

La France bloque le projet MidCat car elle estime également que l’installation de nouveaux terminaux de gaz naturel liquéfié en Europe du Nord et de l’Est – notamment en Allemagne – serait une alternative plus rapide et moins coûteuse à la construction d’un nouveau gazoduc.

Paris aurait une stratégie « à moyen terme », selon Thomas Pellerin-Carlin : « Ce que dit le président français, c’est qu’avec la transition énergétique et les énergies renouvelables, il y aura moins de consommation de gaz en France, en Espagne et en Allemagne, et il n’est donc pas nécessaire de surinvestir aujourd’hui dans les capacités gazières. »

Pourtant, le Portugal et l’Espagne salueraient la réalisation de ce projet : le Premier ministre portugais Antonio Costa a indiqué mi-août que « le Portugal peut jouer un rôle important » pour aider l’Europe à devenir « autosuffisante énergétiquement ». Un rôle que veut aussi jouer l’Espagne, qui dispose d’atouts non négligeables : elle héberge 34 % des capacités de regazéification de l’UE et 45 % des capacités de stockage entre réservoirs et sites souterrains, selon Les Échos.

L’Allemagne, de son côté, cherche à réorienter sa stratégie énergétique, ce qui la rend dépendante de Moscou. Avant la guerre en Ukraine, Berlin importait 55 % de son gaz de Russie. « En conséquence, la situation énergétique actuelle est très difficile pour l’Allemagne, qui cherche à multiplier et diversifier les sources d’origine de son gaz mais aussi les voies par lesquelles ce gaz peut passer », explique Thomas Pellerin-Carlin.

« Si le projet MidCat fonctionne, Berlin paiera un peu moins cher le gaz dans le meilleur des cas, et il ne leur arrivera rien dans le pire des cas », conclut le spécialiste. « Alors que, pour la France, si le projet échoue, MidCat aura été en partie financé par l’argent public français. Cela augmentera la facture de gaz car le réseau de transport (de cette énergie fossile) est entretenu par une forme de taxe surfacturée aux usagers. »

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