Avec une grande littérature et invention, Laurent Mauvignier Colmate les fissures de son histoire familiale

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Avec ce roman de 750 page qui s’est dévoré comme ceux d’un thriller, l’auteur d ‘Autour du monde (2014) ou Continuer (2016) Signez un grand roman au sens littéral du genre, qu’il construit à partir d’un travail archéologique sur son histoire familiale. La maison vide, Publié le 28 août aux éditions de Minuit, reçu Le prix littéraire Le monde,, Le Prix des Libraires de Nancy-le Point, Et apparaît dans les premières sélections des prix de Goncourt, Femina et Medici.
L’histoire commence dans une vieille maison, longtemps fermée, dans laquelle l’auteur cherche désespérément une légion d’honneur. Dans cette maison, comme figé dans le temps, rien, semble-t-il, a évolué depuis plus d’un siècle. Dans le salon, se trouve un piano de queue que nous apprendrons plus tard qu’il a été surnommé « Le vieux mammouth ». Dans le grenier, couvert de poussière, une collection complète de Rougon-Macquart, « Laissez personne n’a lu ». Ailleurs, une commode du centenaire, « Avec son plateau en marbre gris et rose divisé dans le coin supérieur gauche »Dans ses tiroirs, « Babioles » Et des photos de famille, sur lesquelles un visage manque, soigneusement coupé avec des ciseaux …
Laurent Mauvignier examine ces objets jusqu’à ce qu’ils extraient la vie et l’histoire de sa famille. Il remonte au temps en commençant par l’enfance de son arrière-arrière-grand-mère Marie-Ernestine, puis est descendue à celle de son père, qui s’est suicidé en 1983.
La maison vide est un livre aussi excitant par son histoire que par l’appareil littéraire implémenté pour nous le dire. Le roman va de l’avant ainsi que des essais et des erreurs. Sur ce chemin cahoteux, Laurent Mauvignier donne un endroit au lecteur, l’invitant à marcher à ses côtés.
« Ici, je ne fais que des hypothèses, la spéculation – du roman – c’est tout, je ne fais que le roman »Il écrit la page 45, sortant brièvement de l’histoire qu’il nous raconte, comme il le fera plusieurs fois sur les pages, pour nous amener dans son usine littéraire, et partager avec nous ses doutes, ou même les impasses, parfois, où l’exercice périlleux dans lequel il l’a lancé.
« Mais je crois que si ce que j’écris ici est un monde que je découvre partiellement en rêvant, je ne l’invite pas tout à fait: je le reconstruis avec une pièce, comme une machine d’une autre époque que nous découvrons que le mécanisme a encore fonctionné un jour et qu’il suffit de monter pour qu’il puisse redémarrer. »
Laurent Mauvignier« La maison vide », page 45
« Ce monde, je pars de sa disparition pour le reconstruire, peut-être aveugle, prenant trop de libertés, mais avec la conviction que je fais dans la bonne direction, comme d’un fémur fossilisé, le squelette d’un animal préhistorique que personne n’a jamais vu. »
« C’est par l’invention que l’histoire peut parfois survivre à l’oubli. » Au-delà de sa quête de la vérité, et ce désir (ou la nécessité?) Pour combler les lacunes d’une maison pleine de secrets, ce que ce grand roman a dessiné, depuis l’extrême intimité d’une poignée de personnages, c’est la vision, dans un plan très large, de l’histoire du 20e siècle, de ses deux guerres, de ses révolutions techniques, économiques, sociales, féminines. Tant de bouleversements qui ont forgé le monde aujourd’hui. Laurent Mauvignier retrace une histoire de pouvoir et de violence, sous toutes ses formes. La violence sociale, la violence à l’égard des femmes, dans l’intimité des maisons (et ailleurs), de la violence contre les hommes, des chefs de familles à qui on apprend à ne pas pleurer, envoyé au front pour servir de fourrage à canon pour servir des intérêts plus élevés que personne ne comprend.
À travers le portrait très intime de trois générations, le roman nous invite à observer les femmes et leur condition. L’arrière-arrière-grand-mère, « Le préposé à la confiture et les chaussettes à surmonter »Épouse soumise de Firmin, libérée par la guerre et sa mort. L’arrière-grand-mère, Marie-Ernestine, artiste avec des ailes brisées, est entrée dans la rangée après avoir épousé Jules, qui deviendra la figure familiale héroïque. Marguerite, la grand-mère, qui a payé cher pour toutes les autres, la seule, malgré tout, à avoir connu l’amour, effacée de l’histoire et des photos de famille. À la fin de cette ligne, le silence et le père, qui ont mis fin à sa vie.
