Jannah Theme License is not validated, Go to the theme options page to validate the license, You need a single license for each domain name.
actualité économiqueNouvelles locales

Avec Julie Doucet, la BD prend son indépendance


“Toujours de première classe.” À l’Hôtel Saint-Simon, la rétrospective Julie Doucet occupe deux étages (1). La Canadienne, élue grand prix l’an dernier, est la troisième femme consacrée par le festival en un demi-siècle, sans compter Bretécher et « son prix spécial ». C’est peu. Et si elle consacrait sa récompense « aux auteurs du passé, du présent et du futur », cette reconnaissance l’a d’abord distinguée comme une figure majeure de la bande dessinée alternative des années 1990. « La » révolution Julie Doucet, c’est le « do it yourself » de ses fanzines, ce « tes dix doigts » qu’on lit sur l’affiche qu’elle a réalisée pour ce 50 e édition.

Une maison d’édition iconique

Dans la sélection Héritage, la réédition du Enregistrer de Fabrice Neud met en lumière un autre monument autobiographique publié à la même époque. Il se souvient : « Quand j’ai découvert Julie Doucet, j’étais dans la construction. Toute sa Plotte m’a convaincu de la pertinence de raconter le quotidien en BD pour creuser l’identité sexuelle sans complexe.» Terrain sale, c’est le nom des premiers fanzines que Julie a produits depuis l’âge de 23 ans avant d’être publiés par Drawn & Quarterly à Montréal à partir de 1990. En noir et blanc détaillé, son travail mêle réalité et cauchemars, cheveux et sang menstruels, la vie de une jeune artiste et les gars qu’elle rencontre. En France, après Stéphane Blanquet, Jean-Christophe Menu l’a repérée à la librairie Le Regard Moderne. « Une perle rare»il écrit dans la préface de Maxiplot, tous ses fanzines regroupés en un seul gros volume. Menu est l’un des co-fondateurs de l’Association, maison d’édition emblématique de cette nouvelle bande dessinée indépendante. Ciboire de criss!une première collection, parut en 1996. D’autres suivirent.

Dans les années 1990, nous étions très peu de filles, et même dans les milieux artistiques, j’ai honte de le dire, mais le mot « féministe » était devenu un gros mot. Julie Doucet

couronné »reine souterraine« , »esprit fille de mie« Julie Doucet préfère parler d’elle »histoires vraies« , »capricieux«  et »féministes« , plutôt que l’autobiographie. Elle ajoute : »Dans les années 1990, nous étions très peu de filles, et même dans les milieux artistiques, j’ai honte de le dire, mais le mot « féministe » était devenu un gros mot. Aujourd’hui, c’est plus facile, mais les filles doivent encore pousser leurs épaules.«  Le sale c’est aussi la »Plotte«, ce mot d’argot pour »vagin« ou »femme«. Taxé par »mauvais goût« Julie a la réputation de »coupe-coq« . Sur ses planches, personne ne pense à sa place. Elle occupe le sol. Elle sature l’espace de détails, avec sensibilité et détermination.

[va :775010]

Au tournant des années 2000, son influence inspire des auteurs comme Florence Dupré La Tour qui, depuis Cruel et Femme de ménage Jusqu’à Doubleuniquement en librairie, poursuit également une démarche intimiste. »En lisant Changements d’adresses , je me suis reconnu. Julie Doucet m’a aidée à y voir clair. Elle m’a donné du courage et une direction à prendre.«  Anne Simon, en lice pour le prix de la série avec elle Contes de Marylène, expériences »un choc graphique«  aux Beaux-Arts d’Angoulême. »J’avais 19 ans. Il y avait l’Association, le désir du collectif, il y avait Doucet; c’était nul, elle y allait !«  elle témoigne. Cependant, fatigué de »ce milieu de gars« , Julie s’est déjà détournée de la BD. Elle se tourne vers la gravure, l’illustration, les films d’animation. En microédition, elle diffuse ses collages, sa poésie de mots découpés.

La vague narrative pulvérise le temps

Pendant sept ans, elle a même cessé de dessiner. Elle s’y est remise après les attentats de Charlie Hebdo. Pour casser ses tics, elle copie des livres d’anatomie, des vieux National géographique. Ce nouveau style explose en suicide pur et simple, qui vient de paraître. Cette fresque de vingt mètres de long, un accordéon halluciné, retrace une relation presque exclusivement épistolaire avec un Français envoyé au service militaire en 1989. La vague narrative pulvérise le temps, le format et les cases, retisse cette histoire de jeunesse dans un mélange de bulles, de portraits, d’animaux et objets non décorés. »Je n’aurais jamais pu faire la même chose toute ma vie. En revisitant complètement la forme, je règle mes comptes avec la BD. Mon travail, narratif ou non, est toujours un agencement de mots et d’images. Voir les dessinateurs de bande dessinée aujourd’hui s’ouvrir à d’autres arts visuels me rend heureux« , dit l’auteur. Julien Misserey, le commissaire de l’exposition, conclut : »Avec sa quarantaine de projets en cours et ses nombreuses pratiques, Julie est une grande artiste toujours en ébullition.«  Sans limite, son œuvre singulière défend la liberté d’un neuvième art hors des sentiers battus.


Grb2

Toutes les actualités du site n'expriment pas le point de vue du site, mais nous transmettons cette actualité automatiquement et la traduisons grâce à une technologie programmatique sur le site et non à partir d'un éditeur humain.

Cammile Bussière

One of the most important things for me as a press writer is the technical news that changes our world day by day, so I write in this area of technology across many sites and I am.
Bouton retour en haut de la page