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au procès pour escroquerie de Michel Platini et Sepp Blatter, le choc des cultures

Le procès de Michel Platini et de l’ex-président de la Fifa Sepp Blatter pour escroquerie a viré jeudi au choc des cultures, entre les coulisses informelles du football mondial décrites par les prévenus et l’étonnement palpable de la justice suisse.

Pour une poignée de francs suisses. Le procès pour fraude de l’ex-président de l’UEFA Michel Platini et de l’ex-président de la Fifa Sepp Blatter a transformé jeudi 9 juin un choc des cultures entre les coulisses du football mondial et la justice suisse.

« Quand Sepp Blatter m’a demandé d’être son conseiller, il m’a demandé quel salaire je voulais. J’ai été surpris qu’il me pose cette question et je lui ai dit : ‘Je veux un million' », raconte le triple Ballon d’Or, 66 ans. , au deuxième jour du procès devant le Tribunal pénal fédéral de Bellinzone.

« Sepp m’a dit ‘un million quoi?’ Et moi, pour m’amuser, j’ai dit ‘pesetas, lires, roubles, marks, c’est toi qui décides’. Il m’a dit : ‘Ok, un million de francs suisses' », poursuit l’ex-capitaine des Bleus, votre espiègle se souvenant avoir  » succombé à le charisme » du Suisse pour l’amener à la présidence de la Fifa, en 1998.

Silencieuse quelques secondes, la présidente Joséphine Contu Albrizio hésite, puis s’assure que l’ancien patron de l’UEFA (2007-2015), qui semblait destiné à prendre à son tour les rênes de la Fifa jusqu’à ce que ses mésaventures judiciaires ne le limogent en 2015, a compris « les différences de valeurs » entre les monnaies.

Un paiement « sans fondement », selon le parquet

« Je n’avais jamais été dans une administration comme la Fifa, je ne sais pas comment ça marche […]. J’ai répondu comme ça, un million », balaie l’ex-chouchou du football mondial, le premier à cumuler à ce degré, jusqu’à sa chute, gloire sportive et responsabilités politiques.

Pourtant, la crédibilité de son histoire – renforcée par celle de Sepp Blatter – est au coeur du procès des deux hommes pour un paiement suspect de 2 millions de francs suisses (1,8 million d’euros) accordé au Français par la Fifa en 2011.

Pour les prévenus, il s’agit du « solde », certes tardif, de la rémunération convenue entre eux pour le travail de conseiller effectué par Platini entre 1998 et 2002, consistant à assister Blatter dans ses déplacements politiques, à aider financièrement les fédérations et à réformer le calendrier international.

Mais le parquet y voit un paiement « sans fondement », obtenu en « trompant astucieusement » les contrôles internes de la FIFA par de fausses affirmations des deux alliés, une fraude passible de cinq ans de prison.

L’accusation pointe notamment la contradiction avec le seul contrat signé entre les deux hommes, en août 1999, prévoyant une rémunération de 300’000 francs suisses [environ 285 000 euros] par an qui avait été fixée par l’administration zurichoise.

Michel Platini « valait son million »

Mais Blatter comme Platini donnent une autre lecture de ce document, un arrangement provisoire face aux finances alors fragiles de la Fifa. « [Platini] m’a dit: ‘Ce n’est pas tout’ et j’ai répondu ‘Le reste viendra plus tard' », a déclaré au tribunal le Suisse de 86 ans.

« J’avais simplement cet homme à la maison et il valait son million », a poursuivi le roi déchu du football mondial, fatigué à la fin de l’audience mercredi, mais très alerte jeudi matin, confirmant un « gentlemen’s agreement » conclu de vive voix, sans témoins, et jamais provisionné dans les comptes de la Fifa.

Autre motif de perplexité pour les magistrats, l’erreur de calcul de Michel Platini, qui a fini par réclamer 500’000 francs suisses à la Fifa [480 000 euros environ] salaire par an et a donc oublié 200 000, n’ayant pas vérifié combien il avait déjà perçu. « C’est moi, je me suis trompé », avoue le Français alors que les rires traversent la salle d’audience. « Je m’en suis rendu compte lorsque le procureur m’a montré le contrat de 1999 lors de l’interrogatoire ».

Le président insiste néanmoins : pourquoi n’avez-vous jamais pris la peine d’évoquer le solde restant à payer ? « J’ai fait confiance à la personne. Et vous comprendrez que, dans nos discussions, je ne me suis pas senti concerné par l’argent, car depuis l’âge de 17 ans, je gagne très bien ma vie ».

L’audience doit se poursuivre jusqu’au 22 juin, avec une décision attendue le 8 juillet.

Avec l’AFP

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