« C’est parce que je ne sais rien, ou presque rien de mon histoire familiale que j’ai besoin d’écrire un tailleur – fait, à partir de faits vérifiés, de personnes qui ont existé, mais dont les histoires sont si incomplètes et impossibles à reconstruire qu’il est nécessaire de créer un monde dans lequel, même fictif, ils auront chacun une existence. »
Laurent Mauvignier« La maison vide », page 616
« C’est cette réalité qui émerge qui deviendra la seule, même si elle est fausse, parce que la réalité vécue s’est dissoute et n’a aucune raison de nous revenir; l’histoire que je fais est comme une ombre déformée trahissant la présence d’une histoire dont je ne capture que l’écho, la vibration dans l’image tremblante d’une fiction et d’un nouveau roman ». En d’autres termes, l’art d’inventer et de raconter des histoires, où qu’ils tirent leur source et quelles que soient leurs nécessités, à condition qu’ils viennent à nous, lecteurs.
Laurent Mauvignier déploie son roman dans une architecture de la cathédrale, dans une langue parfaite, sans aucune fausse note, ni aucun signe de paresse, du premier à la dernière ligne. Remarquez la longueur des phrases, habilement construite, parfois coupée par rétroaction de ligne, et même les sauts, comme des précipices que vous devez passer, des traits de freins qui sont collectés dans le flux d’un temps qui fait défiler sans pouvoir l’arrêter.
Nous noterons également la précision du vocabulaire, la méticuleté obsessionnelle et pointilliste, les descriptions des ensembles, les humeurs, la couleur d’un ciel. On pourrait dire qu’il y a Zola, Proust (le nom des ancêtres), Balzac dans cette famille Fresco si magnifiquement écrite. Mais depuis lors, comme sur l’histoire de cette famille, le temps est passé. La façon de raconter les histoires a changé. Laurent Mauvignier signe une œuvre de son temps, qui porte, par sa subjectivité réflexive et une imprégnation de formes narratives empruntées à d’autres arts – comme le théâtre (cher à l’auteur), mais aussi le cinéma, ou la série – les révolutions littéraires.
Que puis-je dire de plus, sauf que La maison vide est un roman parfait qui, par le pouvoir de la littérature, nous transporte vers d’autres vies que la nôtre, tout en nous ramenant à chaque page, avec sa part de questions, de découvertes et de lecture intense, rare.
La maison vide De Laurent Mauvignier, éditions de Minuit, 752 pages, 25 euros.
Publié en même temps, Quelque chose absent qui me tourmente. Entretiens avec Pascaline David De Laurent Mauvignier, éditions de Minuit, 186 pages, 9 euros.
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Extrait : « Nous pouvons bien sûr dire à l’étreinte, aux larmes de certains ou de la retenue excessive d’autres, et les questions, les regards, les silences et peut-être les sanglots ont changé de rire ou caché derrière de grandes rafales de voix de la voix ; Nous pouvons nous convaincre que nous approchons de cette réalité aussi longtemps que nous le voulons, mais, en écrivant, je ne vois que la félicité d’un moment de vie intouchable, parce que cette réunion, ni la fiction ou l’utilisation de témoignages ne pouvait ouvrir les portes à moi, à ce moment où Jules, mais aussi à la nuit de l’hiver. Que, ce moment d’une réunion de famille donnée plus tard pendant plus d’un an d’anxiété et d’espoir déçus, ce moment où tous ses proches lui sont venus sous le toit de sa femme, où tous se tiennent les uns contre les autres dans la cuisine ou en face du feu de la cheminée dans la salle à manger, ce moment me résiste, plus que ce qu’il ne l’affus, car une main est de se protéger et de devenir un fiste dans l’intimité de son autre raffine ; Cette résistance, ce refus, je ne le perçois pas comme une faillite ou un échec dans ce que je voudrais appréhender, non, simplement comme une limite qu’il s’agit de reconnaître et qu’il serait inutile de forcer le passage ; Je n’ai que la possibilité de glisser sur le côté, oui, c’est tout, et je me détourne : Maintenant, nous resterons à l’extérieur, devant l’imposante silhouette de la maison qui se démarque comme une ombre chinoise sur le fond bleu-gris de l’obscurité, nous contenant du scintillement des lumières orange et jaunes dans les carrés des fenêtres du rez-de-chaussée ; Le soir du retour de Jules se fermera sur lui-même, définitivement fermé sur une porte verrouillée dans la nuit. « (La maison videpages 343-344).
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